Cas de conscience
Ma dernière note remonte à la fin d'octobre. Depuis, plus de 3400 km de route derrière moi... Dans la tête, la distance est encore plus importante.
Sur cette photo, trompeuse, le lendemain de notre retour de Hongrie. Avec un peu de retard, j'improvise un dîner d'anniversaire pour Alice et moi: nous avons 10 jours d'écart - plus quelques années... Pour les enfants, il faut préserver la gaieté, c'est la fête!
Le poids écrasant que constitue l'état subitement dégradé de ma mère ne me quitte pas. On a beau faire appel au bon sens, arguments que moi-même trouverais raisonnables concernant d'autres personnes: le choix que j'ai fait il y a près de 40 ans de partir avec Gilbert comportait cette éventualité... Mais voit-on aussi loin à 25 ans? Veut-on le faire, tout simplement?
L'autre argument que l'on expose est le suivant: à chacun sa vie. Les enfants sont appelés à quitter leurs parents et lorsque ces derniers ne sont plus en mesure de s'assumer, la société prend le relais, en monnayant ses services. C'est l'effondrement de tous mes principes, de toute mon éducation. C'est le triomphe de l'individu sur la solidarité familiale, quitte à payer par la solitude, à son tour. D'où le conflit moral, la culpabilité écrasante que je vis...
De toute cette souffrance, une leçon émerge et se renforce: me préparer à temps pour m'assumer jusqu'au bout, sans laisser peser sur les enfants ce poids difficile à porter. Ma solitude, somme toute récente, je l'ai assumée, je l'ai bien remplie, et c'est déjà un premier pas sur ce chemin difficile mais enrichissant... De là à préjuger l'état de grabataire, se préparant au grand départ, ce serait péremptoire...