Miklós Radnóti (1909-1944) : Ta main droite sous ma nuque (Tarkómon jobbkezeddel)

Publié le 24 Septembre 2010

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TA MAIN DROITE SOUS MA NUQUE

 

Ta main droite sous ma nuque, cette nuit j'étais couché.

J'avais du souffrir hier... : "Reste ainsi!" t'ai-je imploré...

J'écoutais dans tes artères le sang, le sang circuler.

 

A l'approche de minuit le sommeil soudainement

me submergea, m'engloutit comme au temps de ma lointaine,

de ma duveteuse enfance, et me berça doucement.

 

Mais trois heures, me dis-tu, n'avaient pas encor sonné

que sursautant de frayeur soudain je me suis dressé,

j'ai bredouillé, j'ai hurlé des mots incompréhensibles.

 

J'ouvrais tout grands les deux bras comme un oiseau qui s'effraie

d'une ombre dans le jardin, ses deux ailes déployées.

Où  -  vers où voulais-je aller? Quelle mort me faisait peur?

 

Tu me berçais, mon amour ; muet, je te laissais faire,

mais le chemin de l'horreur là-bas m'attendait toujours.

Je rêvais encore alors. Peut-être d'une autre mort.

                                                      6 avril 1941

traduction: Jean-Luc Moreau  éd. Phébus 2000, Marche forcée Oeuvres 1930-44

 

TARKÓMON JOBBKEZEDDEL

 

Tarkómon jobbkezeddel feküdtem én az éjjel,

a nappal fájhatott még, mert kértelek, ne vedd el ;

hallgattam, hogy keringél a vér ütőeredben.

 

Tizenkettő felé jár, s elöntött már az álom,

oly hirtelen szakadt rám, mint régesrégen, álmos,

pihés gyerekkoromban s úgy ringatott szelíden.

 

Meséled, még nem is volt egészen három óra,

mikor már felriadtam rémülten és felültem,

motyogtam, majd szavaltam, süvöltve, érthetetlen,

 

a két karom kitártam, mint félelemtől borzas

madár rebbenti szárnyát, ha árnyék leng a kertben.

Hová készültem? merre? milyen halál ijesztett?

 

te csittitottál drága s én ülve-alva tűrtem,

s hanyattfeküdtem némán, a rémek útja várt.

S továbbálmodtam akkor. Talán egy más halált.


Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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mich 06/10/2010 17:20


Le dernier lien donné est une erreur qui a l'avantage de présenter les différentes possibilités (mais je n'ai pas fait exprès) - le bon lien c'est:
http://deturl.com/


Flora 07/10/2010 09:22



Merci, Mich, de vous être donné la peine.En effet, c'est intéressant d'entendre le poème en original. Si je mets la version hongroise, c'est surtout pour ceux qui connaissent les deux langues.



mich 06/10/2010 17:16


Enfin, comme les choses vont et disparaissent sur le web, si le souhait est de conserver la vidéo, il faut la convertir par exemple en mp3 - ce site le permet:
http://deturl.com/www.youtube.com/watch?v=GJsmQ0Nz9DQ


mich 06/10/2010 17:08


Notes complémentaires:

J'ai écouté avant de poster, pour être certain que c'était le bon texte

Ce n'est pas toujours facile de trouver ce qu'il faut; ainsi copie-coller le titre ne donne rien, il faut passer par google-hu!

Nombre de vos lecteurs ne connaissent pas le hongrois, mais certainement parmi eux/elles, il y en aurait qui auraient plaisir à l'entendre, et comme vous offrez la traduction...

Et pour vos lecteurs connaissant la langue, le plaisir devrait accru de pouvoir à la fois lire et entendre le texte. Quant à ceux qui l'apprennent, votre offre de découverte serait complète!

Je ne prétends pas réussir à tous les coups de trouver le meilleur, donc par avance je m'en excuse, et que d'autres fassent mieux me réjouirait.


mich 06/10/2010 16:46


Il me semble à présent important de pouvoir écouter le texte hongrois du poème:
http://www.youtube.com/watch?v=vbo_OhURBpE


(Je suis en train de faire moi-même l'effort d'apprendre à prononcer correctement, à tenter de comprendre quand on (me) parle hongrois, ce qui pour l'instant est quasi impossible; alors pour me
distraire de l'étude laborieuse de textes sans intérêt, j'éprouve le besoin d'envisager de rechercher une vidéo pour chacun des poèmes que vous proposez, et de préférence de choisir, quand on a le
choix, des versions claires, sans fond musical, pas trop rapides. Je commence avec ce poème, je poursuivrai avec d'autres poèmes à l'avenir.

Libre à vous d'accepter ou non d'inclure le lien en-dessous du poème écrit en hongrois - pour ne pas charger votre blog ou lui amener virus ou problème quelconque, je vous suggère si c'est
possible, de mettre l'adresse sous code = c'est une fonction parmi d'autres qui existe peut-être ici, et qui permet de mettre l'adresse sans lien direct avec le site, et l'auditeur, pour écouter ou
voir, doit copier/coller le lien
- si la fonction "code" n'existe pas, vous pouvez tout de même désactiver le lien le cassant par un simple espacement au milieu de l'adresse et ça donne ceci:
http://www.google.com/search?ie=UTF-8&oe=UTF-8&sourceid=navclient&gfns=1&q=http%3A%2F%2Fwww.youtube.+com%2Fwatch%3Fv%3Dvbo_OhURBpE)


André 04/10/2010 15:33


Quel poème étrange, l'horreur y côtoie l'amour ?
La date (1941) m'est très chère ...
@+


Flora 04/10/2010 17:02



La date a son importance. Le poète a passé quelques jours de "permission" chez lui, avant de retourner au camp de travail pour Juifs... (décharger du charbon des wagons, travailler à l'usine,
charrier de la terre à la construction des routes  -  avec un doctorat en philologie en poche...)