Articles avec #les mots des autres tag

Publié le 6 Mars 2017

En visitant la Toile, je suis tombée sur l'initiative d'une association rennaise "L'Âge de la tortue" qui m'a séduite d'emblée. 

   Sur la photo, on voit la présentation de leur ouvrage, fruit de 3 ans de travail gigantesque: une "Encyclopédie des migrants" en trois gros volumes, au total 1782 pages... 400 témoignages en forme de lettre adressée à quelqu'un resté au pays... Ces migrants viennent de 104 pays différents. Les lettres sont publiées en leur langue maternelle et aussi en traduction française.

   Les témoins sont recrutés dans huit villes de la façade atlantique française, espagnole et portugaise: de Brest à Gibraltar. Les témoignages nous livrent leur parcours, leur déchirement, leur attachement au pays qui les a vus naître et leur intégration dans un pays d'adoption. Cela ne va pas de soi. C'est aussi un choix qu'il faut ensuite cultiver. Comme le dit une jeune femme nigérienne: un migrant n'est pas forcément "un profiteur du système" mais une source d'enrichissement économique, culturel et humain. 

  Du samedi 4 mars à 18 h, les auteurs ont fait une lecture publique non stop de l'ouvrage à Rennes. Ce marathon de 24 h sera réitéré à travers l'Europe qui a tant besoin d'entendre d'autres paroles que celles de la haine et de la méfiance...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres, #état des lieux ressenti, #témoignage

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Publié le 17 Novembre 2016

J'ai vu Leïla Slimani pour la première fois à la présentation de son premier roman par François Busnel, à la télévision. "Dans le jardin de l'ogre", l'histoire d'une addiction sexuelle féminine, détonnait déjà dans l'univers éditorial de l'époque. Une jeune femme belle comme on imagine la narratrice des "1001 nuits"  présentait cette histoire audacieuse sur un ton clair, serein et intelligent qui écartait d'emblée tout clin d'oeil en coin, soupçonneux d'inspiration autobiographique. 

Son deuxième roman "Chanson douce" m'a été offert par une amie. Une histoire peu banale, racontée sur un ton neutre, presque "journalistique", factuel, laissant le lecteur construire sa propre analyse psychologique. On avance prudemment, glacé encore sous l'effet du début du roman: le meurtre de deux petits par leur nounou modèle qui tente de se supprimer elle-même... Leïla Slimani, en bon entomologue, ne nous donne que des faits, elle n'explique rien, c'est à nous de découvrir les ressorts des réactions de ses personnages. Un couple de bobos, coincés entre l'envie de s'accomplir professionnellement et de réussir la vie de famille, en ne lâchant rien... Une nounou, perle rare, qui comble leurs lacunes et qui s'incruste, se greffe en échange dans tous les hiatus de leur vie... C'est aussi le roman d'une vie sombre dans la peur de la solitude. "La solitude lui sautait au visage au crépuscule, quand la nuit tombe et que les bruits montent des maisons où l'on vit à plusieurs." Un roman de notre époque.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres, #littérature

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Publié le 15 Octobre 2016

sur l'Acropole

sur l'Acropole

   Tous les ans, je m'offre un cadeau "de la part de Gilbert" pour mon anniversaire, comme pour perpétuer les habitudes de 33 années... Ou alors, pour prêter un peu plus de solennité à la chose: se l'offrir tout simplement banaliserait le geste.

   Cette fois-ci, je devais attendre deux jours de plus: l'objet de ma convoitise n'est sorti en librairie que le 14 octobre. Il s'agit des deux volumes imposants des éditions Gallimard: "Lettres à Anne" (1962-1995), 1276 pages et "Journal pour Anne" (1964-1970), 493 pages... Un poids conséquent qui vous découragera de les lire dans votre lit, sous peine d'être assommé en cas d'assoupissement fortuit...

   François Mitterrand aurait cent ans. Il était le président le plus secret, le plus intrigant, controversé, séducteur, cultivé de la cinquième république: les adjectifs ne sont pas exhaustifs. Les livres qui tentaient de déchiffrer ses multiples facettes sont nombreux. Aucun de ceux qui l'ont approché ne connaissait sans doute l'homme en son intégrité. Celle qui en a l'image la plus intime est probablement Anne Pingeot, son amour secret durant 33 ans. Jusqu'à sa mort.

   J'ai eu l'occasion de lire quelques extraits avant la parution du recueil. La beauté de l'écriture, la profondeur des sentiments m'ont surprise. Cela dépasse les premières réticences devant l'aspect voyeur de jeter un regard sur l'intimité des gens. Si la discrète Anne Pingeot, secrète jusqu'à l'effacement, me suis-je dit, a pu donner son accord à ce dévoilement, le livre ne va pas me plonger dans le malaise... 

   1217 lettres au total. Un extrait:

"... Je t'ai rencontrée et j'ai tout de suite deviné que j'allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n'y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour."

   

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres, #littérature

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Publié le 24 Août 2015

"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau

J'aime le bruit de la boîte aux lettres annonçant l'arrivée d'une lettre, d'un mince colis! Il faut avouer que par les temps qui courent, ce bruit est de plus en plus rare, remplacé par le signal discret de l'ordinateur.

Ce matin, l'arrivée d'un petit livre de 150 pages m'a ramenée 30 ans en arrière. C'est à Istanbul que j'ai rencontré son auteur, Jean-Paul Micouleau, animateur au Centre culturel du Consulat de France, avec qui notre vie de là-bas a pris un tournant enrichissant. Nous avons découvert une personne chaleureuse, généreuse, infatigable, en un mot: irrésistible d'humour et d'énergie.

Jean-Paul a effectué presque toute sa carrière à l'étranger, avec sa femme Chantal, institutrice, passionnée par son métier. De sa Toulouse natale aux accents ensoleillés vers le Caire et Montréal, de Port-au-Prince à Tokyo, d'Istanbul en Tunisie, son parcours de trente années nous promène dans sa vraie passion depuis toujours: le théâtre!

"Passion toujours intacte... Mettre en scène, c'est, lentement, apprivoiser des êtres et c'est, parfois, faire surgir des pulsions ignorées, des talents enfouis, révéler ce Mozart qui, quelquefois sommeille encore au fond de l'adulte endurci... Jouer, c'est partager, vibrer, douter, risquer ensemble comme une cuadrilla au coeur de l'arène, comme une équipe de rugby: ces moments vécus coeur à coeur sont denses, intenses, ineffaçables."

Son vrai élément est la scène: il se glisse dans la peau des personnages tragiques ou comiques, avec une prédilection pour ces derniers. Il met en scène, crée les spectacles partout (avec Chantal, la discrète, la femme de sa vie dont le regard compte par-dessus tout), suscitant des passions autour de lui, entrainant les gens dans le sillage de sa boulimie de création et de son inextinguible soif de contacts.

"Partout où j'irai, j'observerai, je humerai, je goûterai, j'écouterai, je toucherai, je m'imprégnerai... Ensuite, seulement, je lirai pour comprendre." Être éminemment sensuel, il fait d'abord confiance à ses cinq sens pour pénétrer l'âme du pays où il s'installe pour quelques années, toujours à l'affût de créer des contacts autour de lui, pour les attirer vers le théâtre. A Istanbul, nous nous côtoyons pendant 5 ans; Gilbert fait partie de la troupe "Les Tréteaux du Bosphore". Moi plus modestement, dans le rôle de la "groupie", j'assure photos et affiches, tout en refusant de les suivre en tournée (en Egypte, Grèce, Chypre et à travers la Turquie) : je veux que Gilbert ait ses activités séparées des miennes (peinture).

"Le joli temps passé..." est destiné à ses petits-enfants - et un peu à lui-même... Un livre bourré d'anecdotes, dans une langue extrêmement vivante et un style châtié et riche comme doit l'être celui de quelqu'un qui, toute sa vie, côtoyait les grands auteurs de théâtre!

(cliquer sur les photos pour les agrandir!)

"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 5 Février 2014

"Du bonheur, un voyage philosophique"

Le bonheur... Vaste mirage! Chacun a son petit avis sur la question, selon son tempérament ou ses expériences. Nous avons tous éprouvé, au moins une fois dans la vie, cette poussée d'endorphines, appelées aussi "hormones du bonheur", (fabriquées par l'hypothalamus et dont l'effet est proche des opiacés) qui nous a hissés momentanément sur un petit nuage...

Les artistes se sont emparés du sujet dans tous les domaines de la création. Il faut constater cependant que son manque sert plus souvent de source d'inspiration que son trop-plein! Le romantisme a fait son pain béni des histoires malheureuses et des torrents de larmes... Quand la souffrance est belle, le bonheur semble presque vulgaire!...

Une époque cynique nie son existence. Parallèlement, elle donne naissance à une quête désespérée...

Qu'en pensent d'éminents philosophes à travers les millénaires? Épicure à la recherche de "la vie heureuse" (ou "sage"), Bouddha ou Spinoza, notre Montaigne qui en décrit la pratique, la mettant à la portée de l'homme ordinaire qu'il prétend être, et beaucoup d'autres encore...

C'est le sujet du livre de Frédéric Lenoir, infatigable sondeur de notre vie intérieure, à la recherche de la sérénité qui pourrait bien être un sens moderne de la vie.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 27 Octobre 2012

   Delbe-Photo-266x300Hier soir, comme le dernier vendredi de chaque mois, s'est tenue chez moi la soirée littéraire désormais habituelle de notre association de lecteurs et d'écrivants intrépides. Il en fallait, d'une petite dose de témérité, pour braver la chute brutale des températures, rendues encore plus vivifiantes par le vent du nord... Nous étions près de vingt-cinq à écouter Alain Delbe, venu de Lille avec sa femme, pour présenter son dernier roman paru en septembre: "Sigiriya  Le Rocher du Lion". 

   J'ai déjà eu l'occasion de parler d'Alain Delbe sur ce blog, il y a un peu plus d'un an, quand, au retour d'un bref séjour à Venise, j'ai éprouvé l'envie de relire son premier roman: "Les Îles jumelles" (éd. Phébus, 1994). J'avais l'impression qu'il répondait bien à mes sensations de fraîchement initiée. Comme un miroir?... (lien vers Venise l'inspiratrice ).

   Je me suis chargée de la présentation du livre et de son auteur, en le soumettant à une série de questions qui lui permettaient de révéler la gestation du roman et aussi, de dévoiler son attirance vers les civilistions orientales, l'affrontement entre bouddhisme et hindouisme. Le tout avec le regard de l'écrivain occidental qui sait s'incarner dans ces personnages avec authenticité: tour à tour dans la peau de Dhola, le conteur indien et de Kassapa Ier, le roi de Lanka (Ceylan) au V. s. de notre ère, personnage sensible et nuancé face au pouvoir qu'il veut utiliser au profit de la création, de la beauté.

   Quelques extraits lus par le public même, ont donné une idée du style du roman, une langue riche mais sans fioritures qui nous transporte dans les temps et contrées lointains, sans être artificiellement archaïque, subterfuge que l'on rencontre parfois dans des romans "historiques" et qui sonne souvent faux... couv Sigiriya 0001 NEW (...) "Loin de m'abattre, ce rejet accrut ma volonté de bâtir ma propre ville. Je voulais que sa splendeur effaçât le nom d'Anu, et qu'on oubliât celle-ci comme je voulais oublier mon passé.

   Je m'absorbais dans des rêveries où déjà s'élevaient remparts, flèches et dômes. Des jardins somptueux déroulaient autour de bassins leurs allées emplies de senteurs. Mon père regrettait de m'avoir donné la vie? Eh bien, le sol de Lanka porterait témoignage de mon existence! Ma ville serait un poème de pierre. Si j'avais commis une faute, qu'au moins elle ne fût pas inutile! Que de ce crime jaillît une merveille, pareille au lotus naissant de la vase! Si j'échouais, c'était que je n'avais aucune place en ce monde." (...)

 

Alain Delbe: Sigiriya Le Rocher du Lion, Argemnios éditions 2012   351 pages, 20 €  

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 16 Juillet 2012

419rGxAgj8L. SL500 AA300 C'est un petit livre d'à peine 90 pages et il se retrouve parmi les meilleures ventes depuis des mois, faisant un clin d'oeil à des mastodontes à chiffres de la jungle éditoriale! Moi-même je l'ai découvert dans l'émission de François Busnel, "La Grande Librairie". Cette émission, entre parenthèses, commence à asseoir son statut, bien mérité, d'émission littéraire populaire et exigeante, ce qui faisait défaut depuis Bernard Pivot. Je pense avoir compris la raison de son succès (et celle des tentatives avortées jusqu'ici): Busnel aime les écrivains, tout comme son illustre prédécesseur, et il les considère avant tout comme un lecteur averti et non pas leur concurrent...

   Françoise Héritier est une scientifique, anthropologue, professeur honoraire au Collège de France, élève de Claude Lévi-Strauss. Cette petite femme de près de 80 ans, pétillante d'esprit, nous livre une "fantaisie", comme elle la définit, écrite entre le 13 août et le 10 octobre 2011, sous forme de lettres adressées à un ami. C'est quasiment une seule longue phrase, une énumération sans début ni fin, "de sensations, de perceptions, d'émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions,  parfois... Il faut voir dans ce texte une sorte de poème en prose en hommage à la vie."

   Dans cette énumération en infinitif impersonnel, le portrait de l'auteur se dessine toutefois en filigrane, sa sensualité, son appétit de vivre, sa sensibilité qu'elle partage avec nous, en les élevant au niveau universel. Un extrait (le choix est très difficile!): "... attendre à la terrasse d'un café, se dire qu'il faudrait faire de la gymnastique, penser parfois à respirer profondément, mettre à plat un trombone, monter à la main une mayonnaise ou des oeufs en neige, découvrir un fruit exotique délicieux, se remémorer les patois de son enfance ou des proverbes ou des savoirs, utiliser des mots justes qui surprennent, boire quand on a très soif, n'avoir jamais honte d'être soi..." Je pense que nous pourrions tous dresser notre liste jamais exhaustive, laissant libre cours à l'association des souvenirs. Car nous ne sommes pas seulement des êtres sociaux mais aussi des réceptacles d'émotions imprégnées. Elles ont contribué à construire l'être sensuel et émotionnel que nous sommes devenus. Le Sel de notre vie... Que serions-nous sans cet ingrédient essentiel?...

Françoise Héritier: Le Sel de la vie éditions Odile Jacob 2012

 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 5 Mars 2012

un-ete-autour-du-cou-guy-goffette-9782070427062.gif  Ce roman, écrit par un poète, paraît en 2001 aux éditions Gallimard où travaille l'auteur lui-même. Selon ses mots, il a porté cette histoire terrible durant des années avant de la laisser prendre forme. Un hommage aussi à un moment sensible de la préadolescence qu'il évoque avec une justesse délicate.

   Simon, le petit campagnard rêveur de douze ans rencontre les choses de la sexualité d'une façon tellement brutale qu'il en reste marqué, sinon anéanti pour la vie. Monette, de trente ans son aînée, l'envoûte, l'attire à sa perte qu'il pressent, ne l'imaginant pourtant pas. "... s'il m'avait aimé avec sa voix seulement, du bout des lèvres, susurrante et mouillée, câline comme un creux d'herbes moussues, de quoi m'ouvrir lentement au mystère de la femme, au lieu de me jeter sa chair nue à la figure et m'obliger à y boire, la tête maintenue dans le feu du torrent, moi qui ne connaissais que l'eau du robinet..." Le viol commis par une femme, cette double transgression qui détruit à la fois l'icône protectrice de la mère et celle de la jeune fille de ses rêves, laisse un homme solitaire, consumé de l'intérieur, incapable d'éprouver des sentiments...

   Le langage de Guy Goffette est celui d'un poète: déferlante vague poétique qui vous submerge et qui vous éblouit de sa justesse et de sa sensualité. Des phrases interminables, qui d'ailleurs ne se terminent pas, lorsqu'elles sont chargées de cette plainte sans fin d'une vie gâchée: "... si elle m'avait enveloppé en douceur dans sa voix de renarde, traînante comme la steppe, le temps que s'arrondissent au fond de ma gorge l'accent et le souffle, jusqu'à ce qu'ils me deviennent naturels et familiers comme un galet longtemps poli par la mer, le même que celui que je serrais dans ma poche en la regardant, chaud et moite et presque fondant tout à coup, au lieu d'en remettre comme elle avait fait sur la langueur et le rauque d'une sirène de lupanar..."

d'après mon article dans "Hauteurs" N° 13,  mars 2004

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 27 Février 2012

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"Le frontalier que je suis est un animal bizarre, du genre bipède à poil rare. Qu'il arpente ses collines ou le trottoir des villes, on le reconnaît à son allure: le front haut et tourné vers les nues, il marche à grandes enjambées sans jamais se retourner comme s'il fallait à tout prix passer la frontière avant la nuit. Quelle frontière? Celle qui a tôt fait de s'installer en lui s'il s'arrête. Aussi ne tient-il pas en place. Toujours entre deux gares, deux fleuves, ne connaissant ni la satisfaction béate des "assis", ni l'ennui des repus. Toujours de passage et ne s'attardant que pour le partage amoureux et l'amitié. Sans regret sinon sans remords quand il se remet en route, il est fidèle et revient sans cesse. Et puis il écrit beaucoup de cartes postales qu'il oublie d'envoyer et qui, rassemblées, finissent par faire des livres qui continueront peut-être après lui à passer les frontières."  

(Guy Goffette in la revue "Hauteurs", mars 2004)

portrait par T. R. (flora) pour la revue "Hauteurs"

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 21 Février 2012

 Muriel V. m'a offert un petit livre qui lui sert de véritable Bible, dirais-je si ce n'était pas un blasphème à ses yeux... Il s'agit de "Écrire" de Marguerite Duras, paru aux éditions Gallimard en 1993. La partie intitulée "Écrire" fait une quarantaine de pages.

  A priori, je ne suis pas une fan de Duras, même si j'ai lu et aimé quelques uns de ses livres. Son écriture dérange et c'est plutôt une qualité à mes yeux. C'est une leçon de dépouillement de tout ornement si tentant dans l'ivresse des mots. On a l'impression qu'elle taille son écriture dans sa propre chair...

   "On ne trouve pas la solitude, on la fait. La solitude elle se fait seule. Je l'ai faite. Parce que j'ai décidé que c'était là que je devrais être seule, que je serais seule pour écrire des livres. Ça s'est passé ainsi. J'ai été seule dans cette maison. Je m'y suis enfermée  -  j'avais peur aussi bien sûr. Et puis je l'ai aimée. Cette maison, elle est devenue celle de l'écriture. Mes livres sortent de cette maison. (...) 

   Ça rend sauvage, l'écriture. On rejoint une sauvagerie d'avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c'est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture, il faut être plus fort que ce qu'on écrit. C'est une drôle de chose, oui. C'est pas seulement l'écriture, l'écrit, c'est les cris des bêtes de la nuit, ceux de tous, ceux de vous et de moi, ceux des chiens. c'est la vulgarité massive, désespérante, de la société. La douleur, c'est Christ aussi et Moïse et les pharaons et tous les juifs, et c'est aussi le plus violent du bonheur. Toujours, je crois ça. (...)

   L'écriture, c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait rien de ce qu'on va écrire. En toute lucidité. (...)

   Si on savait quelque chose de ce qu'on va écrire, avant de le faire, avant d'écrire, on n'écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. 

   Écrire, c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait  -  on ne le sait qu'après  -  avant, c'est la question la plus dangereuse que l'on puisse se poser. Mais c'est la plus courante aussi.

   L'écrit ça arrive comme le vent, c'est nu, c'est de l'encre, c'est l'écrit, et ça passe comme rien d'autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie."

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Rédigé par Flora bis

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