Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 25.

Publié le 2 Juin 2010

   L'idée m'est venue d'acheter une petite souris mécanique et de la lâcher dans la maison sans poupées, afin de générer du mouvement. Au point de désarroi où j'en étais, je me serais volontiers rendu acquéreur d'une colonie de termites. Se seraient-ils contentés des maquettes ? Un accès de prudence m'a suggéré un geste simple. Dans le couloir miniature, à l'endroit précis où l'eau coule du plafond réel, j'ai percé un trou et disposé des gravats miniatures sur le sol. Pour faire bonne mesure, j'ai répandu de l'eau dans le couloir. Le bois gondole.

   Ce n'est qu'après coup que j'ai réalisé le caractère morbide de cette action. Je me suis enfermé dans mon bureau, pour être absent lorsque ma femme découvrirait le sacrilège. J'attendais des cris, des larmes, une porte qui claque. Rien n'est venu que du silence. Une drôle de guerre : Séverine ne vitupère pas, ne me prive pas de nourriture ou de caresses. Ses reproches sont muets ; le flou du désespoir dans son regard.

   Une rechute de sa maladie contraint Marcel à quitter Paris. La guerre est achevée depuis plusieurs années lorsqu'il fait son retour, invité à une soirée chez le Prince de Guermantes. Il y découvre un monde bouleversé. Des êtres qu'il a connus jeunes et brillants sont des vieillards. Monsieur de Charlus a sombré un peu plus dans la déchéance. Des bourgeois sans finesse se sont introduits dans le cercle aristocratique.  La princesse de Guermantes en effet était morte et c'est l'ex-madame Verdurin que le prince, ruiné par la défaite allemande, avait épousée. (...) Mme Verdurin était Princesse de Guermantes et avait dans le faubourg Saint-Germain une grande situation qui eût fort étonné à Combray, où les dames de la rue de l'Oiseau, la fille de Mme Goupil et la belle-fille de Mme Sazerat, toutes ces dernières années, avant que Mme Verdurin ne fût Princesse de Guermantes, avaient dit en ricanant "la duchesse de Duras", comme si c'eût été un rôle que Mme Verdurin eût tenu au théâtre. Odette est la maîtresse du vieux duc et Rachel, que tous méprisaient, une actrice célèbre accueillie à bras ouverts dans les salons.

Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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fbd 04/06/2010 14:28


aha, quel humour terrible :-D
je crois que pire parfum il n'y a pas…


Flora 04/06/2010 14:33



C'est vrai.



fbd 04/06/2010 13:52


comme tu dis, "l'esthétique de la décadence" peut-être Proust ou encore plus loin, la Rome antique etc…


Flora 04/06/2010 14:02



Le fragrances de la décomposition sont aussi des parfums...



fbd 04/06/2010 11:13


ça a peut-être peu à voir mais cela me rappelle quelques passages de films de F. Fellini, son regard sur des soirées mondaines un peu désabusées…


Flora 04/06/2010 12:30



C'est peut-être que Fellini s'est inspiré de Proust. Pourquoi pas ? L'esthétique de la décadence...



litteratus 02/06/2010 19:44


le silence est parfois plus terrible que le bruit des mots. Le regard posé par Marcel sur la fin d'un monde est lui aussi terrible...


Flora 02/06/2010 20:00



Le silence est plus angoissant, plus déstabilisant...


J'aime beaucoup la façon dont il intègre Proust dans son texte.


Merci beaucoup, Litteratus.