"Polisse" de Maïwenn Le Besco
Nous sortons du film sonnés... Il a été attendu: son Prix du Jury à Cannes, l'émotion échevelée de la réalisatrice à la réception de sa récompense, le sujet sensible et la brochette de bons acteurs dont JoeyStarr qui se révèle dans un rôle en or - pour toutes ces raisons, le film atteint son public. Maïwenn à 35 ans a déjà deux autres films à son actif dont Le bal des actrices remarqué.
Je me suis dit que j'essaierais d'être aussi objective que possible: il y a bien le parti pris manifeste de la réalisatrice pour ce groupe de flics au grand coeur, quasi irréprochables, de véritables héros dans la jungle d'une société à la dérive dont ils côtoient sans répit la manifestation la plus abjecte, la pédophilie... Finalement, je me suis retrouvée prise dans le tourbillon des séquences courtes, filmées à un rythme rapide, l'insoutenable parfois allégé par le fou-rire plus nerveux que détendu... Certains reprochent à Maïwenn de s'offrir le rôle de la photographe, témoin de moins en moins neutre, et une une histoire d'amour en prime avec JoeyStarr, flic au coeur écorché vif. Je n'ai pas envie de faire la fine bouche. Maïwenn dit qu'elle a dû beaucoup édulcorer le scénario qu'elle devait soumettre à la DDASS pour pouvoir tourner avec des jeunes enfants, elle qui aime filmer de façon très spontanée, pas trop écrite à l'avance. Les acteurs sont tous excellents. Le constat sur l'état de notre monde dont la Brigade de Protection des Mineurs écume un aspect hypersensible est très lourd. A la violence ouverte ou sournoise, nauséabonde, exercée sur des mineurs, ils y sont confrontés journellement, dans toutes les couches de la société, dans les milieux feutrés, protégés aussi bien que chez des clandestins, en passant par des adolescents totalement anesthésiés par la pornographie ambiante. De même que sur le spectateur, cette violence finit par peser sur eux d'un terrible poids. Leur tâche semble insurmontable, un travail de Sisyphe...