Le blog de Flora

La gravure... enfin !

5 Octobre 2009, 15:54pm

Publié par Flora

   Cela fait trente ans que j'en rêvais... une belle gravure me donnant littéralement des frissons de plaisir, plus qu'une peinture, plus même qu'un dessin ! Va savoir pourquoi... Dans la Hongrie des années soixante - soixante-dix, les arts graphiques et la gravure en particulier ont eu un essor formidable. Moi qui n'ai pas pu suivre une formation dans un lycée de beaux-arts, ma mère estimant que les 40 kilomètres étaient trop loin et que, de toute façon, cela menait à un avenir très aléatoire et que mieux valait se munir d'un vrai  métier, j'ai pu en rêver toute une vie... Ceci dit, elle a eu zéro pointé sur toute la ligne, la pauvre. Je me retrouve à 1600 kilomètres et j'ai très peu exercé mon vrai métier, celui de professeur de français et de russe !
   Par contre, j'ai commencé il y a une semaine, mon apprentissage dans un atelier de gravure et chez un maître que j'admirais de loin à travers ses livres d'artistes et ses expositions et dont le grand talent n'a d'égal que sa modestie et sa simplicité, qualités que j'apprécie particulièrement comme privilèges des tout grands.
   Je me sens comme la parfaite débutante que je suis, l'apprentie qui polit sa première plaque de cuivre pendant deux heures, la prépare, la grave etc., et attend, le coeur battant d'émotion, la première impression qui se dévoile sous l'impressionnant rouleau de la presse...
   La part d'inattendu, de surprise bonne ou mauvaise est toujours présente dans la gravure. C'est bien ce qui m'attirait, avec l'infinie variété des techniques. Il faut que je m'habitue aussi à un rythme tout à fait différent, opposé au dessin où il faut être rapide et spontané. La gravure semble être l'école de la lenteur et de la patience.

premier essai , d'après un dessin de 1998.  T.R.

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Arpád Tóth (1886-1928) * Aube sur les boulevards

4 Octobre 2009, 21:43pm

Publié par Flora

Móricz Zsigmond - A költő és apja             

Aube sur les boulevards

Le petit jour était gris sale. Les boutiques
Dormaient encore, les yeux vitreux. Mal réveillés,
Les concierges poussaient, d'un balai lymphatique,
Djinns de mauvaise humeur et lutins lunatiques
Dans le désert pierreux, poussière, vieux papiers.

Entre deux pans de mur, soudain l'on vit paraître
Et brûler de la braise au ciel de l'Orient.
Par cent soleils brisés, flambèrent cent fenêtres.
Sur les trottoirs crasseux, alors s'éparpillèrent,
De l'infinie clarté, mille clairs diamants.

La rue fut subjuguée. Un acacia svelte
S'enivra goulûment de soleil, et là-haut
L'on put voir frémir dans sa chevelure verte
Une grappe de pâles fleurs, à peine ouvertes :
Tout le frêle trésor de son printemps nouveau.

A la clarté, personne ne répondait mot.
La joyeuse alouette des couleurs s'y mit !
Puis dans une vitrine une cravate mauve
Qui se mit à chanter ! Un peu plus tard, la grosse
Et creuse voix des cloches s'en mêla aussi.

Au loin gémit une sirène dans l'aurore,
Un tram grinçant au carrefour surgit alors.
La journée commençait son train-train ordinaire.
Sur la petite main d'une jeune ouvrière,
Nul ne vit le soleil jeter un baiser d'or.
(1923)
                             traduction: Jean Rousselot

KÖRÚTI HAJNAL

 

 

 

Vak volt a hajnal, szennyes, szürke. Még
Üveges szemmel aludtak a boltok,
S lomhán söpörtek a vad kővidék
Felvert porában az álmos vicék,
Mint lassú dsinnek, rosszkedvű koboldok.

Egyszerre két tűzfal között kigyúlt
A keleti ég váratlan zsarátja:
Minden üvegre száz napocska hullt,
S az aszfalt szennyén szerteszét gurult
A Végtelen Fény milliom karátja.

Bűvölten állt az utca. Egy sovány
Akác részegen szítta be a drága
Napfényt, és zöld kontyában tétován
Rezdült meg csüggeteg és halovány
Tavaszi kincse: egy-két fürt virága.

A Fénynek földi hang még nem felelt,
Csak a szinek víg pacsirtái zengtek:
Egy kirakatban lila dalra kelt
Egy nyakkendő; de aztán tompa, telt
Hangon a harangok is felmerengtek.

Bús gyársziréna búgott, majd kopott
Sínjén villamos jajdult ki a térre:
Nappal lett, indult a józan robot,
S már nem látták, a Nap még mint dobott
Arany csókot egy munkáslány kezére...

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Oeuvre de Gilbert * Pavés du Nord

1 Octobre 2009, 14:25pm

Publié par Flora

[...] Wallain et Sesoing ne sont séparés que par la voie ferrée. Longtemps, un passage à niveau a marqué la frontière entre les deux communes mais il y a dix ans que les derniers convois de houille ont déserté. Comme les filatures fermaient au même moment, ainsi que la ligne de voyageurs pour Lille, jugée trop peu rentable, les rails ne servent plus qu'à aligner les touffes d'herbe et les orties. Autre témoin d'un âge révolu, l'ancienne maison de garde-barrière que Benoît Leblé a rachetée, par fidélité à sa mère. Ses poules picorent en liberté sur les anciens ballasts.
    Pour Wallain, la période faste court de l'aube du siècle jusqu'à la crise de 1929. Les fosses et les usines tournaient à plein rendement, aspiraient la main-d'oeuvre. Les corons s'alignaient. Les patrons construisaient un hôpital, spacieux, et une maison de retraite, de dimensions plus modestes ; la mine offrait davantage d'occasions de se blesser ou de tomber malade que de faire de vieux os.
   Maintenant, la ville n'est plus qu'une bourgade jivaro, un squelette aux façades lépreuses dont les friches constituent la principale richesse, hantées de nostalgiques, et visitées de loin en loin par des économistes, des spécialistes. Ces savants éminents pérorent sur le déclin industriel, sur l'avènement d'une ère des loisirs. Ils escaladent les terrils, conseillant aux élus de remplacer la couche de chiendent par un plastique fluorescent, une piste de ski qui attirera les foules.
   Les survivants du monde ancien ignorent leur chance d'habiter bientôt une station de sports d'hiver. Ils marchent petitement, étayés par leurs cannes, comme les charpentes moisies, les briques disjointes de leurs maisons. [...]

Gilbert Millet : Pavés du Nord,   roman,   éditions Quorum  1997   (extrait)

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