Gloire et bonheur
"La gloire est le deuil éclatant du bonheur".
Cette phrase - un concentré raccourci de celle de Mme de Staël: "La gloire elle-même ne saurait être, pour une femme, qu'un deuil éclatant du bonheur" - je l'ai entendue hier soir, dans le magnifique documentaire sur Yves Saint-Laurent. Pierre Bergé nous le raconte, accompagné des images éblouissantes de sa vie, de ses créations. Le grand jeune homme timide et gauche, du haut de ses 21 ans, qui entame le chemin éclatant de la gloire!
Pierre Bergé tisse son histoire, leur histoire, avec calme et lucidité, sur la trame de la liquidation de leur somptueuse collection par vente aux enchères. A travers ses propos, ses regards, transparaît un vide douloureux. Même s'il n'est pas homme à s'abîmer dans un passé nostalgique.
Yves Saint-Laurent, le génie dépressif, l'inquiet, compense son hyper-sensibilité créative par des substances qui le détruisent. Plus il est adulé, plus il se réfugie dans la solitude.
Il a tout, la gloire, la richesse, la création - tout, sauf le bonheur serein.
Cette fameuse phrase console-t-elle quelque peu la foule des médiocres qui aspirent vainement aux fastes de la gloire... Piètre consolation. Vaut-il mieux être le génie d'exception qui se consume dans la création, en côtoyant la folie ou bien faire partie de l'écrasante majorité des quelconques, voire même des honnêtes talents qui poussent laborieusement leur chariot jusqu'au bout d'une existence sans éclats?… A voir.
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