Le blog de Flora

Bribes de mémoire 17. Vacances d'été

8 Novembre 2008, 01:43am

Publié par Flora

  Curieux pouvoir suggestif maternel sur l'imaginaire sensitif enfantin ! Ma mère nous transmet ainsi ses sensations, sa propre nostalgie, débordantes dans ses récits, jusqu'à l'intonation de sa voix, pour ce coin de paradis ainsi créé qui, chose étonnante, se montrera à la hauteur, tous les étés de nos vacances de rêve...
   Objectivement, c'est un petit village perdu dans des collines boisées, mais pour nous, enfants de la Grande Plaine, habitués à sa  "planitude" absolue, la moindre bosse fait exotique. Une unique route asphaltée le traverse; les autres rues sont en sable ou en poussière, transformées en torrents qui les dévalent, par temps d'orage. Les gens vivent de leurs maigres parcelles, ayant été obligés de se regrouper en coopérative forcée après la répression qui suit les événements sanglants de 1956. Ils ont droit à un lopin privé, aux côtés des terres "communes". Malgré le fait que tous sont logés à la même enseigne, l'ancienne distinction entre paysans riches et pauvres persiste dans les consciences et empoisonnera quelques amours dépareillées.
   J'y passe les étés de mon enfance et de mon adolescence, dans un bonheur absolu (si, si, ça existe!), dans la légèreté que vous octroie la liberté, loin de l'autorité des parents, sous l'affectueuse bienveillance de ma tante. Pourtant, aucune distraction sophistiquée à l'horizon, la télévision même fait son apparition vers mes 15 ans, un unique poste dans la Maison de la Culture qui sert aussi de salle de projection pour la séance hebdomadaire de cinéma. Une épicerie, un bureau de poste, une école et une église - les adolescents de nos jours tiendraient-ils à sacrifier un seul jour de leurs vacances dans un tel trou perdu ?
   Je loge le plus souvent chez ma tante préférée. Je garde leur vache, je participe aux travaux des champs : ramassage du foin, des pommes de terre, désherbage du maïs, marchant parfois des kilomètres à pied nu, mon grand plaisir. Il arrive qu'à la tombée du jour, nous arrêtions en chemin une charrette qui rentre, chargée d'une montagne de foin que j'escalade pour enfouir mon nez dans ce "matelas" au parfum de l'été.
  Mes tantes m'accompagnent dans mes premiers bals; elles font "tapisserie" sous prétexte de servir de gardes rapprochées. Premiers flirts ingénus : comment cela aurait-il pu en être autrement sous autant d'yeux vigilants? Mais cela n'empêche pas les premiers frissons, les regards obliques échangés, les étreintes chastes de ces danses démodées qui permettent de se toucher au lieu d'enfermer chacun dans sa triste bulle solitaire...

la suite suivra...

 

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L
je te reconnais bien là ,épicurienne :déjà<br /> petite! prenant la vie dans ce qu'elle a de plus sensitf et joyeux :chouette enfance!
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F
<br /> C'est vrai que mes "p'tites bafouilles" sont en contraste saisissant avec la beauté grave des textes de Gilbert (mais nullement en concurrence!)... Tu as raison, je devais toujours être<br /> épicurienne, sans le savoir! Mais cela aide drôlement dans la vie! Il faudra que je résume un jour qui était ce grand bonhomme, pour ceux qui ne le connaissent pas dans le détail. <br /> <br /> <br />
J
Toujours aussi touchant, rosza. Te souviens-tu comme moi de l'odeur de ta maman? Je crois que je dois ma vie à ce parfum. Ce "Yes we can" qui scande mon parcours. 5 Ce n'est pas dans ma bouche, tu le sais, un effet de mode.<br /> Affection fidèle<br /> José
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F
<br /> Merci de ta visite, José. Non, je ne m'en souviens pas... J'ai plutôt des fragments d'images en tête, des voix et beaucoup de soleil, bizarrement. Tu as sûrement une idée, à quel point il<br /> peut manquer ici, dans le Nord!<br /> Je suis très contente de la victoire d'Obama, même si je crains les désenchantements qui suivent obligatoiremnt les euphories. Mais ce qui est pris est pris, ne boudons pas notre plaisir! Je suis<br /> surtout heureuse parce qu'il ne se contente pas d'être Noir, mais il est surtout bon !<br /> <br /> <br />