yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 4.

Publié le 7 Avril 2013

Yvette NEW Il n'y avait qu'un médecin qui acceptait d'y aller. Un jour, en arrivant, il tombe en plein milieu d'une scène de ménage. La femme allait balancer un pot de crème à la figure du mari, et en ouvrant la porte, c'est le médecin qui l'a reçu. Furieux, il est allé se débarbouiller tant bien que mal à sa voiture, puis il est retourné dans la maison pour soigner l'enfant pour qui on l'avait appelé. Ils avaient certainement bu... Une autre fois, il y a eu le meurtre d'un homme que les assassins ont enterré dans la cour, mettant les cochons par-dessus pour qu'ils piétinent le sol. On ne l'a retrouvé que très longtemps après. J'y allais sans rien, sans montre, ni bijoux. A partir de janvier 1948, j'avais une voiture, mais avant, je me déplaçais, été comme hiver, en vélo. Une nuit de verglas, j'ai glissé avec le vélo et je suis tombée dans la neige, perdant mes lunettes. Je me souviens les avoir cherchées à plat-ventre, à tâtons, ma sacoche éparpillée dans la neige.

   La seule chose qui m'était pénible c'était accoucher une femme qui avait bu. Un jour, je suis tombée sur une cliente qui ne savait même pas qu'elle accouchait. Il y avait beaucoup de naissances en ces temps-là. J'ai connu une femme que j'aimais bien, qui, à trente-quatre ans, en était à son dix-huitième... Parfois, je l'ai accouchée deux fois la même année. Ca s'est arrêté à la mort de son mari. Sur les dix-huit, elle en a élevé dix-sept avec beaucoup de soin.

  Un autre épisode me revient: je m'occupais de la femme dans la chambre, tandis que le mari attendait dans la cuisine. Tout d'un coup, elle me demande: 

-  Où est Jean? Je crois qu'il est sorti depuis un moment.

Je passe le nez, personne dans la cuisine. J'ouvre la porte  -  il pleuvait à verse dehors  -  et je découvre le mari, un grand gaillard, allongé de tout son long dans la boue, sans connaissance. J'ai dû frapper chez les voisins pour qu'ils appellent un médecin. Ainsi, pendant que j'accouchais la femme, le médecin ranimait le mari. (...) 

Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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fazou 10/04/2013 10:26

pas de doute, elle avait la vocation!!
18 enfants dis-tu?! et je n'ai pas très bien compris, le 18ème, il était mort-né ou bien?…

Flora bis 10/04/2013 19:37



Je ne sais pas lequel mais un sur les dix-huit est mort en cours de route...


Oui, elle a toujours regretté d'avoir du arrêter...