Le blog de Flora

Coquille

29 Septembre 2011, 11:46am

Publié par Flora bis

DSCN0166 Je suis femme de ménage. Technicienne de surface, si vous voulez. Agent d'hygiène, encore plus ronflant, plus hypocrite. La vérité est que je débarrasse les déchets derrière mes frères humains qui, de ce fait, n'ont aucun scrupule à en semer partout.

   J'opère la nuit, lorsque les locaux, énormes cages de verre insonorisées, à air recyclé sont désertés, silencieux sous les néons de morgue. Je pousse mon chariot dont le grincement érafle le calme nocturne: la roue arrière gauche déséquilibrée, sans doute. Je ne fais rien pour y remédier. J'ai tant d'autres chats à fouetter!...

   Une façon de parler. Il n'y a même pas un chat qui m'attend dans la tanière que je regagne sous le ciel rose pâle. Rien n'a bougé pendant mon absence. Un désordre mesuré et réconfortant, vivant. Aucune trace hostile. 

   Mes livres occupent tout l'espace disponible, même au-delà. Mon refuge, mon évasion. Ils me transportent vers d'autres vies que la mienne, devenue purement et simplement le réceptacle de ces rêves. Un réceptacle et rien d'autre. Coquille vide.

   Dans la salle de bain, une seule brosse à dents. Plus de rasoir qui traîne, ni de cheveux noirs dans le lavabo. Je suis rousse.

   La corbeille à linge n'abrite plus que mes vêtements que je lave et repasse comme bon me semble, personne ne me presse. Aucune critique acerbe et malveillante qui fuse, aucune petite flèche maligne lorsque mon doigt touche la mince pellicule de poussière sur la table basse...

   Mon lit reste ouvert, je m'y laisse glisser le matin et je tente de réchauffer les draps. Un lit monacal, tout juste assez large pour une personne: heureusement, je ne suis pas trop épaisse... Dans mon cocon, il n'y a pas de place pour un intrus.

   Femme de ménage, statut peu brillant pour celle que j'ai été, il n'y a pas si longtemps, dans une autre vie. Dans une prison dorée. Sous l'oeil inquisiteur de mon tortionnaire personnel. A plein temps.

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A
<br /> Je viens de relire ce texte, je le trouve aussi beau que la première fois.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci beaucoup, André! Vraiment.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> la solitude et la précarité, le prix à payer pour sortir d'une prison dorée...<br /> Le prix d'un courage certainement...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Lorsque la solitude est plus facile à porter qu'une mauvaise vie à deux...<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> c'est toujours un peu la question : vaut-il mieux être seul que mal accompagné ?<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Parfois, on hésite trop longtemps et la vie s'en va...<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> L'éclat, pardon, et non pas la clarté, position foetale de ces deux corps... Pas le temps de relire et hop! c'est parti.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Toute la tristesse de la solitude de l'être exprimée et résumée là en quelques phrases concises et dans un style épuré, toute la nudité de l'être et le repliement sur soi exprimés là dans la<br /> position foetale ces deux corps féminins recroquevillés sur eux-mêmes : une coquille désespérément vide où l'on devine pourtant, bien cachée au fond, la clarté d'une pierre précieuse.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Ou l'oeil d'un pêcheur de perles... Merci, Michel pour votre regard bienveillant.<br /> <br /> <br /> <br />