Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 19.

Publié le 4 Avril 2010

   A neuf heures, le généraliste se présente. Il a reçu une lettre du cancérologue. Y figure ce que je sais déjà, le myélome au stade 1, les prises de sang chaque mois, les IRM et radios toutes les six semaines. Deux faits surprennent : le retour du doute concernant le fémur et la demande de dépistage des hépatites en vue d'une vaccination. Il s'agit d'éviter une contamination lors de futures transfusions sanguines. On ne m'avait jamais parlé de transfusions sanguines. Il est vrai qu'elles n'ont pas la côte depuis que tout un troupeau de responsables  non coupables a laissé mourir des hémophiles...

Les Égyptiens possédaient des clepsydres. De l'eau s'écoule d'un récipient percé. Des marques indiquent quelle quantité s'est échappée, donc combien de temps vient de passer. Mais le système est imprécis. des différences de température provoquent une évaporation plus ou moins rapide de l'eau ; du calcaire peut boucher progressivement l'orifice...

   Petite prise de sang, pour dépister les hépatites. Au rythme d'une ponction par moi, combien de litres va-t-on me soutirer ? Me voici devenu station de service pour tous les Dracula de la médecine...

   Les résultats sont étranges. Ils indiquent une hépatite A "en cours ou très récente". Comme j'ai eu la jaunisse à cinq ans et que cette maladie ne récidive jamais, il se passe quelque chose. Je parierais pour un cancer du foie. Séverine pleure. Ariane est endormie au fond de sa boutique. A moins qu'elle ne puisse s'extraire du fauteuil. Je pose une fleur sur la tombe de Véronique, là-bas, en Cappadoce. Cancer du foie ou simple jaunisse, j'ai toujours mal à la tête, de préférence la nuit. Après une semaine de réveils aux aurores, je comptais sur ce samedi pour m'offrir une grasse matinée. Raté !

   Une heure d'attente chez le généraliste. Le laboratoire s'est trompé. Il s'agissait  bien des traces de l'hépatite ancienne. Je n'ai pas l'âme d'un collectionneur ; je ne peux pas avoir toutes les maladies. Séverine sèche ses larmes. Devenant   -  du moins durant cette phase fâcheuse  -  beaucoup plus sec, il ne faisait presque plus preuve vis-à-vis de ses amis, par exemple vis-à-vis de moi, d'aucune sensibilité.  

Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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Pressnitzer Gil 23/04/2010 12:04


Bonjour je viens de découvrir votre blog lumineux et profond
nous avons quelques affinités électives car nous avons publié en ligne
ady Endre http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/ady/ady.html
Jozsef Attilahttp://www.espritsnomades.com/sitelitterature/jozsefattila/attilajozsef.html
Sandor Kanyadi http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/kanyadi/kanyadi.html
et récemment Miklos Radnoti http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/radnoti/radnoti.html
et Frigyes Karinthy
http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/karinthy/karinthy.html
merci pour votre travail et merci mille fois, je vais vous lire avidemment
gil


Flora 24/04/2010 16:53



Bonjour, Gil. Merci pour votre visite et vos mots chaleureux. J'ai vu sur votre site extrêmement riche dans tous les domaines de la création (http://www.espritsnomades.com) que je recommande à
tous, que vous avez fait vous même des traductions du hongrois. D'où vous vient cette connaissance délicate de la langue? Des origines?


Amicalement. 



fbd 09/04/2010 12:16


Voyage au pays d'Osiris…


Flora 10/04/2010 09:35



C'est sûrement le plus beau que j'ai fait...



litteratus 06/04/2010 10:28


Il y a des collections que l'on n'a pas envie de constituer...


Flora 06/04/2010 18:59



Certes... mais avons-nous le choix?



La Merlinette 05/04/2010 15:37


curieux assemblage :l'Egypte et le clepsydre qui se bouche et la prise de sang inquiétante...!


Flora 06/04/2010 08:52



Quant tu en arrives là, c'est que ton sable s'écoule inexorablement...



Mu 05/04/2010 12:44


Merci pour ce texte, Flora. On retient surtout l'image des clepsydres et le temps qui coule et l'homme qui marche vers son destin la tête haute...Et cette fleur déposée sur une tombe lointaine...Et
les autres, impuissants et maladroits qui cherche à montrer une vraie
figure. Pour l'auteur de cette trilogie, ce petit poème retrouvé dans "Femme accroupie" : Funambule dedans / je crie l'écueil / au partage du temps/ la grande clepsydre/ boit jusuq'au
cerveau...Etonnant cet écho !


Flora 06/04/2010 08:46



Merci pour l'écho, ma chère Mu! Et pour la compréhension du texte. Je voudrais qu'il reste ainsi parmi nous...