Les mots de autres : "Sukkwan Island" de David Vann

Publié le 26 Avril 2011

david-vann-sukkwan-island-M32115.jpg Je viens de terminer la lecture d'un roman qui m'a laissée en apnée. Il conviendra parfaitement à l'inauguration d'une nouvelle rubrique de ce blog qui s'efforce tout de même à un peu de cohérence dans l'éclectisme...

   Sukkwan Island de David Vann. Un titre évoquant le Grand Nord, le froid et la neige qui durent... A priori, tout ce qui me rebute! Je n'ai pas été déçue du choc tellurique...

   Editions Gallmeister. Petite maison spécialisée dans la littérature américaine des grands espaces, du souffle à pleins poumons, bien loin d'un nombrilisme auto-fictionnel ou des histoires à la légèreté et à la consistance d'une bulle de savon dont le souvenir même s'évapore au lendemain d'avoir fermé le livre.

   Prix Médicis Étranger 2010. Tiens, tiens: prometteur! Qui est donc ce David Vann? Il est né en 1966, en Alaska. C'est son premier roman. Je ne veux pas en savoir plus, avant de terminer le roman.

   Un extrait du début:

   ..." La suite devint trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d'argent, d'impôts, et tout est parti en vrille. 

   Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t'es marié avec Maman?

   Son père le dévisagea d'un oeil qui prouva à Roy qu'il était allé trop loin. Non, c'est parti en vrille un peu avant, je crois. Mais difficile à dire quand."

Tête-à-tête entre un père et son fils de 13 ans dans une île sauvage et inaccessible au sud de l'Alaska. Le père a le projet d'y passer l'année en compagnie de son fils: retour à la nature, à l'authenticité, espoir de retrouver ce fils perdu de vue et surtout, de se retrouver soi-même. Un père dans l'errance et l'immaturité, déstabilisant pour l'adolescent qui, au lieu d'avoir un père-repère, doit servir d'appui à l'adulte inconscient du poids que cela représente. Dialogues, monologues se mêlent au récit de la vie dure, aux descriptions de la beauté sauvage et impitoyable de la nature, caisse de résonance de l'âme humaine... Tout cela crée un suspens sourd et insoutenable qui nous mène au drame inexorable, tel le destin qui avance pour boucler la boucle...

   David Vann dédie son roman à son père, James Vann, dentiste, père instable et immature qui s'est suicidé à 40 ans... Un autre élément à méditer pour tous les génies méconnus, en attente et en herbe: pendant dix ans, aucun éditeur ne voulait de ce roman avant qu'il n'entame sa marche triomphale et son auteur sa renommée du "romancier américain que l'on attendait"... 

      

Rédigé par Flora

Publié dans #Les mots des autres

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fbd 28/04/2011 16:31


oui, combien d'échos à décrypter derrière les mots, les choses prennent soudain des profondeurs insoupçonnées. En finit-on avec son passé?


Flora 28/04/2011 17:15



J'aurais voulu en dire plus, sur la culpabilité et la possibilité ou non de la rédemption (questions très Dostoïevskiennes...) mais c'était assez difficile, sans dévoiler les événements auxquels
on ne s'attend pas, malgré tout... Plutôt, on s'attend fort à une chose et c'en est une autre qui arrive... 



litteratus 26/04/2011 19:11


Je suis votre avis et vais le chercher : il pourra compléter un de mes bibliographies...


Flora 27/04/2011 10:36



J'aurais pu en parler bien plus longuement mais c'est un blog: il demande à être succinct...