Bribes de mémoire 55. Le lycée Franco-allemand de Berlin-ouest

Publié le 11 Janvier 2010

  Gilbert travaille dans le centre de Berlin-Ouest, au Lycée Franco-allemand qui réunit des élèves allemands (triés sur le volet) et français qui suivent leurs programmes respectifs et un tronc commun. Ils passent le bac français et l'Abitur (éventuellement les deux). Le corps enseignant est composé d'Allemands francophones et de Français en poste ou recrutés locaux. Les cours ont lieu selon le système allemand (et en Hongrie aussi, au demeurant) seulement le matin, l'après-midi étant réservé au sport, théâtre, photo, musique ou autres occupations facultatives. Les salles de classe sont moquettées, la sonnerie est une mélodie suave pour éviter la stridence traumatisante pour les élèves qui peuvent prendre l'ascenseur entre les étages. Chaque cours est suivi de 10 minutes de récréation que les élèves passent affalés sur les moquettes du couloir. L'ambiance est plutôt détendue et certains garçons tricotent en plein cours, ce qui ne les empêche pas d'être extrêmement brillants !
   Le lycée possède une salle de théâtre avec des rangées de fauteuils escamotables sous la scène pour pouvoir la transformer en salle d'examens. Gilbert y fait ses débuts d'acteur et de metteur en scène et les poursuit dans une troupe d'Istanbul.
   Les élèves allemands sont procéduriers à l'extrême : ils connaissent les longs volets des règlements (surtout ceux concernant leurs droits) par coeur et sont capables de les réclamer à la virgule près. La température descend au-dessous d'un certain degré stipulé dans le règlement : c'est
Kaltefrei (congé pour cause de température trop basse) et inversement, il existe un Hitzefrei  pour les degrés en trop ! Les notes ne doivent pas s'écarter de la moyenne de plus ou de moins d'une certaine note, sous peine de tout refaire : soit le professeur a insuffisamment préparé les élèves, soit il a été trop indulgent... La différence des tempéraments entre les deux communautés s'avère chaque jour : les collègues allemands regardent en sourcillant la joyeuse pagaille instaurée par les Français dans la salle des profs, tandis que ceux-ci considèrent les Allemands totalement dénués d'humour... Cela n'empêche pas des mariages mixtes.
   C'est Karajan qui dirige le légendaire Orchestre Philharmonique de Berlin de l'époque. Le Sénat allemand subventionne très fortement la vie culturelle de l'enclave afin que les gens se sentent moins étouffés. Nous ne manquons pas les somptueux concerts ni l'Opéra, à la portée même des étudiants désargentés, sans parler du passage d'Ella Fitzgerald, d'Oscar Peterson, de Memphis Slim, de Ray Charles, de Théodorakis, etc...

la suite suivra...  

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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Ame chopinienne 17/01/2010 22:35


Ca me semble pas mal du tout, cet endroit et cette époque !


Flora 18/01/2010 10:36


Nous avons été jeunes (même pas 30 ans...) et gâtés...


La Merlinette 12/01/2010 15:20


séjour super culturel!!!wouah!


Flora 12/01/2010 16:41


Comme nous étions "enfermés", le mieux à faire était de nous gaver de culture...


litteratus 12/01/2010 11:35


La pédagogie allemande d'après guerre n'est-elle pas une réaction à l'endoctrinement nazi ? on passe d'un excès à l'autre ...c'est savoureux : dire que vous avez assisté à des concerts mythiques et
quid des opéras ?


Flora 12/01/2010 12:31


Il est vrai que l'éducation nous semblait très permissive comparée aux habitudes françaises.

Quels opéras? De mémoire (vieille de trente ans ou plus...): Boris Godounov, Carmen, Die Zauberflöte, Lohengrin; et aussi le Boléro de Ravel, Le Grand Magic Circus de Savary à ses débuts sous
chapiteau et, le morceau de choix : "Die Orestie des Aischylos" (le tout, en un spectacle!) etc...etc...