De Goffette, une fois encore...
Ce roman, écrit par un poète, paraît en 2001 aux éditions Gallimard où travaille l'auteur lui-même. Selon ses mots, il a porté cette histoire terrible durant des années avant de la laisser prendre forme. Un hommage aussi à un moment sensible de la préadolescence qu'il évoque avec une justesse délicate.
Simon, le petit campagnard rêveur de douze ans rencontre les choses de la sexualité d'une façon tellement brutale qu'il en reste marqué, sinon anéanti pour la vie. Monette, de trente ans son aînée, l'envoûte, l'attire à sa perte qu'il pressent, ne l'imaginant pourtant pas. "... s'il m'avait aimé avec sa voix seulement, du bout des lèvres, susurrante et mouillée, câline comme un creux d'herbes moussues, de quoi m'ouvrir lentement au mystère de la femme, au lieu de me jeter sa chair nue à la figure et m'obliger à y boire, la tête maintenue dans le feu du torrent, moi qui ne connaissais que l'eau du robinet..." Le viol commis par une femme, cette double transgression qui détruit à la fois l'icône protectrice de la mère et celle de la jeune fille de ses rêves, laisse un homme solitaire, consumé de l'intérieur, incapable d'éprouver des sentiments...
Le langage de Guy Goffette est celui d'un poète: déferlante vague poétique qui vous submerge et qui vous éblouit de sa justesse et de sa sensualité. Des phrases interminables, qui d'ailleurs ne se terminent pas, lorsqu'elles sont chargées de cette plainte sans fin d'une vie gâchée: "... si elle m'avait enveloppé en douceur dans sa voix de renarde, traînante comme la steppe, le temps que s'arrondissent au fond de ma gorge l'accent et le souffle, jusqu'à ce qu'ils me deviennent naturels et familiers comme un galet longtemps poli par la mer, le même que celui que je serrais dans ma poche en la regardant, chaud et moite et presque fondant tout à coup, au lieu d'en remettre comme elle avait fait sur la langueur et le rauque d'une sirène de lupanar..."
d'après mon article dans "Hauteurs" N° 13, mars 2004