Bribes de mémoire 75. Ghardaïa, le M'Zab
En mars 1975, nous avons réalisé notre première expédition d'une semaine vers le Sud, jusqu'à El Goléa. Cela fait un millier de kilomètres de Constantine mais il en reste autant jusqu'à Tamanrasset!
Le but principal du voyage était Ghardaïa, ville secrète, cachée au fin fond du M'zab. Les ancêtres des habitants, les Mozabites, s'étaient retirés dans ces terres déshéritées, fuyant les persécutions religieuses. Dans un paysage lunaire, tout d'un coup, après le dernier virage, cinq petites villes se dressent sur cinq collines voisines. Emergeant de la palmeraie, les rues étroites escaladent les monticules, couronnées d'un minaret élancé, blanc ou ocre. Nous voici en pays mozabite.
Les hôtels minuscules étaient complets et nous avons trouvé dans une des petites villes, à Beni Isguen, un hébergement de fortune qui nous a enchantés. En effet, la chaleur étant suffocante pendant une bonne partie de l'année, beaucoup d'habitants se réfugient dans leurs villas, dans la fraîcheur de la palmeraie. En mars, ces villas étaient encore disponibles.
La nôtre, blanchie à la chaux à l'extérieur comme à l'intérieur, avec de petites pièces pour maison de poupée, au plafond bas en bois de palmier, meublées très sommairement d'un matelas par terre, était dépourvue de fenêtres. A l'étage, on trouvait l'immanquable terrasse pour y dormir à la belle étoile, pendant les nuits d'été...
Je vous laisse imaginer le lever du soleil sur cette même terrasse (voir photo ci-dessus), avec la mer verdoyante des cimes des palmiers à nos pieds, le calme absolu à l'abri des bruits de la ville, les ingénieux réseaux de barrages et de canaux d'irrigation pour recueillir les rares pluies.