Endre Illés (1902-1986) * Promenade sur la colline de Gellért

Publié le 11 Mars 2010

J'ai traduit, il y a peu, un extrait fort, tiré d'un article non moins saisissant de Gyula Illyés (lien vers Endre Illés (1902-1986) * Extraits), sans savoir d'où venait le texte. Gabi, une amie hongroise, connaissance miraculeuse de la blogosphère, a retrouvé et m'a envoyé le livre édité en 1984 en Hongrie. Depuis, je ne cesse de butiner dans ce recueil à la découverte de l'auteur. En voici un autre extrait:

Promenade sur la colline Gellért  (Séta a Gellérthegyen)
   Soleil fatigué, heures de la mi-journée, automne indécis sur la colline. Les rues bâillent, distendues, désertes.
    
Devant les portes, sur les trottoirs, amoncellements de déchets. On a prévu l'enlèvement des encombrants et demain, de lourds camions-poubelles passeront par ici, bringuebalant. J'apprends où l'on boit du champagne, où de la bière. Ce ne sont pas des bouteilles qui s'entassent dans les déchets mais des caisses, éventrées, aplaties, à dix compartiments. Beaucoup de compartiments.
   Sur la rue Somlói, près d'un tas de détritus, une baignoire pour bébé et une poussette. Je ne sais pas si je suis témoin d'un drame, de la mort d'un enfant ou de l'idylle amère du temps qui passe, l'enfant devenu grand, trop grand pour la poussette et la baignoire et l'on n'en voulait pas d'autres.
   Sur la rue Kelenhegyi, une maison avec balcon. De loin, j'aperçois une femme en maillot de bain, accoudée au balcon, la peau dorée avec son maillot deux pièces. Continue-t-elle à exposer sa peau à la lumière devenue fluide? Je m'approche, je passe sous le balcon, elle ne me regarde pas. Elle fixe la route, plongée dans ses rêveries. Se remémore-t-elle le passé? Tire-t-elle des plans sur le présent? Elle doit avoir la quarantaine. Peut-être sonde-t-elle l'avenir. Qui sait?
   Un destin terrifiant attend celui qui vit dans le néant. Celui qui ne peut s'accrocher à un ordre quelconque, même mutilé. A une foi quelconque. Celui qui ne peut s'accrocher à l'idée que la vie vaut malgré tout la peine. Que la vie a un sens même dans une cave obscure  -  alors sur un balcon, en maillot de bain, au soleil et en rêvassant  -  d'autant plus.
   Je me retourne. Comme un mannequin dans une vitrine, la femme reste immobile.
  

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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sonya972 12/03/2010 17:57


je découvre ton blog via Kinzy
et j'aime ce que tu fais
je me suis bien balader chez toi
gros bisous du weekend


Flora 13/03/2010 09:24


Bonjour, Sonya, j'avais fait un tour chez toi en écrivant mon com' chez Kinzy pour voir ton billet sur elle.
Tu as été, en tout cas, très efficace à la faire découvrir!

Merci de ta visite chez moi. Je retournerai te voir régulièrement car ton blog est beau et vivant!