Une histoire d'assiette
"Je ne suis pas dans mon assiette..." Inutile de dire que cette phrase ne fait pas partie du vocabulaire, des expressions de la langue française que j'ai étudiés sur les bancs du lycée ou à la fac. Je l'ai apprise, parmi tant d'autres, savoureuses, avec ma belle-famille qui parlait, dans le nord de la France, à Laon, une langue châtiée de gens cultivés, dans laquelle se glissaient, de temps en temps, des mots et expressions plus colorés de leurs ancêtres picards. Moi, évidemment, je me les suis appropriés avec avidité. C'est ainsi que j'ai mis de côté parmi tant d'autres, dans ma boîte aux trésors, "wassingue" (serpillère), "papinette" (cuillère en bois), retenu que le "dîner" se prenait à midi, tandis que le repas du soir s'appelait le "souper".

Après cette introduction, vaste détour dont je suis coutumière, je reviens "à mon assiette" que j'ai tant de mal à atteindre. Je suis crucifiée dans un choix cornélien et celui qui connaît la Balance sait que je n'exagère point. A chaque instant, je "balance" douloureusement entre l'envie irrépressible de prendre la route avec les enfants pour un grand périple estival de trois semaines, à travers l'Europe jusqu'en Hongrie - et la sagesse de rester à la maison pour souffler, tenter de rassembler les morceaux de puzzle secoué de mon état physique, après un premier semestre éprouvant. Etat parfois pitoyable de faiblesse, douleurs constantes qui empêchent la récupération, c'est ainsi que je paye à chaque fois les moments de bonheur des rencontres avec amis et famille...