Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 3.

Publié le 22 Mars 2013

Yvette NEW La plupart des accouchements avaient lieu à la maison. Les femmes devaient passer trois visites auparavant, faute de quoi elles ne touchaient pas les allocations. Ces visites servaient à déceler une éventuelle anomalie, surtout celle du huitième mois. L'échographie n'existait pas, mais une mauvaise position pouvait se vérifier à la radio, les bruits du coeur s'entendaient bien au stéthoscope. Si, à la main, on sentait le bébé de travers ou un bassin trop étroit, on savait très bien qu'il fallait une césarienne, on les dirigeait vers une maternité. En cas d'inattendu, il fallait appeler une ambulance pour les "monter", l'hôpital se trouvant dans la ville haute. Le plus dur était de trouver un téléphone, la plupart des gens n'en avaient pas. Mais tout cela était exceptionnel.

   Les trois-quarts des naissances se font naturellement. On reparle de nouveau d'ouvrir des "maisons de naissances", en redonnant plus de responsabilité aux sages-femmes. Ce serait une bonne chose. Quand on voit les médecins déclencher des accouchements pour des raisons de confort personnel, pour ne pas y passer la nuit, pour ne pas travailler le dimanche... On n'a jamais vu autant de césariennes! Pour gagner du temps! J'ai toujours dit que c'était un métier de femme. Il faut une certaine compréhension de cette douleur-là: un homme ne peut pas comprendre ça!

   J'habitais le quartier saint-Marcel. Non loin, se trouvait la Cité d'urgence. Les Allemands avaient érigé d'énormes baraquements, destinés à héberger les soldats, la gare de Laon était très importante dans le transit militaire. Les occupants partis, on a transformé ces baraquements en petits logements d'urgence, puis on en a construit d'autres sur le même modèle. Au départ, c'était pour les gens dont la maison avait été démolie par la guerre. On l'a appelée la Cité Abbé Pierre, puisque c'était sa campagne d'hiver 1954 qui avait déclenché ces constructions. Progressivement, on a regroupé là tous les "cas sociaux". Certains travaillaient, mais la plupart vivaient de divers trafics. C'est devenu une concentration de gens en situation précaire. (...)

à suivre

Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Monique 22/03/2013 13:37

Bonjour Flora, je suis ravie d'avoir une suite à cette si belle histoire qui, en tant que femme me touche profondément. Quelle femme extraordinaire, que cette dame, Yvette Moret, on ne s'imagine
même pas qu'elle a souvent du accomplir des exploits pour exercer son métier dans les années 50, si loin des conforts actuels.....C'est merveilleux de pouvoir se les remémorer, merci de votre
publication, merci infiniment Flora !

Flora bis 22/03/2013 18:10



C'est moi qui vous remercie pour votre visite, chère Monique.


Oui, je trouve qu'il y a une foule de gens, héros de la vie quotidienne qui accomplissaient leur tâche, non pas pour la gloriole, mais par le sens du devoir et pour l'amour de leur métier...


Cette dame était ma belle-mère...