Le blog de Flora

Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 2.

25 Février 2013, 09:57am

Publié par Flora bis

Yvette NEW (...) Mes études ont pris fin en même temps que la guerre. Je suis d'abord revenue chez mes parents à Laon; cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus. Avec les bombardements, la gare, la poste, l'hôpital avaient été démolis, il n'y avait aucun moyen d'avoir des nouvelles. Pendant longtemps, je ne pouvais même pas savoir si j'avais encore des parents...

   J'avais le choix de travailler dans une maternité ou dans un hôpital, mais je voulais m'installer à mon compte: je rêvais d'être indépendante. J'ai donc mis une pancarte sur la porte. (...)

    Les quartiers de la ville étaient en grande partie sinistrés, les habitants s'étaient réfugiés à la campagne, et il fallait y aller! Et en vélo! J'ai acheté un vélo d'occasion, sans dérailleur. J'ai trouvé une maison à louer, fort sinistrée, la plupart des pièces avaient des trous dans le plafond. Mon père a emprunté une voiture à cheval, nous l'avons chargée de quelques meubles: une armoire, un poêle, une table, trois chaises, et j'ai emménagé. Ma mère était affolée, me voyant partir toute seule là-bas, mais mon père, une fois de plus, m'a soutenue: "Tu as une chance, prends-là!"

   Alors, je me suis installée. C'était le début de l'hiver. La première nuit, j'ai été appelée pour un accouchement. Je suis sûre qu'au moins deux tiers des accouchements se déclenchent la nuit! Les vieilles dames disaient: "C'est normal, ils sont faits la nuit!", ce qui n'est pas une explication rationnelle...

   Aux accouchements, il fallait ajouter les soins infirmiers. L'hôpital étant sinistré, on gardait les malades le moins longtemps possible. (...) De toute façon, nous devions savoir faire des perfusions aux femmes en salle de travail, des piqûres, des intraveineuses, des pansements, des suites de couche... En ce temps-là, les antibiotiques n'existaient pas. La Sécurité sociale a été instaurée par le général De Gaulle dès 1945. Les gens vraiment nécessiteux avaient droit à l'assistance médicale gratuite. Tout cela faisait beaucoup de travail. (...)

à suivre

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M
La naissance concerne intimement chacun d’entre nous. Si cet évènement est biologiquement le même pour tous, il est vécu, exprimé, ritualisé de façons diverses. Dans nos pays, et surtout dans la<br /> première moitié du 20ème siècle, les sages-femmes comme Yvette Moret n’exerçaient pas un métier, c’était une véritable vocation, un sacerdoce. Pas ou peu de moyens de locomotion, pas de<br /> médicaments, pas d’antibiotiques, et pourtant, à toutes les heures du jour et de la nuit elles étaient là avec les moyens du bord et tout leur savoir-faire pour faire naître ceux, sans qui nous ne<br /> serions pas là.<br /> A travers vos publications, vous rendez là un très bel hommage à ces femmes formidables, Flora, même si elles ont subi beaucoup d’évolutions dans leur "métier", nous en avons tous besoin encore et<br /> encore tous les jours…..
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F
<br /> <br /> C'est un peu pour cette raison que j'ai décidé la publication de cet entretien par morceau... Le témoignage de ma belle-mère a été également un document des années d'après-guerre... <br /> <br /> <br /> Merci de votre visite, chère Monika.<br /> <br /> <br /> <br />