Bribes de mémoire 76. Le Sahara... suite

Publié le 9 Novembre 2010

Ghardaïa palmeraie

 

   Le Sahara, mythe inépuisable, nous attire comme un aimant. Notre 204 parcourt des milliers de kilomètres, sur des routes plutôt carrossables : nous n'avons pas le temps de pousser jusqu'à Tamanrasset, affrontant les pistes. En dépit de ces précautions, nous essuyons quelques vents de sable qui feront rendre l'âme à la batterie, après notre retour à Constantine.

   Pour nous, peu de repères dans l'étendue désertique. Quelques troupeaux de dromadaires, de minuscules palmeraies, des oasis signalées de loin par la tache de verdure qui les dissimule, petites maisons en pisé, dans toutes les nuances de l'ocre des dunes alentour. A nos yeux de touristes, peu de végétation dans le sable, encore moins sur les cailloux. De quoi peuvent bien se nourrir les ânes, les dromadaires ou les chèvres? Où sont ramassés les maigres fagots charriés par les bêtes ou les humains?...

   Un jour, nous croisons un homme enturbanné, emmitouflé dans son burnous blanc et nous le prenons en stop.  Taciturne, il nous fait signe de démarrer. Pendant une bonne demi-heure, il ne prononce pas un mot, sans doute ne parlant pas le français. La route demeure inchangée, serpentant entre les dunes, sans le moindre arbrisseau ou poteau signalétique... Soudain, notre passager nous fait signe de nous arrêter. Après un muet signe de la main, il disparaît derrière les crêtes... Comment a-t-il reconnu le bon port? Mystère...

   A Timimoun, la ville rouge, nous avons vraiment l'impression de frôler le Sud... Soleil écrasant, maisonnettes basses aux ouvertures minimales. Les gens ont la peau presque noire, tannée par la chaleur. Accroupis au pied des murs, devant les maisons, ils n'ont même pas l'envie de chasser les mouches posées sur le coin de la bouche, des yeux... Asthénie totale... Nous entrons dans la boutique d'un photographe. Quelques boîtes de pellicules orphelines sur une étagère. L'homme est heureux de tomber enfin sur des touristes. Il insiste pour nous offrir le thé. Dans l'arrière-boutique où se trouve aussi sa couche, nous nous installons sur un tapis autour d'un petit brûleur à gaz pour assister à une authentique cérémonie du thé du désert, avec le bloc de sucre brisé, le thé versé de haut, le tout sans un mot, avec le sourire et le silence échangés. Je lui laisse ma superbe casquette jaune en souvenir...      

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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André 17/11/2010 10:00


J'ai quelques souvenirs du Sahara, merci pour ce récit ...


Flora 17/11/2010 23:38



Il faut que tu racontes...



Cat 12/11/2010 10:47


Je comprend que tu ais envie d' évoquer ce partage de cérémonie du thé, celà m'est arrivé un jour en Turquie (pure pépite de bonheur), je le raconterai à l'occasion sur mon site.
J'admire ta façon de planter un décor, on s'y croirait vraiment...


Flora 12/11/2010 13:30



Merci, Cat; je ne fais qu'essayer de décrire les images que je vois dans ma tête...



louve 12/11/2010 10:17


Ho là la comme tu nous donnes envie d'avoir vécu ses voyages, comme je me sens pauvre de ne les avoir faits...


Flora 12/11/2010 10:41



Tu en as vécu d'autres, en vrai ou en imaginaire : il ne faut pas regretter, ça empêche d'avancer...


Merci beaucoup pour le compliment : si "mon" voyage peut donner envie, j'ai atteint mon but...



Nadège 12/11/2010 09:58


Oui c'est un très beau texte, belle écriture ...


Flora 12/11/2010 10:44



Merci, Nadège : en écrivant, j'ai des images, des parfums, toutes sortes de sensations dans la tête que j'essaie de transmettre...



La Merlinette 11/11/2010 12:39


tu as l'art de faire revivre tes voyages ensoleillés...et les moments
de silence.


Flora 11/11/2010 17:14



Merci beaucoup pour le compliment qui me touche et m'encourage à pousser plus loin l'aventure de l'écriture!