Le blog de Flora

Gyula Juhász (1883 - 1937)

8 Juin 2009, 16:27pm

Publié par Flora

 

Anna est éternelle

Rapides s'enfuyaient les années et les jours ;
Au fond du souvenir dont glissent les flots lourds,
Ton visage a perdu son éclat de corolle,
Lentement s'affaissa l'arc blanc de ton épaule.
Ta voix a fui. Hélas ! je ne t'ai pas suivie
Dans la forêt toujours plus dense de la vie.
Déjà, je dis ton nom sans trouble ni chagrin,
Et je ne tremble plus sous ton regard lointain.
Je sais que tu n'étais qu'une femme entre d'autres,
Je sais aussi que la jeunesse est toujours sotte.
Mais, ma douceur, ne va pas croire pour cela
Que tout est révolu. Surtout, ne le crois pas !
Dans chaque pli de mes cravates mal serrées,
Tu vis encore, ainsi que dans tous mes lapsus ;
Et dans chacun de mes malencontreux saluts,
Et dans chacune de mes lettres déchirées.
C'est ainsi qu'à jamais tu survis et tu règnes,
Dans toute cette vie que j'ai manquée. Amen !
traduction : Jean Rousselot

 

ANNA ÖRÖK

Az évek jöttek, mentek, elmaradtál
emlékeimből lassan, elfakult
arcképed a szívemben, elmosódott
a vállaidnak íve, elsuhant
a hangod és én nem mentem utánad
az élet egyre mélyebb erdejében.
Ma már nyugodtan ejtem a neved ki,
ma már nem reszketek tekintetedre,
ma már tudom, hogy egy voltál a sokból,
hogy ifjúság bolondság, ó de mégis
ne hidd szivem, hogy ez hiába volt
és hogy egészen elmúlt, ó ne hidd!
Mert benne élsz te minden félrecsúszott
nyakkendőmben és elvétett szavamban
és minden eltévesztett köszönésben
és minden összetépett levelemben
és egész elhibázott életemben
élsz és uralkodol örökkön. Amen.

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Oeuvre de Gilbert * "Ruminants"

6 Juin 2009, 10:22am

Publié par Flora

   D'où tiennent-ils cet air triste ? Une pitance amère ? Impossible ! En Thiérache, l'herbe est grasse, les pâtures réputées. La disparition progressive des trains ? Ces boeufs sont habitués, depuis longtemps, aux voitures, aux tracteurs dont ils savent se distraire. Le funeste destin qui les attend à l'abattoir ? Jamais personne ne leur a soufflé mot du boeuf mironton, du tournedos, de l'entrecôte. Ils pourraient regarder une assiette sans trembler.
   Le mal vient des églises fortifiées. Les bovins ne pleurent pas sur le troupeau de plus en plus maigre des paroissiens. D'ailleurs, ils ne pleurent pas. Leur tristesse, intérieure, ne verse pas de larmes. L'oeil est mouillé naturellement. Rien ne les chagrine dans les créneaux, meurtrières, mâchicoulis, remparts, donjons et tourelles de ces étranges lieux de culte où il fallait se retrancher, autrefois, contre l'envahisseur. Ce que regrettent les boeufs, en ces églises, c'est l'absence presque totale de gargouilles. Au coucher du soleil, à l'heure où naissent les idées noires, tous les boeufs de Thiérache  -  regardez bien, vous le constaterez  -  se tournent vers le sud-ouest. Ils ne voient rien mais savent : là-bas se dresse la montagne couronnée. Au sommet, Notre-Dame de Laon. Là-haut, tutoyant le ciel, des boeufs. Ce ne sont pas vraiment des gargouilles. Ils ne recrachent pas l'eau qui tombe sur les tours. Ils témoignent : parce qu'ils ont hissé les lourdes pierres de la cathédrale, on les a jugés dignes de s'inscrire dans la pierre.
   Belle histoire, direz-vous, propre à flatter l'orgueil d'un herbivore moderne. De quoi se plaignent-ils ? Ils ne veulent tout de même pas qu'on les statufie à leur tour ! Ces gargouilles qu'ils implorent, leur veulent-ils des cornes ? Qui sait ? A moins qu'une pensée plus grandiose encore ne s'épanouisse en leur microscopique esprit. Dans cette vision qui naît au crépuscule, des boeufs de pierre se dressent, passé lointain, sur les clochers de la Thiérache, les remparts des églises fortifiées. Un jour maudit, germe dans le cerveau d'un meneur le désir de regagner les pâtures. Bientôt suivi par ses semblables, le voici qui descend les escaliers en colimaçon. Arrivé dans le transept, il se débarrasse de sa carapace minérale. Sur le parvis, trépigne des sabots. Puis s'adoucit le martèlement. Les boeufs viennent de rejoindre l'herbe grasse. Ils ne savent pas encore quelle erreur ils commettent.
extrait du recueil "Picardie, autoportraits" édition de la Wède  2005   

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Le vieil écrivain et sa muse * 2001

4 Juin 2009, 10:36am

Publié par Flora

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Bribes de mémoire 38. "Bureaucrates de tous les pays..."

3 Juin 2009, 16:10pm

Publié par Flora

  Justement, ces voyages ! Sur la photo (qui ne le dit qu'aux connaisseurs), je suis à Tbilissi. Avec nos cartes d'étudiant, nous avons droit à 50% de réduction sur les vols d'Aéroflot et dans les trains. Nous en profitons pour parcourir des espaces démesurés (surtout au regard des 93000 kilomètres carrés de notre minuscule pays). Chaque sortie est précédée d'au moins quinze jours de démarches bureaucratiques en quête des tampons tout-puissants dans des bureaux aux relents de KGB  -  où l'on se sent obligatoirement suspect de quelques mystérieux méfaits  -  pour obtenir l'autorisation de dépasser les 30 kilomètres de périmètre alloués. (Au demeurant, nous n'avons jamais été contrôlés par la suite! L'essentiel est d'impressionner convenablement au départ et le quidam restera de lui-même dans les clous...)
   Nous connaissons bien l'atmosphère intimidante des bureaux de toutes sortes où le simple fait de posséder un tampon confère la stature de tout puissant à un vulgaire guichetier qui se cache souvent derrière la vitre opaque d'une fenêtre-guillotine. Celle-ci ne se soulève que de quelques centimètres pour laisser glisser la feuille demandée, au risque de vous sectionner les doigts... dans nos fantasmes. Comme un coq imbu de son importance, pérorant sur son tas de fumier, ces ronds de cuir de l'état totalitaire ont tous un comportement standard qui consiste à arborer une attitude hautaine, au mieux condescendante, sinon soupçonneuse et sévère, pour vous ratatiner dans votre condition de paria à leur merci : ce ne sont pas eux qui sont à votre service, mais à l'exact contraire ! Combien de fois je remplis un simple formulaire, le trac au ventre pour ne pas faire une seule petite rature en me trompant entre majuscule ou minuscule, sous peine de voir ma feuille déchirée et jetée à la figure ! Ceci dit, le fonctionnaire hongrois nous semble la jovialité personnifiée comparé aux confrères russes, champions de toutes catégories de la rudesse !
   Et lorsque j'ai eu affaire à un guichet de commissariat en France pour un visa de séjour, je me demandais de quoi pouvaient bien se plaindre les Français, enfants gâtés de la paperasse...?
la suite suivra... 

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