Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 32.

Publié le 29 Septembre 2010

Hier, à la Sorbonne, j'ai participé à un jury de soutenance de thèse. J'ai failli m'endormir au milieu de mon discours. Le sujet s'y prêtait : "Les évolutions temporelles chez Claude Simon". Rien à voir avec Proust. Je n'avais aucune raison de me trouver là. Je n'y étais peut-être pas.

   Résultats de l'IRM : pas de tumeur ; une hernie discale. J'ai honte de cette banalité! On préférait à Bergotte, dont les plus phrases avaient exigé en réalité un bien plus profond repli sur soi-même, des écrivains qui semblaient plus profonds, simplement parce qu'ils écrivaient moins bien.

   Un excès de gaufres m'a rendu malade toute la nuit. En punition, je me suis levé à six heures. Presque nu, en pyjama dans le vent glacé, j'ai lu le code pénal sur la tombe de Véronique, au pied du cerisier. L'article qui concerne l'homicide volontaire. Je me serais bien enterré à côté de ma fille mais je suis tellement gros qu'il faudrait soulever des tonnes de terre, des racines, des pierres... Au-dessus de mes forces.

 

Les horloges gothiques datent du XIVe siècle. Elles ne possèdent qu'une aiguille, n'ont pas de cadran. Leur mécanisme est apparent. On ne commença à dissimuler les engrenages qu'après avoir compris le rôle néfaste de la poussière grippant le fonctionnement.

 

   Huit heures cinq. Je n'ai pas vomi depuis une demi-heure.

   Laon s'effrite. La cathédrale donne le ton. Après huit siècle de veille, un premier boeuf détache sa carapace minérale, des dizaines de mètres plus bas, sur le pavé moussu, éloigne son pas traînant vers une pâture grasse, une étable accueillante. Une gargouille s'érode, s'envole en grains coupants, déséquilibrant la tour Saint-Paul qui se met à pencher, insensiblement puis de plus en plus nettement, ballottant les colonnettes de la claire-voie...

Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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litteratus 05/10/2010 14:00


j'aime les horloges astronomiques et j'ignorais le détail concernant le mécanisme caché ! Trois sortes de temps dans ce récit, un balancement fécond...


Flora 05/10/2010 15:54



Oui, il aimait l'écriture-mosaïque d'éléments différents, convergeant dans la même direction; parfois déroutant pour le lecteur aimant la facilité de l'écriture linéaire.



mich 04/10/2010 17:50


Kedves Flora!
J'hésite un peu à vous dire ce qui suit, mais j'en ressens le besoin, et vous prie par avance d'en excuser l'audace - que d'autres pourront bien évidemment contredire, voire condamner. Mais je
m'interroge: pourquoi vous faut-il absolument "finir" l'inachevé ? Est-ce parce que c'était entendu comme cela avec Gilbert, et comme vous y aviez déjà travaillé beaucoup ensemble ou qu'il reste
tellement de matière, qu'un rien semble nécessaire pour finaliser le tout ? S'il ne s'agit que de correction à effectuer, je comprends que ce serait dommage de ne pas "finir". Mais s'il s'agit de
composer ou de beaucoup composer, bien que vous sentiez tout parfaitement, ne croyez-vous pas qu'il vous ferait moins mal (en plus du mal à se donner pour tenter cela) de composer votre propre
ouvrage plutôt que de "finir" celle commencée par un autre, fut-il bien connu de vous ? Je ne veux pas être trop long, aussi je n'évoquerai que les oeuvres musicales dites inachevées dont on a
essayé de composer la fin: était-ce bien nécessaire, qu'il y eut ou non des matériaux pour cela ? Et quand bien même il y en avait, les laisser brutes à la suite, avec des points de suspension
entre, ne serait-ce pas suffisant ? De telles ponctuations sont possibles pour un texte écrit, ne le sont sans doute pas pour une oeuvre musicale, quoique pourquoi pas ? Mais puisque justement pour
vous il s'agit d'un écrit, ne seriez-vous pas plus à l'aise ainsi, quitte je le répète, à vous lancer vous-même dans quelque chose qui vous soit propre, justement comme vous faites par ailleurs ou
en trouvant une nouvelle palette qui vous sied ? Puisse ces propos ne pas trop vous ennuyer, et bien sûr, faîtes comme vous sentez, cela ne sont que des mots suggérés, qui peut-être ne se disent
pas mais que j'ose tout de même, quoique sans nulle prétention. Bien à vous.


Flora 05/10/2010 16:04



Bonjour, Mich. Dans l'absolu, vous avez raison. Dans mon cas particulier, tant que ce ne sera pas fait, je me sentirai "en dette" d'une promesse tacite, en réponse à une demande plus ou moins
explicite : "Tu le finiras", faites dans une période extrême de lutte pour chaque moment ravi à la mort qui s'approchait inéluctablement. Je sais qu'il voulait les finir. Il y a
quelques éléments d'écrits mais il en manque beaucoup, en particulier la fin (il ne voulait jamais tout planifier à l'avance, en laissant venir le roman).


Il voulait surtout que le livre existe : une façon de conjurer la mort.


Ecrire quelque chose pour et par moi-même? La tentation est forte, bien sûr.


Merci de votre réflexion.



La Merlinette 30/09/2010 21:02


tragique bien sûr ,mais trop drôle le passage de la lecture du code pénal sur la tombe de Véronique...
le sens de l'humour anthracite jusqu'au bout!


Flora 01/10/2010 00:48



Maintenant, il faudra que je m'attelle à le terminer...



José Le Moigne 29/09/2010 11:55


j'adore le dernier paragraphe qui me fait penser à Seignolle dont je lis en ce moment "La Malvenue". Grand livre.
Amitiés
José


Flora 30/09/2010 08:48



Mrci, cher Ami. J'arrive à peu près au bout de ce que Gilbert a pu corriger avant de mourir...