Le blog de Flora

Feu de la Saint-Jean

25 Août 2010, 09:23am

Publié par Flora

   L'ampoule dispense une faible lueur dans la grande salle que l'on a débarrassée de ses chaises pour les aligner le long du mur. Le local se remplit peu à peu, l'orchestre ringard chauffe ses instruments, par acquit de conscience, car le public ne cherche pas la note juste, il cherche l'ivresse du corps à corps dans la fumée âcre des cigarettes et la chaleur de l'été.

   Gisèle a quinze ans, elle est en vacances dans ce trou perdu où la seule distraction se promet

dessin: R. T. années 1990...

d'être le bal de la Saint-Jean. Ses tantes, au nombre de cinq, l'accompagnent pour lui servir de "duègnes" mais aussi pour secrètement ressentir, au creux de la poitrine, l'agréable excitation d'antan, depuis longtemps refoulée, quasi oubliée. Elles prennent place sur les chaises pour faire tapisserie, avec la dignité des femmes mûres, leurs regards laissant échapper une petite flamme traîtresse et fugace.

   Gisèle ne reste pas longtemps dans l'attente. Les garçons se succèdent pour l'inviter à danser, des adolescents gauches et timides pour la plupart, qui s'essaient au jeu de séduction des petits mâles débutants. Gisèle ne les distingue même pas, elle n'a d'yeux que pour un seul, attardé près de la buvette. Rien à voir avec les boutonneux à la voix ébréchée. Il a vingt ans et il est beau comme un dieu païen avec sa peau hâlée, ses cheveux ébène et ses yeux de braise.

   Gisèle tourne aux bras invisibles, tout en suivant à la dérobée le moindre geste de son dieu. Il ne faut surtout pas qu'il surprenne son regard éperdu. Il ne danse pas. Gisèle en veut à chaque nouveau candidat qui l'invite, de la rendre inaccessible.

   Tout d'un coup, en plein milieu du tourbillon, dans un halo incertain, elle le voit, tout près, qui arrête le mouvement pour la ravir à son partenaire. Au rythme langoureux et fiévreux de l'accordéon, elle se coule dans ses bras, se serre contre sa poitrine, pour cueillir avidement toutes les sensations rêvées, présentes et futures : la souplesse de son corps, le léger parfum propret de savonnette, la tiédeur sèche de ses mains et son visage contre le sien. Le sortilège dure un instant ou une éternité. La musique s'arrête et le rêve s'évanouit. 

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T
<br /> tu nous parles d'un temps "que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître" ,et j'aurais tendance à dire comme ma grand-mère: "c'était le bon temps". Bien que ,personnellement, je préférais danser<br /> un bon rock .Quoique....<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> J'essaie de fuir la nostalgie... chaque époque peut avoir du bon, j'espère! Mon personnage suggère pourtant volontairement les émois de son âge que nous aimerions encore ressentir parfois...<br /> <br /> <br /> Un bon rock? Je n'ai jamais été très sportive! J'ai préféré les slow...<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Ce récit évoque une époque qu'il me semble avoir connue, curieux ...<br /> @+<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Ce n'est peut-être pas un pur hasard...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> s'il était beau comme un "dieu païen" ,avait-il la beauté<br /> du "diable" ou celle de l'homme "brut de décoffrage"?<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Aucunement "brut du décoffrage" mais tu as raison de poser la question... Avais-je rencontré le diable pour pouvoir te répondre?... Faut demander à Gisèle...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> on se reconnaît tous dans ce désir de l'autre qui ne dure pas !<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Parfois, il dure très-très longtemps, inassouvi...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Ha les histoires inachevées ! Ce sont souvent elles qui nous rendent le plus nostalgiques, car on peut imaginer la suite telle qu'on aurait aimé la vivre... On en garde toujours un goût de trop<br /> peu, mais elles donnent mystère et charme à notre histoire. Très joli bal des souvenirs...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, ma chère Louve. Tu as raison : les histoires inachevées gardent leurs charmes car on n'a pas eu les temps de les user, les abîmer...<br /> <br /> <br /> <br />