Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits)

Publié le 20 Février 2013

   Dans notre revue littéraire "Hauteurs" n° 13 (mars 2004), j'ai recueilli et retranscrit le témoignage d'une sage-femme qui a commencé ses activités à domicile, juste après la deuxième guerre mondiale. En relisant l'entretien (j'ai supprimé mes questions), j'ai décidé d'en publier des extraits sur ce blog. Il se trouve que cette sage-femme a été ma belle-mère... 

 

 Yvette NEW  Mes études de sage-femme à Reims ont coïncidé avec la guerre. Les Allemands occupaient l'hôpital Maison Blanche qui s'est retrouvé dans ce qui est aujourd'hui le musée, près de la basilique Saint-Remy. Il y avait donc un nombre de places très limité. (...) Que d'acharnement pour en arriver là!

   Ma mère avait blêmi en apprenant ma décision:  "Ma fille, tu ne sais pas de quoi tu parles!"

   En ce temps-là, on disait encore aux filles de seize ans qu'on achetait les bébés! Quand mon père est rentré de son travail  -  il était mécanicien, conducteur de locomotive,  -  elle lui a dit:  "J'ai demandé à Yvette ce qu'elle voulait faire, et tu te rends compte de ce qu'elle m'a répondu: sage-femme!" 

   Mon père m'a regardée: " Je crois que tu as raison, ça doit être un beau métier!"

   Je connaissais la sage-femme qui m'avait mise au monde. Elle disait: "Dans ce métier, on n'a pas de patron!" Être responsable de soi, prendre les choses en main... Et puis, étant fille unique, j'ai toujours souhaité avoir des frères et soeurs et pour moi, un bébé avait beaucoup de prix. Les deux raisons conjuguées ont abouti à ce choix. 

   Les études ont duré deux ans, de 1942 à 1944. A part les vacances, à savoir une semaine à Noël, une semaine à Pâques et un mois en été, il fallait obligatoirement loger sur place. On avait sa demi-journée de repos, une fois par semaine et une vraie journée une fois par mois. Nous étions tous les jours dans le service. (...)

   Dans le dortoir, nous étions huit. Il y avait l'électricité, mais pour le chauffage, c'était un poêle à bois au milieu du dortoir et aussi dans la salle de travail; il n'y avait pas de chauffage central. De temps en temps, quand le bois manquait, nous allions, à deux, en chercher dans le parc et nous ramenions quelques bûches dans nos tabliers. (...) 

à suivre

Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Litteratus 23/02/2013 19:52

Une vocation que la rudesse de l'apprentissage n'a pas dégoûtée...

Flora bis 24/02/2013 10:17



Oui, je pense qu'elle l'a exercé comme une vocation et la rudesse des choses ne l'a jamais arrêtée...



fazou 22/02/2013 10:23

eh bien quelle présence auprès de toi, autant en expérience qu'en écriture!

Flora bis 22/02/2013 10:39



Oui, j'aimais bien discuter avec elle. J'ai de la chance d'avoir eu une belle-mère "aimable": celle que j'essaie d'être à mon tour... Il est de bon ton de détester sa belle-doche, ce
n'était pas mon cas et je ne considère pas ma belle-fille comme une "rivale" non plus qui m'aurait "volé" mon fils...