Bribes de mémoire 50. Belin-ouest, sous la protection du GMB
Dès l'arrivée, nous sommes pris en charge par le Gouvernement Militaire Français de Berlin. Ce GMB devient familier, il nous loge, il nous permet de faire nos courses HT dans les économats, y compris anglais et américains, il possède son bureau de poste, son hôpital, sa chapelle, son restaurant (le fameux Pavillon du lac), son trésorier payeur et ses écoles... On peut passer dans ses cadres toute la durée du séjour, sans jamais mettre le pied "chez les Allemands" comme disent et font certains militaires, dans un petit "chez soi" plus douillet que la vraie France...
Le centre névralgique en est le Quartier Napoléon : on y entre en franchissant une barrière et en présentant sa carte GMB aux sentinelles. Juste à côté, se trouvent le cinéma Aiglon (vous saisissez la parenté) et l'hôtel du même nom. En guise de hors d'oeuvre au conte de fée, nous y passons, gracieusement, la dizaine de jours nécessaires à la préparation de notre appartement. Ce dernier nous attend au milieu d'un parc magnifique, dans un des petits immeubles à deux étages de la cité Guynemer. Les écureuils viennent chaparder sur notre balcon. Le nom de la cité n'est pas dû au hasard : elle borde l'aéroport de Tegel qui reçoit le trafic passager destiné à Berlin Ouest (Tempelhof étant réservé aux militaires, surtout américains). En effet, la Lufthansa n'a pas le droit d'y atterrir, seuls les appareils des pays alliés peuvent en profiter. Ils arrivent en meutes groupées, rasant les immeubles et les jardins ouvriers microscopiques (je sais qu'ils rasent : j'ai fait une fois le voyage de Paris à Berlin dans la cabine de pilotage, une coupe de champagne à la main, invitée par le commandant de bord), avec un bruit que vous imaginez peut-être. Il y a si peu de place pour l'approche des pistes que nous rentrons instinctivement la tête dans les épaules lorsqu'ils passent au-dessus de la voiture, le train d'atterrissage prêt à toucher le sol. Cela reste plus amusant qu'impressionnant, durant les six années...
Notre appartement est équipé jusqu'à la dernière petite cuiller à café, sans oublier la pince à sucre. Chambre, salon, salle à manger, cuisine et salle de bains. Après la naissance de notre fils, l'année suivante, nous avons droit à une chambre de plus, avec garage chauffé et chambre de bonne (sans la bonne, toutefois, que l'on pouvait "sonner" depuis la cuisine à sa chambre, deux étages au-dessus - nous y logeons nos invités), pour le même loyer (15% du salaire). Les célibataires sont défavorisés : ils n'ont droit qu'à un studio (pour la même somme) et ce n'est pas la seule chose bizarre. En effet, la sacro-sainte hiérarchie militaire laisse sa marque sur tous les aspects de notre vie : les professeurs certifiés sont assimilés à des grades d'officier et ils ont le droit au lustre à cinq branches, au service de table de douze couverts et à des chaises à l'assise plus large ! A partir du colonel, on vous attribue un pavillon avec chauffeur, deux bonnes et un jardinier ! Nous ne franchirons pas le grade de capitaine...
Le centre névralgique en est le Quartier Napoléon : on y entre en franchissant une barrière et en présentant sa carte GMB aux sentinelles. Juste à côté, se trouvent le cinéma Aiglon (vous saisissez la parenté) et l'hôtel du même nom. En guise de hors d'oeuvre au conte de fée, nous y passons, gracieusement, la dizaine de jours nécessaires à la préparation de notre appartement. Ce dernier nous attend au milieu d'un parc magnifique, dans un des petits immeubles à deux étages de la cité Guynemer. Les écureuils viennent chaparder sur notre balcon. Le nom de la cité n'est pas dû au hasard : elle borde l'aéroport de Tegel qui reçoit le trafic passager destiné à Berlin Ouest (Tempelhof étant réservé aux militaires, surtout américains). En effet, la Lufthansa n'a pas le droit d'y atterrir, seuls les appareils des pays alliés peuvent en profiter. Ils arrivent en meutes groupées, rasant les immeubles et les jardins ouvriers microscopiques (je sais qu'ils rasent : j'ai fait une fois le voyage de Paris à Berlin dans la cabine de pilotage, une coupe de champagne à la main, invitée par le commandant de bord), avec un bruit que vous imaginez peut-être. Il y a si peu de place pour l'approche des pistes que nous rentrons instinctivement la tête dans les épaules lorsqu'ils passent au-dessus de la voiture, le train d'atterrissage prêt à toucher le sol. Cela reste plus amusant qu'impressionnant, durant les six années...
Notre appartement est équipé jusqu'à la dernière petite cuiller à café, sans oublier la pince à sucre. Chambre, salon, salle à manger, cuisine et salle de bains. Après la naissance de notre fils, l'année suivante, nous avons droit à une chambre de plus, avec garage chauffé et chambre de bonne (sans la bonne, toutefois, que l'on pouvait "sonner" depuis la cuisine à sa chambre, deux étages au-dessus - nous y logeons nos invités), pour le même loyer (15% du salaire). Les célibataires sont défavorisés : ils n'ont droit qu'à un studio (pour la même somme) et ce n'est pas la seule chose bizarre. En effet, la sacro-sainte hiérarchie militaire laisse sa marque sur tous les aspects de notre vie : les professeurs certifiés sont assimilés à des grades d'officier et ils ont le droit au lustre à cinq branches, au service de table de douze couverts et à des chaises à l'assise plus large ! A partir du colonel, on vous attribue un pavillon avec chauffeur, deux bonnes et un jardinier ! Nous ne franchirons pas le grade de capitaine...
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