Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 2.
(...) Mes études ont pris fin en même temps que la guerre. Je suis d'abord revenue chez mes parents à Laon; cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus. Avec les bombardements, la gare, la poste, l'hôpital avaient été démolis, il n'y avait aucun moyen d'avoir des nouvelles. Pendant longtemps, je ne pouvais même pas savoir si j'avais encore des parents...
J'avais le choix de travailler dans une maternité ou dans un hôpital, mais je voulais m'installer à mon compte: je rêvais d'être indépendante. J'ai donc mis une pancarte sur la porte. (...)
Les quartiers de la ville étaient en grande partie sinistrés, les habitants s'étaient réfugiés à la campagne, et il fallait y aller! Et en vélo! J'ai acheté un vélo d'occasion, sans dérailleur. J'ai trouvé une maison à louer, fort sinistrée, la plupart des pièces avaient des trous dans le plafond. Mon père a emprunté une voiture à cheval, nous l'avons chargée de quelques meubles: une armoire, un poêle, une table, trois chaises, et j'ai emménagé. Ma mère était affolée, me voyant partir toute seule là-bas, mais mon père, une fois de plus, m'a soutenue: "Tu as une chance, prends-là!"
Alors, je me suis installée. C'était le début de l'hiver. La première nuit, j'ai été appelée pour un accouchement. Je suis sûre qu'au moins deux tiers des accouchements se déclenchent la nuit! Les vieilles dames disaient: "C'est normal, ils sont faits la nuit!", ce qui n'est pas une explication rationnelle...
Aux accouchements, il fallait ajouter les soins infirmiers. L'hôpital étant sinistré, on gardait les malades le moins longtemps possible. (...) De toute façon, nous devions savoir faire des perfusions aux femmes en salle de travail, des piqûres, des intraveineuses, des pansements, des suites de couche... En ce temps-là, les antibiotiques n'existaient pas. La Sécurité sociale a été instaurée par le général De Gaulle dès 1945. Les gens vraiment nécessiteux avaient droit à l'assistance médicale gratuite. Tout cela faisait beaucoup de travail. (...)
à suivre