traductions

Mercredi 18 novembre 2009
(...) Assurément, les alcools français sont excellents. Ils dilatent les vaisseaux capillaires et permettent à l'oxygène véhiculé par le sang, ce suc nourricier de la conscience, de parvenir rapidement au cerveau. Où était donc ma place? En Europe occidentale, cette terre brûlée que les mensonges avaient rendue sourde? Ou me fallait-il rentrer à Budapest? Mais que trouverais-je alors chez moi? La "Patrie"? Je n'avais nulle envie de faire de grandes déclarations ni de me bercer d'illusions. Cependant, il existe dans la vie des moments où nous croyons entendre une réponse, surprendre un message. C'est ce qui m'arriva ce soir-là. Et tout comme deux décennies auparavant, dans une situation analogue, la réponse fut prononcée tout bas. Oui, il fallait que je rentre en Hongrie où personne ne m'attendait, où je n'avais ni "rôle" à jouer ni "mission" à accomplir  -  mais où se pratiquait la langue hongroise, l'unique sens de ma vie.
   Je venais de le comprendre une fois de plus, de le comprendre pleinement. Car, au fond, jeune ou grisonnant, je ne m'étais vraiment intéressé qu'à la langue hongroise, et à son expression la plus élevée, la littérature. Une langue que, parmi les milliards d'habitants de cette planète, seuls dix millions d'individus comprenaient et une littérature qui, prisonnière de cette langue, n'avait jamais réussi  -  malgré les efforts héroïques de plusieurs générations  -  à révéler au monde sa véritable essence. Mais cette langue et cette littérature représentaient pour moi la vie, dans toute sa plénitude. Car c'est uniquement en cette langue que je puis exprimer ce que j'ai à dire. (Et c'est seulement en elle que je puis taire ce que je veux passer sous silence.) Je ne suis ce que je suis que dans la mesure où je peux formuler, en hongrois, ce que je pense. Par exemple, en cette soirée du 10 février 1947, la certitude que ma seule "patrie" est la langue hongroise. C'est pourquoi je devais, de toute urgence, rentrer en Hongrie pour y vivre et attendre le moment où il me serait à nouveau possible d'écrire librement. (...)
(...) Devant le pont d'Enns, sur la ligne de démarcation de la zone d'occupation soviétique, un militaire russe entra dans le compartiment et me demanda mon passeport. Vêtu d'un uniforme impeccable, c'est avec une rigueur toute militaire, mais non sans courtoisie, que ce soldat rouge dévisagea les voyageurs. Il examina longuement mon passeport, compara mon visage avec la photo qui s'y trouvait et, en silence, mais sans se départir de sa politesse, il me rendit le document, me salua en portant la main à sa toque, referma la porte derrière lui et s'en fut. Je le suivis du regard et me dis que ce soldat était certes un ennemi, qu'il avait commis nombre d'atrocités en Hongrie et qu'il allait sans doute en perpétrer bien d'autres, qu'il pourrait assurément me dépouiller de tous mes biens, voire me tuer, mais  -  et c'était là une certitude  -  il ne méprisait pas le Hongrois que j'étais. (A l'Ouest, j'avais souvent eu à affronter, moi, voyageur venu de l'Est, des regards de commisération polie.) (...)

traduction de Georges Kassai et Zéno Bianu

Un extrait de plus de ce livre qui me parle tant... Intéressant, son attitude envers la langue, que je ne partage pas mais que je comprends. Je ne peux m'empêcher de penser au tragique de son destin : il émigre en 1948, en passant par l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, il s'établit aux Etats-Unis et se suicide en 1989. 
Par Flora
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Mercredi 11 novembre 2009


   Un après-midi, à l'emplacement 14 de la vingt-septième parcelle du cimetière municipal de Budapest, le monument funéraire en granite de plus de trois tonnes se renversa dans un grand fracas. Tout de suite après, la tombe se fendit en deux et la défunte qui y gisait, nommément Mme Mihály Hajduska née Stefánia Nobel (1827-1848), ressuscita.
   En lettres défraîchies par le temps, le nom du mari était également gravé sur la pierre, cependant, pour des raisons inconnues, lui ne ressuscita pas.
  A cause du temps maussade, il y avait peu de monde au cimetière mais ceux qui entendirent le vacarme, s'amassèrent autour de la tombe. Entre temps, la jeune femme se débarrassa des mottes de terre, emprunta un peigne et se recoiffa.
   Une petite vieille à la voilette de deuil lui demanda comment elle se sentait.
   Bien, merci, lui répondit Mme Hajduska.
   N'avait-elle pas soif, s'enquit un chauffeur de taxi.
   Pas pour l'instant, répondit la défunte.
  Telle que cette eau de Budapest était exécrable, remarqua le chauffeur, lui-même n'en aurait pas voulu.
   Qu'est-ce qu'elle avait, l'eau de Budapest, demanda Mme Hajduska.
   On y ajoutait du chlore.
  Vrai, on y ajoutait du chlore, acquiesça Apostol Barannikov, un jardinier bulgare qui vendait des fleurs à l'entrée du cimetière. Et pour cette raison, lui, il devait arroser ses plants le plus délicats à l'eau de pluie.
   Quelqu'un remarqua que de nos jours, dans le monde entier, on ajoutait du chlore à l'eau.
   A ce stade, la conversation resta en suspens.
   Qu'y avait-t-il d'autre de nouveau, demanda la jeune femme.
   Rien de particulier, lui répondit-on.
   Silence. La pluie se mit à tomber.
   -  Vous n'allez pas vous mouiller? s'adressa à la ressuscitée Dezső Deutch, artisan, fabricant de canne à pêche.
   Ça ne faisait rien, dit Mme Hajduska. Qu'elle aimait la pluie.
   Ça dépendait quelle pluie, remarqua la petite vieille.
   Qu'elle parlait de cette pluie tiède d'été, précisa Mme Hajduska.
  Qu'il ne voulait aucune pluie, dit Apostol Barannikov, car elle éloignait les visiteurs du cimetière.
   Qu'il pouvait très bien le comprendre, acquiesça le fabricant de canne à pêche.
  Une plus longue pause s'installa dans la conversation.
   -  Racontez-moi quelque chose; la ressuscitée les dévisagea.
   -  Raconter quoi? dit la petite vieille. Nous n'avons rien à raconter.
   -  Il ne s'est rien passé depuis la guerre de libération?*
  -  Il se passe toujours quelque chose, fit un geste l'artisan. Mais comme disent les Allemands : Selten kommt etwas Besseres nach.
    -  Voilà, ajouta le chauffeur de taxi et l'air de prendre un client, il retourna à sa voiture, déçu.
   Ils se turent. La ressuscitée jeta un coup d'oeil dans la tombe, restée béante. Elle attendit un peu mais constatant qu'ils étaient tous à court de sujet, elle prit congé.
   -  Au revoir, dit-elle en redescendant dans le trou.
   Le fabricant de canne à pêche, attentionné, lui tendit le bras pour qu'elle ne glisse pas dans la boue.
  -  Bonne continuation, lui dit-il, en regardant dans la tombe.
  -  Que s'est-il passé, s'enquit le chauffeur de taxi à l'entrée. Elle n'est quand-même pas retournée dans la tombe?
   -  Si, si, hocha la tête la petite vieille.
   -  Pourtant, on a si bien bavardé.


Traduction : R. T. István Örkény : Egyperces novellák (Nouvelles d'une minute) éditions Magvető 1974
*
ils'agit de la guerre pour l'indépendence de la Hongrie en 1848-49, contre les Habsburg 

Ecivain, auteur dramatique, István Örkény cultive le grotesque dans ses textes. Ces "nouvelles" très courtes tentent d'en dire beaucoup avec peu de mots, en sollicitant l'imagination du lecteur pour être leur partenaire  
 
   
Par Flora
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Dimanche 1 novembre 2009

DÉJÀ LE SOLEIL ROUGIT LES BAIES D'AUTOMNE

Elle est blonde et païenne, elle n'a foi qu'en moi
et se cabre et chuchote à la moindre soutane :
"rien n'existe que l'herbe et l'arbre et le soleil
et la lune et l'étoile, et les bêtes bien sûr
dans les champs aux mille couleurs." Puis elle file :
la poussière s'élève heureuse sur ses pas.

Pourtant
 là-haut vers les jardins le christ
aussi voit ses baisers et le bleuet
s'incline devant elle avec plaisir, car toujours
il y a l'admirant en vain
un saint homme barbu, énamouré.

Elle a dix-huit ans, et lorsqu'elle est sans moi
elle va sans rien dire ainsi que la rivière
à midi, l'été, entre les arbres de ses rives,
et berce dans son coeur ce chatoyant souci
que jamais nous n'épuiserons tous nos baisers
et s'afflige. Déjà le soleil rougit les baies d'automne.


                                                  
traduction : Jean-Luc Moreau 


PIRUL A NAPTÓL MÁR AZ ŐSZI BOGYÓ

Szőke, pogány lány a szeretőm, engem
hisz egyedül és ha papot lát
rettenve suttog : csak fű van és fa ;
nap, hold, csillagok s állatok vannak
a tarka mezőkön. És elszalad. Por
boldogan porzik a lábanyomán.

Pedig fönn a kertek felé
feszület is látja a csókját és
örömmel hull elé a búzavirág,
mert mindig hiába megcsudálja őt
egy szerelmetes, szakállas férfiszentség.

Tizennyolc éves és ha nélkülem van,
hallgatva jár, mint erdős partok
közt délidőn jár a víz s
csillogó gondot ringat magában arról,
hogy sohasem telünk el a csókkal és
szomorú. Pirul a naptól már az őszi bogyó.

                                    1 septembre 1930
 

Par Flora
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Lundi 26 octobre 2009
FRAGMENT

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où l'homme était tombé si bas que, de lui-même,
il tuait avec joie sans avoir besoin d'ordres.
Ses croyances n'étaient qu'errances et erreurs,
et sa vie, un tissu d'obsédantes terreurs.

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
qui tenait la délation pour méritoire,
dont les héros étaient des assassins, brigands, traîtres.
Celui qui se gardait, par hasard, d'applaudir,
comme un pestiféré il se faisait haïr.

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où pour un mot trop haut on devait se cacher
et se ronger les poings en ravalant sa honte.
Le pays aveuglé faisait bonne figure
à l'horreur d'un destin soûl de sang et d'ordure.

j'aurai vécu sur cette terre à une époque
où l'enfant maudissait sa mère. En ce temps-là
la femme grosse était heureuse d'avorter,
et le vivant trouvait les défunts enviables
tandis que le poison bouillonnait sur la table.

...........................................................

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où, muet, le poète attendait que ta voix
retentisse à nouveau pour fulminer le juste
anathème  -  nulle autre n'en étant capable  -
O, Isaïe, maître du Verbe redoutable !
                                     
traduction Roger Richard

TÖREDĖK

Oly korban éltem én e földön,
mikor az ember úgy elaljasult,
hogy önként, kéjjel ölt, nemcsak parancsra,
s míg balhitekben hitt s tajtékzott téveteg,
befonták életét vad kényszerképzetek.

Oly korban éltem én e földön,
mikor besúgni érdem volt s a gyilkos,
az áruló, a rabló volt a hős, -
s ki néma volt netán s csak lelkesedni rest,
már azt is gyűlölték, akár a pestisest.

Oly korban éltem én e földön,
mikor ki szót emelt, az bujhatott,
s rághatta szégyenében ökleit, -
az ország megvadult s egy rémes végzeten
vigyorgott vértől s mocsoktól részegen.

Oly korban éltem én e földön,
mikor gyermeknek átok volt az anyja,
s az asszony boldog volt, ha elvetélt,
az élő írigylé a férges síri holtat,
míg habzott asztalán a sűrű méregoldat.

..................................

Oly korban éltem én e földön,
mikor a költő is csak hallgatott,
és várta, hogy talán megszólal ujra -
mert méltó átkot itt úgysem mondhatna más, -
a rettentő szavak tudósa, Ésaiás.

.................................
                                  
                                         19 mai 1944
 
Par Flora
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Mercredi 14 octobre 2009

[...] Tout écrivain hongrois connaissant une langue occidentale estimait qu'il était de son devoir de traduire (Jókai, Mikszáth et Krùdy ne traduisaient pas parce qu'ils ne comprenaient pas les langues étrangères). Mais la génération des Arany, Vörösmarty et Petöfi traduisait avec la même conscience professionnelle que celle de Nyugat.*  Traduire, ils le savaient, était un devoir  -  et cette activité ne consistait pas seulement à rendre le sens d'un mot étranger par un mot hongrois correspondant. Traduire, c'est aussi déchiffrer un message codé, car la langue que l'on traduit s'introduit avec ses tics et ses grimaces, et ce code-là est intraduisible. L'étranger, écrivain ou touriste, croit s'être familiarisé avec une langue étrangère, s'imagine s'être approprié ses secrets et pouvoir prononcer impunément quelque phrase anodine du genre : "Ce matin, je suis allé en ville", sans se douter que le natif entendra peut-être quelque chose comme : "Aux aurores, je me rendis aux remparts", et accueillera cette phrase avec un sourire aussi poli qu'embarrassé. Toute traduction est trahison, c'est entendu. Et pourtant, ces écrivains traduisaient  -  Kosztolányi aussi  -  tout en sachant qu'on ne restitue que le sens, et qu'on reste désarmé devant les allusions et les sous-entendus. L'écrivain français ou anglais connaissait son public, et s'adressait au lecteur avec la complicité que leur conférait une culture de classe partagée : il savait qu'ils se comprendraient à demi-mot, ou, au moins, qu'ils ne se comprendraient pas "de travers". L'écrivain hongrois, lui, ignorait quelle interprétation serait donnée de ses non-dits, qu'on appelle aussi "connotations". (Vers le milieu du siècle, il était prudent de mettre toute allusion ironique entre guillemets : il fallait signaler au lecteur que l'auteur ne prenait pas ce qu'il disait "au pied de la lettre", mais qu'il ne faisait que jouer avec une idée.)
   Kosztolányi le savait. Il savait aussi que l'écrivain ne peut créer que dans une sorte de transe, mais la transe lucide d'un mathématicien travaillant à un théorème. Selon ses propres termes, on commet un chef-d'oeuvre comme un forfait. Et tous les jours, il commettait un forfait de ce genre. Kosztolányi était pressé car, en écrivant, il ne contribuait pas seulement à sauver sa nation, il assurait aussi sa propre survie, puisqu'il fallait faire vivre au jour le jour sa famille, ses amis, sa maîtresse, etc. En même temps, il en était conscient, ce "métier" qui le nourrissait consistait à communiquer ses pensées non par des mots, mais, pour ainsi dire, par des fréquences vibratoires. [...]

*Nyugat (Occident) : revue littéraire fondée en 1908

Traduction: George Kassai et Zéno Bianu
   

Par Flora
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Dimanche 4 octobre 2009
Móricz Zsigmond - A költő és apja              Aube sur les boulevards

Le petit jour était gris sale. Les boutiques
Dormaient encore, les yeux vitreux. Mal réveillés,
Les concierges poussaient, d'un balai lymphatique,
Djinns de mauvaise humeur et lutins lunatiques
Dans le désert pierreux, poussière, vieux papiers.

Entre deux pans de mur, soudain l'on vit paraître
Et brûler de la braise au ciel de l'Orient.
Par cent soleils brisés, flambèrent cent fenêtres.
Sur les trottoirs crasseux, alors s'éparpillèrent,
De l'infinie clarté, mille clairs diamants.

La rue fut subjuguée. Un acacia svelte
S'enivra goulûment de soleil, et là-haut
L'on put voir frémir dans sa chevelure verte
Une grappe de pâles fleurs, à peine ouvertes :
Tout le frêle trésor de son printemps nouveau.

A la clarté, personne ne répondait mot.
La joyeuse alouette des couleurs s'y mit !
Puis dans une vitrine une cravate mauve
Qui se mit à chanter ! Un peu plus tard, la grosse
Et creuse voix des cloches s'en mêla aussi.

Au loin gémit une sirène dans l'aurore,
Un tram grinçant au carrefour surgit alors.
La journée commençait son train-train ordinaire.
Sur la petite main d'une jeune ouvrière,
Nul ne vit le soleil jeter un baiser d'or.
(1923)
                            
traduction: Jean Rousselot


KÖRÚTI HAJNAL

Vak volt a hajnal, szennyes, szürke. Még
Üveges szemmel aludtak a boltok,
S lomhán söpörtek a vad kővidék
Felvert porában az álmos vicék,
Mint lassú dsinnek, rosszkedvű koboldok.

Egyszerre két tűzfal között kigyúlt
A keleti ég váratlan zsarátja:
Minden üvegre száz napocska hullt,
S az aszfalt szennyén szerteszét gurult
A Végtelen Fény milliom karátja.

Bűvölten állt az utca. Egy sovány
Akác részegen szítta be a drága
Napfényt, és zöld kontyában tétován
Rezdült meg csüggeteg és halovány
Tavaszi kincse: egy-két fürt virága.

A Fénynek földi hang még nem felelt,
Csak a szinek víg pacsirtái zengtek:
Egy kirakatban lila dalra kelt
Egy nyakkendő; de aztán tompa, telt
Hangon a harangok is felmerengtek.

Bús gyársziréna búgott, majd kopott
Sínjén villamos jajdult ki a térre:
Nappal lett, indult a józan robot,
S már nem látták, a Nap még mint dobott
Arany csókot egy munkáslány kezére...

Par Flora
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Samedi 26 septembre 2009

  Lors des événements solennels, à la radio et plus tard à la télé ou dans la "vraie vie", j'ai souvent entendu et même chanté l'hymne national, jamais galvaudé. Ce qui reste cependant le souvenir le plus vif de mon enfance, c'est le moment après le douzième coup de minuit annonçant la nouvelle année qui commence immanquablement par l'hymne, sur fond du drapeau rouge-blanc-vert flottant sur l'écran de la télé  -  et toute la famille l'écoute debout!
 L'auteur de son texte en huit strophes est Ferenc Kölcsey (1790-1838) en 1823. Sa musique date de 1844, composée par Ferenc Erkel. Même le régime stalinien, férocement anticlérical, n'a réussi à changer son statut d'hymne national. On chante habituellement la première strophe.
                                                   
                                                
                                                      
Isten, áldd meg a magyart                                                 Bénis le Hongrois, ô Seigneur,
Jó kedvvel, böséggel,                                                       Fais qu'il soit heureux et prospère,
Nyùjts feléje védö kart                                                    Tends vers lui ton bras protecteur
Ha küzd ellenséggel,                                                         Quand il affronte l'adversaire !
Balsors akit régen tép                                                       Donne à qui fut logtemps broyé
Hozz rá vig esztendöt,                                                      Des jours paisibles et sans peine ; 
Megbünhödte már e nép                                                     Ce peuple a largement payé
A mùltat s jövendöt !                                                          Pour les temps passés ou qui viennent. 
                                                                                                                 trad. Jean Rousselot 
link  
lien vers une interprétation sur youtube et une autre version dans les commentaires!

Par Flora
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Samedi 19 septembre 2009

       



      DECEMBRE
      (in
Calendrier)

A midi le soleil
Est une pleine lune argentée
Qui perce à peine les nuages.
Et la brume est un oiseau lent.
Pendant la nuit la neige tombe.
Il y a dans le noir le frôlement d'un ange.
Toujours plus près, toujours sans bruit,
La mort vient à travers la neige.
                        

                                 traduction : T. Gorilovics




     DECEMBER
   
   Délben ezüst telihold
   a nap és csak sejlik az égen.
   Köd száll, lomha madár.
   Ejjel a hó esik és
   angyal suhog át a sötéten.
   Nesztelenül közelit,
   mély havon át a halál.
                         
                        1941. február 11.
  
Par Flora
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Lundi 14 septembre 2009

[...] Il m'apparut pendant mon séjour en Suisse et plus tard, avec une conscience toujours plus vive, que "l'humanisme" était bien le don suprême dont l'Europe avait gratifié le monde. Certes, le concept lui-même sent un peu le séminaire... Mais le fait est là : si d'autres grandes cultures et de lointaines civilisations ont pu concevoir de puissantes visions métaphysiques et morales, ce n'est qu'en Europe que "l'humanisme s'est constitué comme une notion vivante, capable de façonner la vie, d'agir sur le sort des hommes, de suggérer une attitude intellectuelle et de faciliter ainsi la coexistence au sein d'une même société. Qu'est-ce que "l'humanisme" ? Une conception selon laquelle l'homme, l'individu humain, est la mesure de toute chose ; c'est l'individu, et lui seul, qui donne un sens au progrès (si, toutefois, progrès il y a, et s'il est possible à l'homme de maîtriser ses instincts venus du temps où il vivait encore au fond de sa caverne). L'humanisme est une attitude, celle de l'homme qui n'attend pas une réponse surnaturelle au problème de la mort et à ceux de la vie car, mammifère bipède engendré par un hasard aveugle et abandonné à lui-même dans un univers indifférent sinon hostile, il est le seul être vivant capable de s'orienter autrement qu'en se fiant à ses instincts. [...]

   [...] Oui, il existait naguère une Europe passionnée, dont les habitants ne voulaient pas seulement savoir et connaître, mais aussi s'enthousiasmer. S'enthousiasmer pour quoi ?... Pour des illusions, donc pour Dieu. Ou pour l'amour, dans lequel ils voyaient une énergie créatrice. Ou pour l'harmonie  -  érotique  -  de la Beauté et des Justes Proportions. Et ils cherchaient... quoi, au juste ? Non seulement la Vérité, mais aussi une aventure, noble et légère, animée par la Passion  -  car ils voulaient la Culture et, sans Passion, celle-ci n'est qu'un vain mot. L'aventure qui aboutit à l'oeuvre d'art ou à la tragédie. La griserie de l'esprit et la limpidité des idées précisément formulées. Les villes harmonieusement patinées par la sagesse, où les hommes ne se contentaient pas d'habiter, mais désiraient aussi vivre, des hommes qui refusaient d'admettre que l'engrais chimique soit aussi important que le contrepoint en musique et que le génie soit coté en bourse, au même titre que les animaux d'abattage lorsque le prix de la viande augmente ; ceux-là voulaient, au contraire, que le génie soit mesuré à l'aune de la résistance qu'il suscite. [...]

 
 Livre de Poche biblio 3430    Traduction: Georges Kassai et Zéno Bianu

Par Flora
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Mercredi 2 septembre 2009

[...]L'oeuvre littéraire transcende toujours son auteur et sa façon de s'exprimer, elle est avant tout une manière de climat, qui émane d'elle-même et qui la fait vivre ; sans ce climat, le livre ressemble à ces astres refroidis, privés d'atmosphère, qui scintillent encore, mais d'où toute vie est absente. Cette atmosphère-là ne se dissipe pas  avec la mort de l'écrivain. Tout comme dans la réalité de la vie, la littérature connaît des personnalités qui s'éteignent lentement et qui, une fois mortes, laissent derrière elles une partie de leur essence, laquelle jaillit spontanément de l'atmosphère de leur oeuvre, à la façon des cheveux et des ongles du cadavre qui continuent de pousser même après la mort. C'est ainsi que survit un Tolstoï ou un Proust. Kosztolányi, lui, semblait écrire pour le seul instant présent, s'attachant à créer une aura... mais les fragments d'essai, les brefs écrits retrouvés et réunis après sa mort forment un chef-d'oeuvre en miniature.
   Pour que son oeuvre reste vive, l'écrivain doit savoir qu'il existe quelque part  -  dans le présent ou dans l'avenir  -  un Lecteur, cet étrange personnage dialectique, à la fois allié et adversaire, qui stimule son partenaire en même temps qu'il le conteste  -  et dont la réalité sensuelle et l'ambivalence rappellent celles de la femme dans la relation amoureuse. Et l'éditeur, à la fois accoucheur et entremetteur, à quel moment a-t-il donc disparu ? A l'époque de Kosztolányi, écrivain, éditeur et lecteur conservaient encore un lien vague. Aujourd'hui, ce lien  n'existe plus ; en Occident, la civilisation industrialo-commerciale attend de l'écrivain quelque marchandise propre à flatter le goût des masses et à l'Est, des articles de mercerie politique, du tissu idéologique vendu au mètre. Kosztolányi n'a pas vécu assez logtemps pour connaître cette époque où la vraie littérature n'est plus, aux yeux de l'éditeur, qu'un supplément aux romans à quatre sous et aux ouvrages pseudo-scientifiques, semblables à los à moelle que que le boucher offre à son client avec le plat de côtes. L'oeuvre littéraire qui, par hasard, trouve son éditeur, reste toujours suspecte, car le lecteur suppose, avec quelque raison, que ce n'est pas elle qui se trouve récompensée mais l'auteur ou, plus exactement, ses pratiques mafieuses. Des dilettantes subventionnés nous abreuvent certes d'ouvrages sur la vie d'authentiques écrivains  -  mais leur zèle et leurs déclarations prétentieuses rappellent tout au plus certains volatiles occupés à pondre. Les livres sur les livres sont devenus plus nombreux que ces derniers. Non, Kosztolányi n'a certes pas connu cette époque ; il a eu la chance de mourir, une dizaine d'années plus tôt, d'un cancer du larynx, à l'hôpital Saint-Jean, sur la colline d'en face. [...]

Je découvre avec un certain émerveillement l'oeuvre de Sándor Márai, écrivain hongrois du vingtième siècle qui, contraint au silence par le régime communiste, s'exile en 1948. Ce livre dont l'extrait est tiré a été écrit en 1972, paru en France en 2004 aux éditrions Albin Michel, dans la traduction de Georges Kassai et Zéno Bianu. 

Par Flora
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