Le blog de Flora

Zsigmond Móricz (1879-1942) : "LE ROMAN DE MA VIE"

26 Août 2008, 09:49am

Publié par Flora

  Cela fait quelques semaines que je tourne autour de ce livre et autour du désir d'en parler avec vous. Je doute fort que quelqu'un ait entendu parler de cet immense écrivain, un monument dans son pays, même si un ou deux de ses romans ont été traduits en français. Il est parmi ceux qui sont les plus difficiles à faire vivre dans une autre langue que le hongrois : son style original a pleinement exploité les possibilités elliptiques infinies du hongrois où les sous-entendus, les suggérés, les ressentis sont aussi importants que les clairement exprimés. De plus, dans certains textes, il a largement puisé dans le dialecte de sa région, ce qui crée une atmosphère extrêmement suggestive, difficilement transmissible dans un français policé ou pire encore, régional quelconque. Finalement, j'ai choisi son roman autobiographique (se terminant à dix ans), le plus "neutre" du point de vue stylistique et surtout, parce que je m'étais lancée dans mes propres balbutiements sur le passé et la conclusion de ce livre m'a touchée en plein coeur. Je vous la livre :
 

... J'entends la voix de mon père et le coeur étouffe la voix.
     J'ai terminé le roman de ma vie.
     Cela fait trois mois que je n'avais plus un seul jour, une seule nuit de repos. Mon cerveau brûlait dans une unique fusion : sans doute jamais le feu ne me consumait à ce point.
     J'ai revécu toute ma vie.
     Et je ne souhaite plus m'occuper de moi.
     Jusqu'à l'âge de dix ans, plus de choses m'étaient arrivées que durant les cinquante ans qui ont suivi. Je pourrais les écrire jusqu'à la fin du monde, jusqu'à la fin de ma vie. A quoi bon. Je ne peux en dire plus à mon sujet.
     Le reste, je l'ai écrit dans les romans. J'aimerais encore quelques confessions en la forme close de la scène, dans les flammes d'un instant en commun avec mes frères humains.
     Et puis, m'allonger un peu dans la lumière douce de l'automne. Alors, je pourrais graver sur ma carte de visite en marbre:
                                                     J'AI VECU.

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F
Est-ce pour cette raison que beaucoup d'écrivains choisissent la fiction, une façon de se cacher de soi?
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J
Parler de soi, c'est partager lincommunicable ou du moins essayer. Gare au retour de mnivelle! Parler de soi, c'est aussi s'échapper de soi, et n'est-ce pas aussi mourir à petit feu ...
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M
Plus jamais les années jusqu'à dix ans, mais à partir de onze ans seulement, c'est à partir de cet âge que je suis entrée en carême pour être ici aujourd'hui et vraiment dans la joie et le partage. C'est drôle la vie, c'est un mystère. Guy dit ou il cite, je ne sais plus : on vit et on meurt de son enfance. Pour moi je préfère dire que c'est une maladie dont on ne guérit pas, on se soigne, on vit avec les séquelles et un jour on se dit que c'est une maladie imaginaire, mais de toute façon, on finit toujours par en mourir...Heureusement, je crois à la résurrection... Si non, j'aurai souffert pour rien et je serais dans la joie pour personne et ce serait bien dommage... Ah non ! Où avais-je la tête, j'oubliais l'amour. <br /> Bises à tous mes amis philosophes.
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F
<br /> Chère Mu, heureusement qu'il existe des enfances heureuses, "réservoirs magiques" comme j'ai dit dans une bafouille, dont on ne meurt pas, dont on n'a pas à se soigner mais qui vous offrent des<br /> forces pour les combats à venir. Je pense que notre écrivain veut dire la même chose : une enfance dont la richesse inépuisable résidait dans l'amour des parents qui ont transmis cet héritage<br /> inestimable...<br /> <br /> <br />
L
toute sa vie en 10 ans :fichtrement intéréssant<br /> et les autres années suivantes comme des<br /> variations de cette décade:vertige!
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F
<br /> C'est vrai qu'on est tenté de penser que tout se décide pendant les 10 premières années de découverte. Le reste, c'est... quoi déjà?...<br /> <br /> <br />
J
Jusqu'à l'âge de 10 ans...Comme c'est vrai! l'après n'est qu'une tragique répétition. Ecrire sur soi, est-ce parler de soi? C'est la question que je me pose.
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F
<br /> <br /> Cher José, ta question demande réflexion. Que veut dire "parler de soi"? Raconter des anecdotes? S'expliquer? S'exhiber? Je pencherais plutôt vers la formule : raconter le monde tel que l'on<br /> perçoit et nous, petit point, minuscule "crotte de mouche" mais ô combien unique et important pour nous même et pour ne serait-ce qu'une seule personne et ce n'est déjà plus vain!<br /> <br /> <br /> <br />