Trac
Je me sens comme une collégienne avant sa première boum (comment disent-ils de nos jours? mes petites-filles n'y sont pas encore...), en proie à un trac étrange, indigne de mon âge qui frôle les frontières de la sagesse...
Inexplicable? Pas tant que ça: dans peu de temps, je m'apprête à retrouver mes anciens camarades du lycée que je n'ai pas revus depuis quelques décennies. Nous avons passé le bac en 1966.
Ils se réunissent tous les ans, au mois de mai, pour le plaisir de se retrouver. Constatés année après année, les ravages du temps leur semblent atténués, pour ne pas dire familiers. Ce qui n'est pas mon cas: partie à l'étranger depuis 1974, je n'ai assisté qu'à deux rencontres, en 1971 et au début des années 90.
Et c'est bien là que le chien est enterré. Au deuxième rendez-vous, j'ai eu un vrai choc émotionnel: je n'ai pas reconnu certains de mes camarades. Je me suis demandé si pour eux aussi, la secousse était identique. Plus de vingt ans après, je le crains. C'est ce changement insidieux et en même temps brutal que je n'arrive pas à assumer.
En moi, principalement.
J'ai donc décidé de l'affronter. Même avec le trac.