Adoption * illustration pour une nouvelle (encre)
dessin : T. R. (2001) quatre catégories menées parallèlement : extraits des oeuvres de Gilbert Millet, traductions d'auteurs hongrois, réflexions et mémoires, dessins
dessin : T. R. (2001)
Il y a un an, jour pour jour, je me suis
lancée... Je me
souviens encore : serrement de coeur, trac, saut dans l'inconnu - et une envie impérieuse de s'y jeter. Pourquoi ? Sans doute et avant tout, avec les mots du même Endre Ady :
"... Je voudrais de plus près me montrer, // Que me voient ceux qui voient... " (Szeretném magam megmutatni, // Hogy látva lássanak, //Hogy látva lássanak) Toutefois, j'ai décidé de
garder une partie de l'anonymat, du moins devant ceux qui ne me connaissent pas personnellement, me disant que l'identité précise n'a aucune importance, finalement : ceux qui
savent voir, construiront leur image sur la trame des mots... Les mots et quelques images : voilà les seuls véhicules que je me destinais pour arriver jusqu'à vous. Le reste
me semblait inutile exhibition.
Comme j'étais persuadée que la mode de livrer mes états d'âme journaliers sur un blog n'avait pas grand intêret, que j'étais nulle en cuisine et en point de croix, tout comme en
potins people, j'ai choisi la traduction d'auteurs hongrois, mine de trésors méconnus.
Le deuxième anniversaire de la mort de Gilbert a donné le coup de pouce décisif. Je me suis dit que je le prolongerais ainsi à travers ses textes, puisque la publication en masse
mercantile confère à la littérature une vie de libellule... Il redoutait plus que tout l'oubli, ce trou noir vorace de corps célestes. J'ai vécu de très près la gestation de cette oeuvre
restée inachevée, et je me retrouve étroitement liée à lui à travers ses mots, cet acte de genèse.
J'ai toujours aimé jouer avec les mots. Le français constitue un terrain de jeu extraordinaire : pour beaucoup, c'est la langue de l'écriture par excellence. Pour moi, c'est un défi
permanent et une jubilation, une conquête et une découverte d'une autre moi-même. Je reste persuadée que s'exprimer dans une langue ou une autre, signifie se glisser dans une autre peau...
Et le vécu, l'initiation mystérieuse à telle ou telle langue conditionne notre parole. Le français a libéré la mienne.
En un an, quelques 206 articles et 615 commentaires. Je ne cours pas après les records, même si vos commentaires font très plaisir, ces fameuses petites passerelles entre les
âmes... Le reste, de toute façon, nous ne le maîtrisons pas. Depuis un an, je passe beaucoup de temps à nourrir ces pages et à lire aussi les vôtres. Ce n'est pas du temps perdu, il
m'enrichit...

Par jeu ne me trompant jamais
Coulée en or, tu sourirais
A mon chevet.
Diamants verts seraient tes yeux,
Roses d'opale tes seins, deux
Rubis tes lèvres.
Belle statue d'or immortelle,
Tu me serais enfin fidèle,
O maléfique.
En quelque lieu que soit ton corps
M'appelleraient tes formes d'or,
Toujours, toujours.
Si la vie me faisait souffrir,
Tes hanches viendraient rafraîchir,
Mon front en feu.
adaptation d'Alain Bosquet
A Léda aranyszobra
Csaló játékba sohse fognál,
Aranyba öntve mosolyognál
Az ágyam elött.
Két szemed két zöld gyémánt vóna,
Két kebled két vad opál-rózsa
S ajakad topáz.
Arany-lényeddel sohse halnál,
Ekes voltoddal sohse csalnál,
En rossz asszonyom.
Hùs-tested akármerre menne,
Arany tested értem lihegne Gustav KLIMT : Judith et Holofernes
Mindig, örökig.
S mikor az élet nagyon fájna,
Két hüs csipöd lehütné áldva
Forró homlokom.
" Que deviendront nos souvenirs après notre
disparition?" demande une amie hongroise sur son blog. Question bien plus complexe qu'il n'y paraît. Ne sommes-nous pas en train d'essayer de les
fixer, dans leurs contours de plus en plus flous, afin qu'ils survivent à cet inexorable évanouissement ? A quoi bon ? Ils nous appartiennent si intimement que leur survie n'a aucun sens logique;
ils devraient nous suivre fidèlement, tels les chevaux et les serviteurs, voire les épouses, ensevelis auprès de leur seigneur défunt des temps jadis...
Nos souvenirs, ces oripeaux défraîchis nous appartiennent intimement. Pourquoi l'envie de les confier, de les partager, même partiellement, même en les filtrant, les édulcorant ou
bien au contraire, en les livrant dans toute leur cruauté, quitte à s'écorcher au passage ?
Même dépourvus de narcissisme maladif, nous sommes effleurés par cette tentation. Voulons-nous compléter l'esquisse de notre image, afin que les traits primordiaux apparaissent pour
dévoiler les sillons, les ébauches successifs qui ont abouti à l'impression présente ? Avons-nous besoin de témoin dans cette descente vers les abysses de la mémoire, témoin qui nous tient
la main, que nous prenons par la main, pour que le chemin soit moins abrupt, moins cahotant ?
Voulons-nous corriger, consciemment ou inconsciemment, l'image surgie des replis mystérieux, révélant des blessures dissimulées devant nous-mêmes ? Une envie irrépressible de
sincérité arrive parfois à bouleverser l'ordre établi. Un ordre que nous avons mis des années d'acharnement à bâtir. Pour nous protéger. Pour pouvoir vivre. Un mur protecteur que tout le monde
ignore, que nous parvenons à oublier nous-mêmes par moment... Un numéro de haute voltige permanent.
Revenons à la première personne. Pourquoi livrer mes souvenirs ? Le narcissisme est assurément le motif le moins décisif. Ressusciter mes fantômes ? Le fantôme de moi-même
? Défier le temps qui s'écoule impitoyablement, en dépit des tentatives désespérées de l'arrêter, du moins le ralentir ? Tout cela à la fois. Et mille autres raisons encore. Mise au point en
langage codé que je suis la seule à déchiffrer car la seule à pouvoir regarder derrière le miroir...
la suite suivra...