Du "repli sur son âme"...
Quitter toute "foire des vanités", des activités nécessitant une plus grande exposition, un conflit dérisoire des ego, cela faisait quelques mois que j'en ressentais un besoin mal défini, sans en comprendre vraiment les origines. Des changements s'opéraient en douceur et j'en éprouvais même une vague inquiétude : moi qui jadis, fuyais la solitude, j'étais irrésistiblement attirée dans la direction opposée, vers des "voyages intérieurs", une mise au point avec moi même.
En plein bouleversement, je tombe sur la recension du livre de Michel Onfray : Le recours aux forêts. La tentation de Démocrite (éditions Galilée 2009, 90 pages, 14 €). Et ce que je lis se trouve en parfaite synchronie avec mes obscurs ressentis, leur conférant un éclairage possible : "Lorsque l'on sait que l'on s'étourdit dans ce que Pascal nommait "le divertissement", lorsque vient la fatigue et que l'on cesse d'être les dupes du cirque auquel on participe malgré soi, alors on se dit qu'il est l'heure du repli. Mais de quel repli s'agit-il ? D'un repli sur son âme, non d'un repli sur soi. La différence est de taille. Apprendre à quitter le monde tout en restant dans le monde : telle est l'alternative que proposait Démocrite à qui, conscient de la désolation alentour, refuse de céder à la haine, à la misanthropie, à l'amertume ou au dédain."
Je prends. Ce "repli sur son âme" ne signifie pas se retirer dans un monastère ou sur une île déserte, ni dans sa tour d'ivoire. Il peut se nommer réflexion, lecture, écriture, peinture, échange de propos avec les autres, approfondissant, galvanisant même parfois ladite réflexion sur notre fulgurant et éphémère passage dans le monde. Savourer le luxe inouï de pouvoir prendre son temps, au prix même de la solitude...