La Princesse de Clèves est-elle assassinée?...

Publié le 4 Novembre 2010

   Dans le N°2396 (7-13 octobre) du Nouvel Observateur,Jacques Julliard intitule sa chronique : "La princesse assassinée". C'est une plaidoirie passionnée et véhémente contre les fossoyeurs  de la langue  -  et la culture  -  française, contre ceux qui, sous l'aspect d'une capitulation lâche et inculte, par pur snobisme souvent, véhiculé servilement par les médias, singent un anglais désossé...

    En réaction à cet article, j'ai écrit une lettre à mon hebdomadaire préféré qui en a publié quelques extraits dans la page des lecteurs (N° 2398 21-27 oct).

 

   "En lisant la chronique de Jacques Julliard "La princesse assassinée" ,je n'ai pas pu m'empêcher de vous envoyer cette courte réflexion. Le français est ma langue d'adoption. Dans mon pays d'origine, la Hongrie, je l'ai apprise à l'école ; plus tard, je l'ai enseignée au lycée comme langue étrangère, avec le russe. Ce dernier était alors obligatoire, le français, je l'ai choisi, j'ai aimé les deux.

   Plus tard, j'ai approfondi mes connaissances, grâce à mon mari, Français, professeur de lettres et écrivain. Pendant des années, nous avons vécu dans des pays divers et partout, j'ai pu rencontrer la même motivation pour l'apprentissage  du français : on choisit l'anglais pour des raisons pratiques et le français, par amour et admiration pour sa beauté et pour le passé glorieux de la culture qu'il véhicule.

   Je vis maintenant en France depuis une vingtaine d'années. Je peux confronter le français de mes études, de mes lectures avec la réalité du présent. Loin de moi l'idée de geindre avec le choeur des "anciens combattants". Une langue est une matière vivante et le reflet de son époque, de ses idéaux ou de l'appauvrissement de ceux-ci. Entrer dans des grands textes demande de faire un peu d'effort, au lieu de se laisser abrutir par des facilités creuses, habillées d'un langage miteux et famélique, balbutiant quelques centaines de mots de vocabulaire. Et pourtant, la richesse infinie du français m'a toujours enchantée : souple comme une liane et rigoureusement limpide, élégant et juste à la fois, sans heurts et sans lourdeurs. Jusqu'à la fin de mes jours, je n'aurai pas assez de temps pour explorer, tenter de m'approprier ses infinis raffinements, à la recherche du mot juste.  Que de plaisirs intenses se perdent pour ceux qui se contentent d'une poignée de bredouillis!

    L'époque nous porte vers une vitesse toujours plus élevée et l'attention n'a plus le luxe de se poser. La mode est au moindre effort. Une langue atrophiée reflète une pensée atrophiée.

    Il est coutumier de réclamer la réforme de l'orthographe pour respirer avec son époque et ses mutations. Jacques Julliard a raison en disant que le danger d'une anglicisation inculte et snob est bien plus grand pour la langue française qu'une orthographe estropiée.

    Je suis bien placée pour réfléchir sur la question complexe de l'identité. S'exprimer dans une langue ou dans une autre équivaut à changer de peau. Cultiver ses différentes "peaux", c'est s'enrichir de ces lingots d'or que personne ne peut vous dérober...

 

8 octobre 2010.

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

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louve 12/11/2010 09:53


heu désolée : ton amour pour elle, pour qui : la langue ha, enfin !...LOL


louve 12/11/2010 09:51


Bravo pour se plaidoyer pour la langue française,qui exprime ton amour pour lui et félicitation pour avoir été choisi et publier dans le nouvel obs.
j'ai pas eu trop le temps de venir te lire, depuis un moment, mais je me rattrape.
Merci pour ton com sur mon site, qui m'a fait très plaisir...


Flora 12/11/2010 10:46



Merci de ta visite fidèle, ma chère Louve! En pleine course pour l'accrochage du jeudi et pas prête du tout, bien entendu...



Jean-Pierre 08/11/2010 06:42


Moi, Jean-Pierre, Français de souche, depuis au moins... ma génération, je n'aurais su l'exprimer aussi élégamment. Merci Flora pour votre défense d'un patrimoine universel.


Flora 08/11/2010 10:30



Merci à vous, Jean-Pierre, pour ce compliment que je crois sincère!


Ca m'attriste toujours de voir les gens négliger voire écorcher une si belle langue alors qu'ils ont de la chance de pouvoir se l'approprier quasi sans effort, avec le lait maternel...



La Merlinette 07/11/2010 13:55


ce journal a bien eu raison de publier ton courrier!!!
mais c'est un peu fort que ce soit des non natifs de ce pays qui défendent cette langue si diverse.!


Flora 07/11/2010 17:15



Toi, comme "non-native" l'as bien défendue aussi! de plus, avec une belle diction, sans l'ombre d'un accent  -  ce qui ne sera jamais mon cas, hélas...



litteratus 04/11/2010 20:15


Beau plaidoyer comme je l'aime qui cela coupe l'herbe sous le pied de tout démagogue déguisé ! bravo !


Flora 07/11/2010 17:11



Merci, chère Litteratus; c'est le moins que je puisse faire pour cette belle langue qui m'a donné  -  et me donne encore tant de plaisirs!