Le blog de Flora

Trou noir

2 Décembre 2010, 11:45am

Publié par Flora

la-visite-copie-2.jpgJ'ai peur du noir. A la cinquantaine bien sonnée, cela semble risible mais c'est plus fort que moi. Un homme si costaud qu'on lui demanderait plutôt protection! Dans le noir, je redeviens petit garçon de deux ans, effrayé par l'énorme couverture qui m'enveloppe sans laisser passer la moindre lueur.

   Ma mère me punissait en m'enfermant dans un placard étroit. J'étais coincé parmi les balais et le seau, mais l'inconfort me rassurait par leur familiarité : au moins, ils meublaient un tant soit si peu le trou noir dans lequel la colère froide de ma mère me plongeait.

   Il y a longtemps qu'elle n'est plus de ce monde. Cependant, sa silhouette sèche se dresse dans ma mémoire, tel un point d'exclamation menaçant. J'aurais voulu me rendre invisible mais elle me débusquait partout, dans toutes mes cachettes. J'ai passé les années de mon enfance comme un petit animal traqué...

   J'ai beau fouiller ma mémoire, je ne trouve pas trace d'un seul geste de tendresse de sa part. C'est peut-être pour cette raison que j'ai perpétuellement froid : même dans les moments les plus torrides de l'été, un frisson peut me parcourir et je me mets à grelotter de tout mon corps...

   J'ai passé ma jeunesse dans une étrange dualité : d'une part, au moindre toucher, je sursautais et reculais violemment, comme brûlé à vif par le geste inattendu; d'autre part, j'éprouvais un besoin éperdu d'étreintes et de caresses. Difficile de trouver la compagne idéale dans ces conditions. J'y ai mis du temps. Il a fallu pour cela que je voie plus clair dans mon histoire. Il a fallu que je fasse connaissance avec le fantôme de cette inconnue qui avait été ma mère...

   Vous l'avez deviné : j'ai trouvé la clé de mes malheurs dans un petit coffret verrouillé, de couleur lie-de-vin, enfoui derrière les piles de draps sentant la lavande, légèrement jaunis car jamais servi. Ma mère reposait sous une dalle irisée depuis plus d'un an, quand j'ai forcé la serrure avec mon canif.

   "Né de père inconnu..." Sous le livret de famille, une lettre scellée qui n'a pas été dépliée depuis tant d'années... Elle a été écrite à deux mains, en bas de la page, les signatures : Ton père Robert et ta mère Geneviève. Mes grands-parents que je n'ai pas connus. Le texte, court, lapidaire, répudie leur fille unique, car on ne se fait pas violer sans raison... Surtout, en attrapant un bâtard pour déshonorer la famille! Une troisième enveloppe contenait une mèche de mes cheveux dorés. 

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L
<br /> Cela fait un petit moment que je ne suis pas passée te lire, et là j'ai été happée par ce texte... bravo, tu as vraiment un talent d'écriture qui nous transporte, et nous plonge dans le trou noir<br /> avec ce petit garçon... Bisou<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, ma chère Louve : je m'y suis plongée aussi un peu, essayant de me mettre dans sa peau, en inventant son histoire...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Il n'y a pas que les fruits d'un viol qui sont ainsi rejetès ( d'ailleurs je ne comprends pas qu'on aime pas un petit être innocent ) on peut avoir père et mère bien mariès pour vivre la même<br /> situation - pour surmonter une telle épreuve et ne pas haïr ma propre mère , j'ai dû me convaincre qu'elle n'était qu'une pauvre malade - les soins psy n'étaient pas d'époque - je retrouve la peur<br /> du noir et la difficulté d'accepter des contacts dans ton récit ! Entomologyste ?...oui sans doute , en tout cas BRAVO !<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, chère Blanche. Moi qui ai reçu  -  et donné  -  beaucoup d'amour, je suis révoltée par la maltraitance physique ou psychologique d'un plus faible, à fortiori d'un<br /> enfant... Inimaginable... mais très réelle!<br /> <br /> <br /> J'ai compris que dans l'écriture, on doit prendre une certaine distance avec son empathie, sinon c'est râté! ("On ne fait pas de la bonne littérature avec des bons sentiments!") D'où<br /> l'entomologie... <br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Quel témoignage poignant.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, André. J'ajouterais juste que ce n'est pas vraiment un témoignage ou alors, comme peut l'être une fiction, pure invention...<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Le poète ne dit-il pas : on vit et on meurt de son enfance. Et cet autre : l'enfance est une maladie dont on ne guérit jamais... C'est troublant,non ?<br /> Bonne nuit, ma chère Flora et merci !<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Le poète puise souvent son inspiration de son monde émotif refoulé ou non, c'est vrai...<br /> <br /> <br /> Hélas, je ne suis pas poète mais plutôt "entomologiste"...<br /> <br /> <br /> Bon dimanche au chaud, ma chère Mu!<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> tu écris aussi bien que tu dessines,<br /> ça doit être difficile de choisir,<br /> mais tu n'as qu'à pas choisir.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Tu as deviné, cher Bernard, en ce moment, j'ai beaucoup de mal entre les deux "amours"...<br /> <br /> <br /> Merci beaucoup pour le compliment!<br /> <br /> <br /> <br />