Le blog de Flora

Bribes de mémoire 16. Rêves promis

3 Novembre 2008, 19:55pm

Publié par Flora

 
Nos premiers départs en vacances chez les grands-parents maternels s'apparentent plutôt à des expéditions et en y repensant, j'admire le courage et la ténacité de ma mère pour s'y lancer, aller et retour, à travers un pays qui se remet lentement des blessures de la guerre. D'après ses récits, la première traversée de Budapest en tramway, avec un bébé de six mois - moi-même - et les bagages, offre un vrai spectacle de désolation. Une ville encore en ruines car les Allemands s'en sont retirés au printemps 1945, sous la poussée de l'armée russe et après avoir fait sauter les huit ponts sur le Danube, en plein après-midi, chargés de piétons et de véhicules...
   Il faut prendre le train vers huit heures du soir, en changer trois fois avant d'arriver le lendemain après-midi (cela donne une idée de la vitesse des trains aux banquettes en bois, d'un confort très rustique et des temps d'attente interminables, pour faire quatre cents kilomètres), vers seize heures, dans une petite gare. Mais ce n'est pas encore fini! Le village de nos rêves se cache dans les collines, à quatre kilomètres de la gare. C'est mon oncle qui vient nous chercher, et en fiacre, s'il vous plaît, comme des vrais seigneurs! Le fiacre ne sert que pour les grands jours, essentiellement des mariages et pour notre arrivée!
   Ma mère prétend depuis toujours que l'air ne contient pas la même dose d'oxygène, une fois le Danube traversé, mais bien supérieure, et nous le ressentons effectivement ainsi. A mesure que nous nous approchons de la montée vers la maison des grands-parents, l'excitation augmente et je la ressens des décennies plus tard, intacte, tant elle m'envahit à chaque fois comme une onde bienfaitrice, une promesse de pur bonheur qui m'attend à coup sûr.
   La maison se remplit aussitôt : les oncles, les tantes et les cousins accourent de toute part et une quinzaine de personnes se serrent en grappes dans la petite cuisine de ma grand-mère, dans un bruissement joyeux. On constate les changements survenus depuis l'an passé, les enfants grandis, un ou deux bébés de plus. Les vieux ne changent pas. Ils ont toujours la même allure, intemporelle. Ils le resteront ainsi pour l'éternité, dans ma mémoire...

la suite suivra...

 

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C
Il nous a manqué les mots pour prolonger un récit de ma mère : 'Nous avons traversé ce terrain d'aviation, au Liban en 1941, avec ton frère et ta soeur aînés alors que nous étions bombardés par les anglais ...', et nous avons eu la chance, bien sûr, d'y survivre ... Amitiés
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F
<br /> Que c'est agréable de susciter des échos dans vos mémoires... C'est comme la transmission des ondes sur l'eau - mais ma métaphore est peut-être bancale aux yeux d'un marin!<br /> <br /> <br />
L
comme disent les jeunes :"trop sympas "les<br /> grandes vacances en famille ..<br /> et çà malgré l'ambiance de fin de guerre...
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F
<br /> Et ce n'est que l'arrivée!...<br /> <br /> <br />
M
Merci Flora, ces espaces, ces paysages, ces odeurs, ces formes et ses couleurs, toute cette enfance invisible à l'oeil nu, tout un monde qui t'occupe et qu'on retrouve dans ton accent et ta façon de voir et de dire les choses. C'est merveille que la différence, richesse que le regard de l'autre qui nous livre aussi sincérement son monde intérieur, au prix, j'imagine d'un certain déchirement ou, tout au moins, d'une séparation d'avec soi-même, un beau cadeau vraiment !
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F
<br /> Merci de ta visite, chère Mu, cette archéologie-là me reconstitue un peu, me donne l'illusion que j'ai vraiment existé...<br /> <br /> <br />