Plage de liberté
Ce matin, j'ai ouvert la fenêtre sur un ciel bleu, tendu comme une toile immaculée au-dessus du jardin. Après les jours orageux, il annonce une plage de liberté si longtemps désirée.
Empêtrée dans les contraintes que je me crée de mon plein gré, je ne cesse de languir après cette liberté qui me laisserait faire ce que je voudrais - à l'image de la plage infinie et ensoleillée qui ressurgit pour me hanter... Et je tourne autour des précieuses heures qui fuient, stériles.
Les mots de Pilinszky me reviennent en mémoire. Ils sont tirés d'une lettre adressée à P. Emmanuel en 1967. Pilinszky se retrouve devant le dilemme de la tentation de rester en France ou de rentrer en Hongrie. Son effroi devant le vertige de la liberté m'est familier, en dépit du contexte différent:
"...Comme quelqu'un qui a trop longtemps désiré une chose et lorsqu'il peut enfin tendre la main pour l'atteindre, il s'aperçoit que sa main est inerte. (...) ...ce luxe me remplit d'effroi - du vertige paralysant de la liberté. Est-il possible que je ne puisse plus circuler que dans des couloirs de prison ?"
(traduction: moi-même)