Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 13.

Publié le 10 Février 2010

Les sabliers ont longtemps constitué le moyen le plus précis de mesurer le temps. Il s'agissait parfois de sabliers multiples, le plus souvent à quatre fioles pour le quart d'heure, la demi, les trois-quarts, l'heure entière. Un mécanisme retournait les flacons vidés, tandis qu'un cadran affichait l'heure. 

    Si "myélome" n'est pas dans le Petit Robert, c'est parce que je possède une édition de 1973. S'il est absent du Littré, c'est que ce dictionnaire date du 19e siècle. Pour éviter la maladie, il suffit de se réfugier dans une époque d'avant le mot. Vite, ma machine à remonter le temps ! Et si je sortais un moment de ma chambre, au bout du couloir j'apercevais, parce qu'il était orienté autrement, comme une bande d'écarlate, la tenture d'un petit salon qui n'était qu'une simple mousseline, mais rouge, et prête à s'incendier si y donnait un rayon de soleil.
   Séance de radio. Tout le corps y passe. Et les bras ? Et les bras... Et les jambes ? Et les jambes... Et la tête ? Alouette... Me voilà plumé. Le radiologue avoue un "doute" pour le fémur droit. Jusqu'à présent les doutes ne m'ont pas porté chance.
   Consulté par Séverine, le généraliste confirme le diagnostic négatif. Elle n'osait me l'avouer. Il a fallu que je la torture sauvagement, l'obligeant à lire dix pages de Marguerite Duras. Le cancer peut patienter quelques temps mais il est présent dans toute la moelle, ce qui interdit une intervention locale et une guérison comme dans un cancer du sein, par exemple. Est-il trop tard pour que je change d sexe, que je me gave d'hormones jusqu'à ce que ma poitrine pousse ?
   Autre révélation du généraliste : la chimiothérapie est dévastatrice pour les globules rouges et les plaquettes. On ne perd pas que ses cheveux. On s'affaiblit, on s'anémie. On ne coagule plus. Quant aux rayons, on n'y a recours que pour empêcher des souffrances trop vives. Lorsqu'il m'arrive de penser aux douleurs, je les imagine gratinées. Mon goût de la métaphore culinaire. 

Rédigé par Flora

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La Merlinette 12/02/2010 02:04


son témoignage devrait être annexé au "traitement" de cette maladie et en démontrer l'efficacité toute relative!


Flora 12/02/2010 12:13


Tu sais, on ne nous a jamais fait miroiter une possible guérison! Dès le début le terme "incurable à ce jour" a été asséné et nous avons gagné 10 ans intenses de travail fructueux en écriture,
grâce aux traitements parfois éprouvants mais qui permettaient de se prolonger! Et je ne pense franchement pas que les méthodes "douces" uniquement l'auraient mené aussi loin!


fbd 11/02/2010 15:37


L'humour est noir quand le soleil devient un oxymoron… un soleil noir que peu savent narguer avec le rire mordant, énergie du désespoir… une forme d'insolence, de désobéissance tout autant que de
grandeur d'âme.


Flora 11/02/2010 16:11


Merci beaucoup, Françoise. J'aimerais croire en un monde au-delà de la mort d'où on peut encore cueillir quelques lauriers... Il a beaucoup "nargué" la mort dans ses textes même quand il n'était
pas encore malade et il a eu le courage de le continuer jusqu'au bout...


litteratus 11/02/2010 10:49


Approprions-nous le dictionnaire qui nous convient. C'est poignant !


Flora 11/02/2010 11:51


Merci, Litteratus. L'humour qui effleure, je suis bien placée pour savoir, n'était pas gratuit...


Mu 10/02/2010 21:49


On lit, on relit, on se rappelle...On ne peut s'empêcher de penser que les "temps modernes" regorgent de héros qui luttent contre la folie des hommes et des cellules. J'en suis témoin il ne s'est
jamais laissé enfermé et ce, au péril de sa vie. Un homme libre et éclairé jusqu'au bout. Je ne savais pas que Duras avait eu son mot à dire.


Flora 11/02/2010 09:11


Tu as raison, ma chère Mu et ce héroïsme n'était pas vain puisqu'il me sert toujours de source d'énergie... C'est vrai qu'il n'aimait pas Duras, mis à part Un barrage contre le Pacifique.