Le blog de Flora

Attila József (1905-1937) : Rosée (Harmatocska)

4 Février 2010, 10:32am

Publié par Flora

   Après des pages oppressantes de ces derniers temps, sur mon blog, tournant involontairement autour du thème de la mort (le suicide de R. Kriszta y est sûrement pour quelque chose : il fallait apprivoiser, évacuer le chagrin...), j'ai envie d'une petite respiration -  et mes fidèles lecteurs aussi, je suppose !
  Je publie un poème de Attila József qui savait être lyrique, aussi bien que grave, la plupart du temps. Parmi plusieurs traductions existantes, je vous livre ici deux versions de la traduction d'un même poème, ainsi que l'originale, pour ceux qui peuvent les comparer. Cela illustre aussi les énormes difficultés de la traduction dans le domaine de la poésie. Aussi réussie que soit la traduction, le poème y échappe...

 
ROSÉE
Un framboisier accroupi
Se balance et, sur la branche,
En boule dort à demi
Un papier gras qui se penche.


Soir de perle, doux tableau,
Les feuillages s'entrelacent ;
Avec la brume plus haut,
Mon chant tremble dans l'espace.

Bourdonnant comme le pré,
J'ai travaillé sans relâche.
Que le ciel est donc léger !
L'atelier sombre à la tâche.

Je suis las, un peu béat,
Ou bon seulement peut-être.
Je bats comme l'herbe bat,
L'étoile qui vient de naître.
1929              
Adaptation : Guillevic



ROSÉE
Accroupi, se balance
Un framboisier. Sur lui,
Un papier gras poursuit
Sa douce somnolence.

Feuillages s'enlaçant !
Beau soir de perle fine !
Brume sur la colline
Où plane aussi mon chant !

Bourdon dans la prairie,
Sans trève j'ai trimé.
Que le ciel est léger
Sur ma forge assombrie !

Je suis las, un peu sot...
-  Ou bon, que vous en semble ?  -
Comme l'herbe je tremble
Et l'étoile, là-haut...
                    
Adaptation : Jean Rousselot


HARMATOCSKA

Guggolva ringadoz
a málnatő, meleg
karján buggyos, zsiros 
papiros szendereg.

Lágy a táj, gyöngy az est ;
tömött, fonott falomb.
Hegyek párája rezg
a halmokon s dalom.

Hát dolgoztam hiven,
zümmögve, mint a rét.
Milyen könnyű a menny !
A műhely már sötét.

Fáradt meg együgyű,
vagy tán csak jó vagyok
s reszketek, mint a fű
és mint a csillagok.
 



 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 12.

3 Février 2010, 10:32am

Publié par Flora

   La rentrée approche. Est-ce que mes étudiants vont me trouver changé ? Est-ce que la mort se lit sur mon visage ? On devrait peindre en bleu les gens appelés à succomber dans l'année. Ce serait le signe qu'il ne faut pas les approcher. A quoi bon nouer des relations avec une personne qui ne sera plus ? A quoi bon entamer une thèse avec un professeur qui n'en verra pas la fin ? A quoi bon disserter sur le big bang avec celui qui tombe dans un trou noir ?
   Autre avantage, en ce monde d'euphémismes, d'accidents de la vie, de personnes de petite taille, l'affreux mot d'agonie serait enfin banni. On parlerait de "période bleue".
   Je romps les ponts, l'un après l'autre. Je deviens schtroumpf. Voisins, amis, collègues apprennent la nouvelle, sans que je l'aie voulu. Peur de la maladie, pudeur ou réticences, la plupart s'abstiendront de me rendre visite. Je ne suis pas certain qu'Edouard l'ait deviné. Trop de projets l'accaparent : obtenir que l'université finance son déplacement à Miami pour un colloque en bord de plage, faire inscrire son nom en gras sur la couverture d'un opuscule où il a rédigé une contribution que quatre personnes liront, guider Estelle et ses yeux bleus à travers "la dialectique du rationnel et de l'irrationnel", passer des heures au téléphone à me parler du seul sujet qui vaille : lui-même.

    
Sa dernière histoire de voyage temporel est empruntée à un écrivain mineur, Cyril Kornblut, j'ai retenu le nom, il l'a répété treize fois. W. J. Born, un homme d'affaire américain, rêve d'une méthode infaillible pour détecter en Bourse les actions prometteuses. Il fait construire par un savant une machine à voyager dans l'avenir. Son premier essai le propulse deux ans plus tard. Une violente crise économique ravage la planète ; elle a pour origine un krach boursier. De retour au présent, W. J. Born s'empresse de vendre l'ensemble de ses actions. Cette décision déclenche la crise...
   Ce maladroit me donne des idées. Je me projette dans l'avenir, un saut de puce, six ou sept mois. Je découvre, effaré, que je suis mort dans des souffrances horribles. Pour prévenir le drame, je retourne au présent ; je me suicide... 

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