Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 17.

Publié le 17 Mars 2010

IV.

Une 
 fenêtre étroite et grillée, percée très haut de façon qu'on ne pût pas y atteindre, éclairait cette petite pièce claire et sinistre ; et le fou, assis sur une chaise de paille, nous regardait d'un oeil fixe, vague et hanté.
                                              
Guy de Maupassant,  La chevelure.

   Armstrong 3 fut, au début du moins, une période optimiste. Le cancer dont souffrait Philibert Tique n'impliquait, à l'époque, aucune douleur particulière, aucun stigmate physique ; il n'imposait ni hospitalisation de longue durée ni incapacité de travailler ou de mener une vie familiale, amicale. Le malade ne voyait donc en cet envahisseur qu'un adversaire abstrait que des parades intellectuelles suffiraient à abattre. Lance Armstrong symbolisait l'ensemble de ces ripostes. Il figurait le rescapé glorieux, un modèle de courage, preuve vivante qu'une lutte acharnée désarme la maladie. Les anciens rêves de Tour de France n'entraient jamais en ligne de compte, balayés  par une nouvelle vision de l'épreuve, parcours du combattant dont un cancéreux  aux vertus exceptionnelles surmontait les embûches. Philibert Tique avait cessé de cultiver la nostalgie d'une carrière sportive ; le Galibier n'était plus un ennemi ; il défilait, inoffensif, sous les roues de Lance Armstrong.
   Comparer les deux cancers aurait été aussi incongru que de comparer les talents cyclistes. Celui du Français n'était qu'un débutant, anecdotique et anodin. Celui de l'Américain culminait à des altitudes dignes de son palmarès. En 1996, le coureur remporte la Flèche Wallonne. Il a été champion du monde, trois ans plus tôt, a gagné quelques étapes du Tour. Soudain, on détecte en lui une tumeur maligne aux testicules, des métastases au poumon, au cerveau. Chimiothérapie, mutilation chirurgicale, les médecins sont pessimistes. La presse a déjà enterré le patient, gloire éphémère parmi tant d'autres. Bjarne Riis, Jan Ulrich et Marco Pantani, Richard Virenque pour les Français, de nouveaux champions escaladent la une de
L'Equipe, pédalent sur les écrans. Et soudain, l'incroyable : une victoire sur cette maladie qu'on ose à peine nommer, le vélo arraché aux toiles des araignées. Lance Armstrong a maigri, presque cadavérique ; son regard s'est durci. Un déficit en kilogrammes dont il tire avantage dans la grimpée des cols; une capacité hors du commun à subir la souffrance, sans jamais ralentir. Il ne prétendait qu'aux courses d'un jour ? Le voici spécialiste des épreuves à étapes. L'endurance est son arme. Une quatrième place dans la Vuelta 1998 signe l'incroyable retour.  
 

Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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litteratus 20/03/2010 12:28


Je m'étonne moi-mêmede m'intéresser à Lance Amstrong : ce récit est encore plein de surprises et me rend plus curieuse ! merci


Flora 21/03/2010 08:46


Merci, cher Litteratus; je me souviens que pour Gilbert, le cas Armstrong était plus que du cyclisme : c'était le symptôme de toute une époque...


La Merlinette 19/03/2010 13:16


j'attends la suite des "Armstrong"pour
comprendre pourquoi cet intérêt pour ces 3 personnages illustres ...même nom d'accord...
et puis?
la capacité de "sportif" capable de dépasser
la souffrance physique peut-être?
et ce Philibert Tique?...


Flora 20/03/2010 09:27


Même nom et même symbole pour figurer chaque période de la vie du personnage.
La mosaïque nous révèle petit à petit ses secrets... 


fbd 19/03/2010 09:40


:-D


fbd 18/03/2010 17:52


Je comprends (aussi pour le "spectacle du sport" hi hi!!)


Flora 19/03/2010 08:30


Ca use moins de calories et développe peu la musculature, mais ça fatigue quand-même!


fbd 18/03/2010 15:35


Le tour cycliste! Il parle si bien même de ce qui m'intéresse guère :-D


Flora 18/03/2010 16:41


Il a réussi à me convertir aussi au sport (comme spectacle seulement...)