Le blog de Flora

oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 28.

11 Août 2010, 10:45am

Publié par Flora

VI

A l'annonce de l'office au-dessus de ses outils théâtraux, le cadavre tient un rite précis pour une nouvelle vie et suit comme la plus haute tradition les différentes phases de la décomposition.

Hubert Haddad, Les larmes d'Héraclite

 

   Entre Philibert Tique et Edouard Prêtre, de longs mois avaient coulé avant qu'il puisse être question d'une amitié. Tout avaient commencé par quelques conversations à la Sorbonne, avant ou après les cours. Puis l'habitude se prit de prolonger le plaisir de la parole à l'extérieur de l'université, devant une tasse de café. Un monologue plus qu'un dialogue mais Philibert n'en souffrait pas. A cette époque, peu lointaine à vrai dire, six ans, l'ego d'Edouard ne le poussait pas  encore à détailler chaque succès  -  véridique ou imaginaire  -  de sa vie d'enseignant, les regards admirateurs voire lascifs des belles étudiantes, la confusion qu'elles faisaient sur son âge. L'essentiel de son discours portait sur ses recherches, ce voyage temporel dont il était, à l'en croire, le meilleur spécialiste en Europe. Obsédé depuis toujours par le temps, bien décidé à écrire sur le sujet l'ouvrage définitif, Philibert écoutait.

   Plus tard, l'idée leur vint de coordonner leurs travaux. Le temps sous toutes ses facettes. La scientifique, la technique, la philosophique, revenaient à Philibert, incollable aussi bien sur les conceptions de Bergson ou Saint Augustin que sur l'histoire de l'horlogerie où la relativité générale qui remettait en question l'écoulement traditionnel du temps. Edouard se chargerait de la facette imaginaire, à l'exception bien sûr de la question de la mémoire ; le spécialiste de Proust n'allait pas céder sur ce point et son ami  -  car ils se considéraient désormais comme tels  -  ne lui aurait pas disputé ce domaine, ne s'intéressant qu'au fantastique et à la science-fiction.

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Reprendre la plume... quelle plume?

9 Août 2010, 15:09pm

Publié par Flora

Vieux-et-sa-muse.jpgPlusieurs semaines de "sevrage" sans doute nécessaire, pendant lesquelles je ne me suis même pas connectée à mes boîtes aux lettres! Je n'ai pas ouvert la télé, la radio, les journaux... Je n'ai écrit que quelques mots rapides, de ci, de là, dans mon vieux cahier de brouillons sans prétention qui ne me quitte pas, tel une bouée rassurante en cas d'asphyxie par noyade. Il approche, en un peu plus d'un an, aux cent pages remplies, serrées, toujours sous l'impulsion du moment, au stylo feutre souple, sur des pages blanches, sans lignes ni carreaux pour réglementer, entraver la pensée... Elle se règle seule, cette pensée aussi libre et personnelle que possible, et les lignes sont pourtant bien droites, sans montagnes russes, pas même sous le poids de l'émotion. Certaines de ces réflexions nourriront mon blog mais la plupart d'entre elles restent trop confidentielles. Avec l'exigence de sortir tout de même de la sphère des journaux intimes de jeunes filles à l'eau de rose ("Mon cher journal! Devine qui j'ai vu ce matin..."). Avec la maturité de l'âge, c'est de plus en plus évident!

   Le plaisir d'écrire, de "saisir les mots au vol" comme disait un des personnages de Gilbert (Le Mépriseur, Manya 1993) en parlant de lecture... Je tente de les saisir au vol, ayant l'impression que la main court après la pensée en ses habits justes et colorés de mots. Pensée qui a toujours une ou deux phrases d'avance! Cette puissante et impérieuse envie de les coucher sur papier, je ne la connais que depuis la mort de Gilbert. Et seulement en français, ma langue d'adoption. Si j'étais superstitieuse, je dirais que c'est lui qui me tient la main. C'est lui qui ressentait ce besoin irrépressible d'écrire, d'avoir "sa dose" quotidienne, pour se sentir en équilibre. Seulement, pour lui, cela passait par la fiction... Il inventait ses histoires dans lesquelles il pouvait se dissimuler jusqu'à être méconnaissable.

   Avais-je toujours cette envie, enterrée bien profondément, d'autant plus que l'écriture est devenue le "terrain de jeu" de Gilbert, sur lequel je m'interdisais d'empiéter? Je me souviens d'une nouvelle "commise" encore lycéenne avec laquelle j'ai gagné un deuxième prix départemental. Pourtant, j'ai cessé toute tentative avec cette expérience dont je garde un souvenir de douleurs d'accouchement... Rien à voir avec la jubilation que j'éprouve à présent! Mystère...

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