Petit baigneur

Publié le 14 Décembre 2010

La-Grosse.jpgAussi loin que Bénédicte se souvienne, elle a toujours adoré les poupées. Elle les a toutes conservées, depuis les premiers baigneurs chauves aux yeux figés de merlan frit, jusqu'aux plus sophistiquées et les plus hideuses des Barbie. Elles ont été longtemps exposées dans sa chambre dont elles occupaient le moindre recoin. Dès qu'elle avait un peu de temps, Bénédicte s'adonnait à sa distraction préférée : jouer à la poupée. C'était une source de joie inépuisable, une véritable addiction.

   Bénédicte a grandi vite, ses futures formes généreuses s'annonçaient tôt; à treize ans, on lui aurait donné cinq de plus. Elle attirait les garçons hirsutes, chiens perdus en manque de caresse, chats de gouttière sauvages et affamés de chaleur. Ca tombait bien : rien n'attisait davantage ses appétits que d'ajouter une pièce de plus à sa collection sur laquelle déverser son trop-plein de tendresse. Le plus souvent, ce rouleau-compresseur de sympathie faisait fuir les prétendants, pris de panique devant autant de débordements.

   A la veille de ses trente ans, elle a rencontré la perle rare. La triste figure d'Alban, au profil taillé à la hache l'a attirée immédiatement comme un aimant. Il était assis sur un banc, sa solitude palpable faisant le vide autour de lui dans le square bruyant et surpeuplé. Bénédicte s'est assise à ses côtés et, sans hésiter, elle a enclenché la machine aux ondes magnétiques mystérieuses qui communiquent sans paroles les pensées et les intentions. En quelques secondes, Alban a échoué dans le filet, sa timidité a fondu. Pour la première fois, il avait envie de se perdre sur la poitrine opulente, enveloppé par les formes abondantes, aux promesses limpides de le protéger de toutes les menaces du monde.

   Ils ont quitté le square main dans la main; la silhouette efflanquée contrastant avec la rotondité parfaite, la complétant. Bénédicte a ramené sa proie dans son nid et, dans le même élan, elle a enfoui toutes les poupées dans le coffre de la cave. Elle a trouvé bien mieux : un jouet vivant qui lui rendait ses caresses...

    

Rédigé par Flora

Publié dans #microfictions

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André 24/12/2010 09:20


Une rencontre inoubliable.
Joyeux Noël
Amitiés


Flora 24/12/2010 10:30



A toi aussi, André. Belles promenades encore, amicalement.



kinzy 24/12/2010 01:56


un bouddha féminin, superbe !


Flora 24/12/2010 10:33



En quelque sorte : c'est ce qu'elle m'a inspiré... Elle s'emmitoufle dans ses rondeurs avec sérénité (tant qu'à faire...).



JML 18/12/2010 11:58


J'aime beaucoup


Flora 19/12/2010 09:37



Merci, Jean-Marie.



fbd 17/12/2010 09:23


Oui, tu n'as pas à voir de manière personnelle avec les personnages que tu décris ou représentes, mais tu sais justement montrer les différences avec beaucoup de vie et de générosité !


Flora 18/12/2010 09:24



C'est le grand plaisir de la fiction : observation, identification...


Merci, Françoise.



La Merlinette 16/12/2010 21:47


te rends -tu compte chère Flora qu'en une seule page de blog,tu nous
fait parcourir deux vies entières ...


Flora 17/12/2010 09:03



Je me demande si ce n'est pas facile sur une seule page... si je ne préfère pas le "ramassé" au "dilué"...


A voir.


Merci, ma chère Magicienne, pour ton enthousiasme!