L'été est parti...
Cela fait plusieurs jours que les spécialistes de la météo nous annoncent la fin de l'été. Aussi, je saisis la
moindre occasion pour profiter du jardin. Mon jardin! C'est un grand mot pour le mouchoir de poche entouré de murs hétéroclites au gré de la volonté des voisins à rénover les briques de
cent ans. Je les ai fait juste redresser, en laissant les stigmates du temps passé, au lieu de tout badigeonner en une couleur uniforme. Il ne s'agit pas que de la paresse : j'hésite à effacer
les traces comme pour fixer le temps. Toujours la même obsession ; je suis facile à déchiffrer, en fin de comptes!
Je m'installe au soleil qui tiédit, devient caressant et j'attrape mon cahier de
"brouillons" qui atteint les 99 pages en un peu plus d'un an. Pourquoi cet "état de grâce" me pousse irrésistiblement vers l'écriture, comme si les mots étaient seuls dignes de fixer ces moments
bénis?Du soleil, des fleurs, du temps devant soi : luxe et
volupté, le rêve total! Je me dis que j'habiterais bien des contrées où il fait toujours ce temps-là! Mais l'apprécierais-je autant s'il n'était pas si rare et fugitif? Ici, dans le Nord
de la France, les jours de grisaille et de ciel lourd de menace et de vent sont plus familiers que le bleu éclatant! Aussi, nous accueillons les rayons de soleil comme de rares bénédictions qu'il
convient de saisir pleinement.
En hongrois, l'arrière-saison, l'été indien s'appelle "été des vieilles" (vénasszonyok nyara"). L'image est parlante : l'ardeur du soleil est tombée, ses rayons deviennent caressants sur la peau, une dernière clémence avant de disparaître. Cela me plonge dans un état d'effervescence qui me fait saisir mon stylo comme si je faisais des confitures qui emprisonnent le goût de l'été...
J'ai du mal à quitter le jardin. Le soleil est bas, se cache par moment derrière le clocher de l'église Saint-Michel. C'est fou comme l'ombre avance vite! J'attends qu'elle me recouvre entièrement comme on pressent l'apocalypse...