Le blog de Flora

dessin

Histoires d'initiations

28 Février 2019, 09:55am

Publié par Flora bis

   Emmi néni, ma prof de dessin enthousiaste m'a présentée à un peintre qui avait sa petite renommée et qui dirigeait un atelier pour adultes le soir, dans la ville voisine. Pour ma plus grande joie, nous continuions le thème de la figure, souvent avec des vieilles personnes comme modèles. Je travaillais vite. La plupart du temps, j'ai entièrement fini trois portraits, pendant que les autres peinaient encore sur le premier. L'usage de la gomme était proscrit. Cela m'a grandement initiée à la concentration accrue, à la virtuosité du regard et son accord avec la main.

 A 13 ans, j'étais la plus jeune de l'atelier. Les compliments du maître me plongeait dans un délicieux embarras: j'en étais avide et j'avais du mal à les encaisser. Les années écoulées depuis n'y ont rien changé...

   A la fin de l'année scolaire, nous exposions nos œuvres dans la maison de la culture qui trônait au milieu du bourg, à deux pas du monument aux morts de la guerre 14. A chaque fois, je raflais les premiers prix, des blocs de dessin que je humais avec avidité. Le peintre de la ville voisine que je viens d'évoquer, s'est déplacé pour donner plus de solennité à la remise des prix et je me revois rougissant tandis qu'il prend ma tête entre ses mains pour déposer un baiser sur mon front...

   Inlassablement, Emmi néni nous faisait découvrir les expositions dans les grandes villes des environs, et mon goût pour les musées date de ce temps-là. J'y entre toujours avec l'envie et l'excitation de la découverte, avec une certaine ferveur aussi, comme d'autres entrent dans les cathédrales: partager l'inspiration, la vision des artistes, partager un genre d'égrégore qui parcourt les sens...

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Portrait

11 Octobre 2018, 23:08pm

Publié par Flora bis

 

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Tentative de reprise...

5 Septembre 2018, 18:09pm

Publié par Flora bis

    Le pianiste a les doigts engourdis, les articulations du danseur grincent... Cela fait bien longtemps qu'ils négligent les exercices quotidiens, par la force des choses... Les réflexes, les souplesses s'estompent. Les réveiller demande du temps et du travail acharné.

   Difficile de retrouver le chemin vers le portrait, surtout le portrait d'enfant. C'est un genre délicat qui demande à la fois de la précision (nécessaire ressemblance !) et en même temps, il ne faut surtout pas charger le dessin, sous peine de le "vieillir"... Un petit millimètre d'erreur et ça "sonne" faux... On y revient, on s'obstine mais avec le portrait, c'est souvent la fraîcheur du premier trait pur et spontané  -  s'il est juste  -  qui marche sinon c'est l'acharnement aussi vain qu'épuisant... Il vaut mieux tout recommencer, le plus souvent, après un temps de repos pour l'oeil.

   Avec quelques amies, nous avons décidé de créer un petit atelier chez l'une d'elle. A. peignait à l'huile, L. à l'acrylique, M. à l'aquarelle et moi-même, je suis revenue vers la sanguine... Chacune faisait librement ce qu'elle voulait, l'essentiel étant que l'énergie mystérieuse du désir de créer circule parmi nous. En tout cas, l'envie de persévérer est née.

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Flow

11 Février 2018, 18:30pm

Publié par Flora bis

   Née le15 novembre 1933, Françoise Héritier vient de mourir le jour de son 84ème anniversaire, le 15 novembre 2017. Son dernier livre, couronné du prix Fémina : "Au gré des jours", est paru en octobre 2017, un mois avant le décès de son auteur.

   Dans sa première partie, le livre reprend le principe et le style du "Sel de la vie", l'énorme succès de Françoise Héritier en 2012. J'avoue avoir eu le sentiment que l'idée suivait le sillage de ce petit livre au charme léger et insaisissable, sans pour autant pouvoir l'égaler: le charme, suscité en grande partie par la surprise, l'originalité et l'inattendu, est rompu par le "déjà-lu"... On ne devrait jamais ré-exploiter les idées géniales nées dans le flow...

  Que veut dire exactement le "flow"? (nous y reconnaissons les mots français "flux", "flot", "fluide") Mis à part le sens de l'écoulement, du débit de l'eau, j'entends par "flow" l'état presque second d'inspiration totale, cet état de grâce dans lequel nous nous trouvons à quelques rares moments de création. Si quelqu'un a déjà éprouvé cette sensation sait de quoi je parle.

   J'ai trouvé sur le Net un article fort intéressant à ce sujet ("Osez écrire votre roman" de Laure Gerbaud).

"...Le flowc’est l’inspiration et la maîtrise d’un art ou d’une activité menées à leur excellence, leur apogée. C’est le dépassement de soi, c’est quand ta plume glisse avec vélocité et intelligence, quand tu fais corps avec ta pensée, tes émotions, tes compétences. (...) Bref, c’est l’instant de grâce quand tu maîtrises parfaitement ce que tu écris, et c’est tellement facile et fluide que tu as l’impression de recevoir de l’extérieur ce qui vient de l’intérieur. Tu es à ce moment parfaitement en accord avec toi-même, ce que tu fais et ta manière de le faire..."

   J'avoue l'avoir déjà éprouvé, en écrivant ou en dessinant. C'est mystérieux et troublant, cela vous tombe dessus sans que vous l'ayez provoqué, voulu. Vous quittez votre réalité pesante,  votre décor quotidien disparaît. Vous ne touchez plus le sol, vous flottez (encore le "flot"!...) dans une atmosphère indéfinissable, mu par cette énergie puissante qui vous libère des contingences habituelles, des attentes et des exigences, des peurs et des inerties. Vous planez mais dans un état de concentration totale.

   Et la jubilation demeure.

 

   

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Questions insidieuses

6 Juin 2016, 17:54pm

Publié par Flora bis

Questions insidieuses

J'ai tondu la moitié du jardin, dans l'euphorie du soleil revenu, mais un énorme nuage noir et menaçant, arrivé d'on ne sait où, m'a fait rebrousser chemin et incitée à mettre à l'abri dare-dare la tondeuse électrique!

Le rythme tendu des dernières semaines m'a obligée de laisser maison et jardin à l'abandon. La pelouse arrive aux genoux, la maison crie après l'aspirateur et moi, après le repos!...

Je suis retournée à notre expo samedi et dimanche. Environ 200-250 visiteurs ont fait le tour des tableaux et des sculptures pendant les après-midi du week-end. Je serai encore de permanence du 8 au 12 juin presque tous les jours.

Souvent, je prends des ustensiles pour travailler un peu pendant l'attente, au lieu de compter les heures sur place. Il m'arrive aussi d'échanger avec les collègues et les visiteurs, ce qui est souvent intéressant.

Un sujet me tarabuste souvent, révélé par Mehmet Güleryüz, éminent peintre turc dont je fréquentais l'atelier durant 4 ans. Il m'a dit un jour: "Toi, tu n'es pas prête à sauter dans le ravin!" Sur le coup, sa phrase m'a troublée mais en y réfléchissant, je lui donne raison. Celui qui, doté d'un peu de talent, s'essaye à la création - quel qu'en soit le domaine - se confronte tôt ou tard à la nécessité de se pencher sur le précipice. Des génies y ont même basculé (Van Gogh, Schumann, Faulkner et la liste est encore longue) car l'abîme a un grand pouvoir d'attraction. Pour créer quelque chose de grand, de vrai et de hors norme, il faut descendre très profondément en soi pour pouvoir remonter le précieux minerai dont on peut extraire le chef-d'oeuvre. Au risque de rester au fond.

Sinon, on peut continuer à gratouiller la surface, créer même d'honnêtes oeuvres routinières, sans se mettre en danger.

Avec ce sentiment insidieux de lâcheté au fond de soi.

Ce matin, mon calendrier de sages citations me jette ce proverbe chinois à la figure:

" Les grandes âmes ont la volonté; les faibles n'ont que des souhaits."

(un de mes dessins exposés)

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Altérité

1 Juin 2016, 11:07am

Publié par Flora bis

Altérité

Dix jours se sont envolés depuis ma dernière note. J'ai tout de même terminé deux troncs d'oliviers, plusieurs fois centenaires, à l'encre de Chine, rehaussée de fusain et d'autres techniques mixtes. J'aime mélanger les divers apports techniques. Au fond de moi, c'est la même démarche que de mélanger les gens, les races, les couches sociales, les envies et les occupations. Pas de ségrégation, pas même par la pureté. Curiosité envers l'altérité, en tout.

Mon autre terreur, c'est l'enfermement. J'ai besoin de respirer: j'ai horreur d'être cloisonnée dans une doctrine, une conviction - politique, religieuse ou autre - sans la moindre question, sans la plus petite ouverture qui laisserait entrer un filet d'air, une pincée de doute... Sans la possibilité d'approcher l'autre, de peser le pour et le contre...

Malédiction de la Balance.

Malédiction ou chance infinie.

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Les fleurs du désir...

21 Mai 2016, 19:49pm

Publié par Flora bis

Les fleurs du désir...

J'essaie de préparer ma participation à l'expo du groupe. Le couteau sur la gorge. Accrochage le 2 juin prochain.

Ce n'est pas une question de temps. Du temps, j'en ai eu beaucoup. Perdu.

C'est plutôt une histoire d'ENVIE, de DESIR... En relation étroite avec tout le reste de la vie.

On ne peut pas forcer le désir. Il surgit de lui-même ou pas du tout.

C'est une drôle de chose fragile, l'inspiration. Légère, elle vous effleure, vous essayez de la saisir au vol. Elle se dérobe...

Peut-être bien, faut-il plutôt nourrir le sol dans lequel on a envie de voir pousser ces fleurs exotiques et parfumées, ces fleurs du désir, dessins ou textes, en adéquation totale avec le plus profond de nous-mêmes...

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