[...] Tout écrivain hongrois connaissant une langue occidentale estimait qu'il était de son
devoir de traduire (Jókai, Mikszáth et Krùdy ne traduisaient pas parce qu'ils ne comprenaient pas les langues étrangères). Mais la génération des Arany, Vörösmarty et Petöfi traduisait avec la même conscience
professionnelle que celle de Nyugat.* Traduire, ils le savaient, était un devoir - et cette activité ne consistait pas seulement à rendre le sens d'un mot étranger par
un mot hongrois correspondant. Traduire, c'est aussi déchiffrer un message codé, car la langue que l'on traduit s'introduit avec ses tics et ses grimaces, et ce code-là est intraduisible.
L'étranger, écrivain ou touriste, croit s'être familiarisé avec une langue étrangère, s'imagine s'être approprié ses secrets et pouvoir prononcer impunément quelque phrase anodine du genre : "Ce
matin, je suis allé en ville", sans se douter que le natif entendra peut-être quelque chose comme : "Aux aurores, je me rendis aux remparts", et accueillera cette phrase avec un sourire aussi
poli qu'embarrassé. Toute traduction est trahison, c'est entendu. Et pourtant, ces écrivains traduisaient - Kosztolányi aussi - tout en sachant qu'on ne restitue que le
sens, et qu'on reste désarmé devant les allusions et les sous-entendus. L'écrivain français ou anglais connaissait son public, et s'adressait au lecteur avec la complicité que leur conférait une
culture de classe partagée : il savait qu'ils se comprendraient à demi-mot, ou, au moins, qu'ils ne se comprendraient pas "de travers". L'écrivain hongrois, lui, ignorait quelle interprétation
serait donnée de ses non-dits, qu'on appelle aussi "connotations". (Vers le milieu du siècle, il était prudent de mettre toute allusion ironique entre guillemets : il fallait signaler au lecteur
que l'auteur ne prenait pas ce qu'il disait "au pied de la lettre", mais qu'il ne faisait que jouer avec une idée.)
Kosztolányi le savait. Il savait aussi que l'écrivain ne peut créer que dans une sorte de transe, mais la transe lucide d'un mathématicien travaillant à un théorème. Selon ses
propres termes, on commet un chef-d'oeuvre comme un forfait. Et tous les jours, il commettait un forfait de ce genre. Kosztolányi était pressé car, en écrivant, il ne contribuait pas
seulement à sauver sa nation, il assurait aussi sa propre survie, puisqu'il fallait faire vivre au jour le jour sa famille, ses amis, sa maîtresse, etc. En même temps, il en était conscient, ce
"métier" qui le nourrissait consistait à communiquer ses pensées non par des mots, mais, pour ainsi dire, par des fréquences vibratoires. [...]
*Nyugat (Occident) : revue littéraire fondée en 1908
Traduction: George Kassai et Zéno Bianu
Amitiés
José
Pour confirmer le propos de Flora concernant le "sentir", citation de Mencius (penseur chinois ayant vécu aux alentours de 380-289 av.):
"Nous devons à l'aide de nos pensées nous efforcer de toucher l'intention d'une phrase, et alors nous la saisirons"
Concernant la traduction:
http://revel.unice.fr/loxias/document.html?id=19
"Éloge de l’onomatopée ou Comment la langue hongroise fait entendre sa différence" - avec un extrait de Dezso Kosztolányi, dans une "Lettre ouverte à Monsieur Antoine Meillet"
http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=307
Pour un traducteur, il n’est de bon auteur que mort
http://magyar-irodalom.elte.hu/prae/pr/200206/31.html
extrait (suivi de sa traduction par Olivier sur Hongrie-forum):
>
Míg Babits szemlélete az idegen (szöveg) sajáttá tételében, egyfajta kulturális transzmisszióban érdekelt, Kosztolányi figyelme a két kultúra, a két nyelv, a két szöveg viszonyára, dialógusára irányul.8 "Az igazi talány, melynek csak egy megoldása van. Más remekműveknek el tudom képzelni több jó fordítását, Dante egy-egy terzináját oly talánynak érzem, melynek minden nyelven csak egy tökéletes megoldása lehetséges..."9 - mondja Babits. "A műfordítás művészi munka, kompromisszumok sorozata, sok kompromisszum legügyesebb megoldása - ha úgy tetszik, zseniális csalás. De költeményt a törvényszéki hites tolmács hűségével oly kevéssé lehet lefordítani, mint egy szójátékot. Újat kell alkotni helyette, másikat, amely vele lélekben, zenében, formában mégis azonos, hamisat, amely mégis igaz."10 - mondja Kosztolányi, aki nem hagyja figyelmen kívül azt a tényt, hogy a fordítás szükségszerűen értelmezői aktus, ilyen értelemben rokon az olvasással.11 A jelentettel szemben nála a jelentőre tevődik át a hangsúly; elgondolásában a célszöveg válik elsődlegessé: "Nekem a legnagyobb becsvágyam, hogy szép magyar verset adjak, amely az eredetit lehetőségig megközelíti."12 Eszerint az a fordítás tekinthető sikeresnek, melyben a célszöveg képes beilleszkedni nyelvének irodalmi kánonjába.
article complet ici http://magyar-irodalom.elte.hu/prae/pr/200206/31.html
...et bien pourtant la traduction m'était apparue peu après l'avoir mise, car je vérifie toujours ce que je poste! Alors peut-être est-ce trop long, donc je la coupe en plusieurs fils successifs; si j'échoue encore, je vous la transmettrai par mail
brr les mystères de l'informatique!!
lot1
"Alors que le point de vue de Babits s'intéresse à l'appropriation de ce qui est étranger (le texte), à une sorte de transmission culturelle, l'attention de Kosztolányi se porte sur le rapport, le dialogue entre les deux cultures, les deux langues, les deux textes. "C'est une véritable énigme, qui n'a qu'une seule solution. Pour d'autres chefs-d'œuvres, je peux imaginer plusieurs bonnes traductions, mais chaque "terzina" [strophe de 3 vers] de Dante, je la ressens comme une énigme qui dans chaque langue ne peut avoir qu'une seule solution parfaite...", dit Babits. "La traduction de poèmes [műfordítás] est un travail d'artiste, une série de compromis, la solution la plus adroite de nombreux compromis - si l'on veut, c'est une tromperie géniale."
Mais on peut aussi peu traduire une poésie qu'un jeu de mots avec la fidélité de l'interprète assermenté auprès des tribunaux. Il faut à la place en créer une nouvelle, une autre qui soit quand même la même dans l'âme, la musique et la forme, une fausse qui soit quand même vraie", dit Kosztolányi, qui tient compte du fait que la traduction est nécessairement un acte interprétatif, et est en ce sens proche parent de la lecture. Chez lui c'est, à l'opposé du signifié, sur le signifiant que l'accent est déplacé; dans sa pensée c'est le texte-cible qui devient primordial: "Ma plus grande ambition à moi est de donner un beau poème hongrois, qui se rapproche de l'original dans la limite du possible.
" La traduction qui peut être considérée comme réussie est alors celle dont le texte-cible est capable de s'insérer dans le canon littéraire de sa langue.
Alors que Babits s'efforce de "concilier" les deux cultures, selon le point de vue de Kosztolanyi - comme expliqué en détail par Kulcsár Szabó Ernő - la traduction doit, en reconnaissant qu'il n'y a pas moyen de sortir de sa langue maternelle, transformer en propre expérience justement la propriété de ce qui est étranger de posséder quelque chose que ne possède pas ce qu'on a à soi. L'enrichissement de ce qu'on a à soi (la langue, la culture) se fait alors non pas en faisant passer la barrière à ce qui est étranger en tant qu'étranger, mais en faisant l'expérience de la pensée étrangère."