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Le blog de Flora

Articles avec #poesie

Fanni s'en est allée...

15 Février 2014, 11:40am

Publié par Flora bis

Elle a attendu la Saint-Valentin et s'en est allée, discrètement comme elle a vécu ses 102 années... Fanni, la muse et veuve de Miklós Radnóti, l'immense poète hongrois de la première moitié du vingtième siècle. La photo ci-jointe est usée, à peine visible. Elle a été retrouvée dans la poche du pardessus de Radnóti, avec ses derniers poèmes, deux autres photos d'elle, sa dernière lettre qui contenait une prière implorant la protection de Dieu pour son mari dans les souffrances du camp de travail... Cette prière n'a pas été entendue: on a retrouvé le corps du poète dans une fosse commune, à la fin de la guerre. Assassiné.

Etrange et magnifique pouvoir de la poésie! Par sa force et sa beauté, elle lui a ménagé une place de choix aux côtés de son poète de mari, dans l'immortalité...

 

Miklós Radnóti (1909-1944) : Ode à peine (Tétova óda)

Publié le 11 Février 2010 sur ce blog

Miklós RADNÓTI : ODE A PEINE

 

Depuis quand je me prépare pour te révéler

la galaxie secrète de mon amour

je cherche une seule image, l’unique, l’essentielle.

Tantôt bruissante, déferlante en moi, tu es comme l’existence

tantôt immobile et éternelle

tel un fossile dans la pierre, pétrifié.

L’opacité soyeuse de la lune frémit au-dessus de ma tête

la nuit reste à l’affût de rêves minuscules qui s’échappent.

Et je ne peux toujours pas te dire

cette sensation en moi provoquée

par ton regard protecteur sur ma main qui écrit…

Les images ne valent rien. Elles surgissent, je les jette.

Et demain, je recommence tout

car je n’ai que le verbe

et ce que vaut mon poème en moi

d’une poignée de cheveux au dernier de mes os.

Tu es fatiguée, je le ressens aussi, la journée fut longue -

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

de ta paume fraîche.

traduction: Rózsa Tatár avec la collaboration de Muriel Verstichel

Fanni s'en est allée...

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