Bribes de mémoire 78. Algérie

Publié le 8 Décembre 2010

tente_berb_re.jpg

   Sur la photo, on voit notre tente berbère sous laquelle nous avons passé une nuit, faute d'avoir trouvé de place dans un des petits hôtels près d'El Oued. Nous voyagions avec nos amis et voisins belges, un jeune couple de Malmédy. "L'hôtel" comportait deux "chambres", séparées d'une tenture, les matelas posés à même le sol mais garnis de draps et de couvertures. Le vent de sable de la nuit ne s'est pas laissé intimider par l'obstacle approximatif et au petit matin, nous avons senti les minuscules grains infiltrés partout : dans la bouche, le nez, les yeux et même les oreilles! La toilette se faisait à un robinet solitaire, un peu à l'écart...

   A un autre moment de nos périples, c'est l'armée algérienne qui a dépanné les touristes coopérants qui devaient tous choisir le même moment pour se déplacer : les maigres vacances. Nous étions une douzaine sous la vaste tente couleur camouflage, serrés comme des sardines! Mais à 25 ans, nous n'étions point embourgeoisés...

   Un autre souvenir marquant : au petit hôtel de Biskra, il ne restait qu'une chambre de libre que nous avons réservée avec empressement. Au moment de sortir pour dîner, nous avons demandé la clé pour fermer notre porte. Le patron, imperturbable, nous a répondu qu'il n'y en avait qu'une pour toutes les chambres et quelqu'un l'avait déjà prise...

    Le vent de sable... Néophytes, nous en avions entendu parler par des coopérants endurcis qui rentraient de leur baroud d'avec le Sahara, couverts de sable, cuivrés de soleil, le devant de leurs voitures badigeonné d'une généreuse couche de graisse dont nous nous demandions encore l'utilité... Nous ne pouvions pas nous figurer la force acérée de ces minuscules grains, si fins et si doux au toucher, lorsque le vent, soulevé d'on ne sait où, les rabattait avec une agressivité inouïe, mettant à nu la carrosserie avec l'efficacité du papier de verre. Nous l'avons rencontré au sud d'El Goléa. En un instant, nous nous sommes retrouvés dans un brouillard impénétrable, composé de grains de sable tourbillonnants. Tout a disparu autour de nous : plus de piste, plus de soleil, nous avons perdu le nord dans tous les sens du terme... Les roues de la voiture ont été ensevelies et nous avons dû abandonner toute tentative de les dégager à cause des yeux pleins de sable. Nous nous sommes réfugiés à l'intérieur où notre petit guide attendait, impassible. Il n'y avait plus que ça à faire : attendre. Soudain, une camionnette fantôme a surgi du brouillard. En quelques minutes, les trois hommes ont remorqué notre 204 sur la piste qu'ils étaient seuls à reconnaître, dans la purée de pois chiche...

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

Repost 0
Commenter cet article

La Bernache 18/12/2010 15:55


La beauté de la tente Berbère a retenu mon attention , réveillant le projet jamais réalisé d'aller en Algérie - mauvaise période depuis 1993 dont on sait la suite fâcheuse , le FIS à l'époque
...aujourd'hui bien pire le GIA ...je n'irai jamais , trop dangereux à cause des islamistes ...regret...tant pis ! quant au vent de sable , le Simoun , il est redoutable !


Flora 19/12/2010 09:40



Merci, Blanche, pour ta visite! Une fois sur deux, je n'arrive pas à te laisser de com'. Mystère...


Les 2 ans passés en Algérie nous ont laissé le souvenir d'un immense pays, d'une beauté non moins immense, pas très "touristique" et souvent hostile, hormis le Sud...



fbd 13/12/2010 13:07


C'est çà le talent, justement.


Flora 13/12/2010 18:40



Merci, Françoise.



fbd 13/12/2010 09:36


tu en parles comme si tu y étais encore, quelle vie dans ce texte!


Flora 13/12/2010 11:36



Merci beaucoup, chère Françoise, j'y suis quand je l'écris : je ne fais que transcrire les sensations, les images que la mémoire ressuscite... 



La Merlinette 11/12/2010 14:30


on s'y croirait tellement que j'apprécies encore moins le camping
même sous une belle tente colorée...
tu es une vraie baroudeuse chère Flora!


Flora 11/12/2010 21:44



Je ne suis pas sûre que 35 ans plus tard, j'arriverais à m'en relever...



litteratus 08/12/2010 15:41


j'aime ces récits d'aventure, cocasses...


Flora 09/12/2010 08:18



Merci, Litteratus; les raconter me permet de les revivre.