Le français, une seconde "peau"
Quelle jouissance de s'exprimer dans cette merveilleuse langue française, souple comme une liane et rigoureusement limpide, élégante, fantaisiste mais toujours
attentive à la justesse à laquelle elle offre mille nuances! Jusqu'à la fin de mes jours, je n'en aurai pas assez de l'explorer, de m'approprier ses infinis raffinements pour tenter de trouver le
mot juste à sa juste place. Lorsqu'on y parvient, cela provoque une sensation de volupté, une intense émotion de plénitude comme devant la beauté d'une création
humaine ou devant la nature avec laquelle on se sent soudain en parfaite adéquation. La pensée créatrice qui s'exprime à l'aide des couleurs, des traits, des notes, des formes ou
des mots pour essayer de transmettre la même jouissance, la même émotion à celui qui regarde, écoute ou lit - quelle magnifique aventure quand on y parvient!
Cette digression ne m'écarte qu'en apparence de mon sujet initial. La tentative de rassembler les miettes de ma mémoire est un combat et une jouissance à la fois. Il faut bien
commencer quelque part... Ce monde est tellement lointain : est-ce plus loin dans l'espace ou dans le temps? Les deux, sans doute. Dans une autre vie. Une autre personne...
Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile, que cela me plongerait presque dans une apnée d'angoisse. Remonter jusqu'à une petite fille - la plus petite
possible - cela va-t-il m'obliger à quitter mon corps de maintenant (afin de me "voir") pour ce voyage dans le passé pour recréer un monde devenu imaginaire, pour redonner vie à des
personnes devenues illusions ?
De plus, j'ai parfois la nette impression que s'exprimer dans une langue ou une autre entraîne un travestissement de la personnalité : on devient autre, en
accord sans doute avec l'initiation mystérieuse à cette langue et avec notre vécu dans son expression. Serions-nous modelés par la langue et par les sédiments de l'histoire culturelle collective
qu'elle entraîne dans son sillage?
Les premières impressions que je peux exhumer remontent au début des années cinquante. (Pacte de sincérité à la Rousseau avec le lecteur? je n'y crois pas. Dans la mesure
du dicible plutôt. Malgré la technique la plus sophistiquée, c'est quand même l'oeil du photographe qui choisit l'angle de la prise...)
la suite suivra...