Bribes de mémoire 53. Berlin parano 1.

Publié le 13 Décembre 2009

   Retour à Berlin, après les escapades sentimentales de la jeunesse vagabonde. Les années 70... Quand j'y repense, tout s'est terriblement accéléré pour moi ces années-là. 1971 : je rentre de Leningrad, je termine la fac et je commence à enseigner dans un lycée de province comme professeur de russe et de français. J'ai à peine quelques années de plus que certains de mes élèves. 1972 : voyage à Louga, relaté dans le chapitre précédent. 1973 : je rencontre Gilbert et nous nous marions la même année. 1974 : nous partons pour un poste en Algérie, à Constantine où j'enseigne le russe dans un lycée algérien. 1976 : arrivée à Berlin où notre fils naît l'année suivante.
   Notre séjour de six ans à Berlin mérite plus qu'une "messe" ! Nous débarquons dans une cage dorée pour "assistés" par l'armée française, dans la zone nord d'une ville coupée en morceaux façon camembert. Les quatre zones sont symboliquement gérées par les alliés occidentaux et par les Soviétiques pour Berlin-Est. Au moment de notre séjour, la circulation est relativement difficile vers la partie est, surtout pour les membres des forces d'occupation ou assimilés. Nous ne pouvons quitter Berlin-Ouest (sauf par avion) que par les
check-points désignés pour chaque partie : les Français vers l'ouest, vers Hannover. Quant aux incursions dans Berlin-Est, c'est par le fameux check-point Charlie, avec ses chicanes, dans nos voitures à l'immatriculation spéciale (FZ = Französische Zone), munis de nos laissez-passer en quatre langues et seulement pour quelques heures ! A peine suffisantes pour visiter les magnifiques musées ou assister à un opéra ! La pochette que l'on nous délivre avec le laissez-passer contient aussi une sorte de "manuel de survie en milieu hostile" : des dessins représentant les uniformes russes et est-allemands, afin que nous puissions ignorer ces derniers, ne traitant qu'avec les partenaires (même ennemis) des armées alliées, nous calfeutrant dans nos voitures et plaquant la page conforme à la vitre dûment verrouillée : "Je veux parler à un officier soviétique ! ", en quatre langues... Nous avons même quelques jetons est-allemands (le portable est encore inexistant) pour pouvoir appeler au secours les militaires alliés en cas de problème. Une seule fois nous nous en servons comme "arme de dissuasion" lorsqu'un policier est-allemand veut nous taxer tout à fait injustement, sur une place de parking, pour non-port de la ceinture, sans doute pour compléter ses appointements...
    L'ambiance dans les deux Berlin est très différente. Venant de Hongrie puis d'Algérie, nous sommes, bien sûr, moins dépaysés que la plupart des occidentaux qui font un rapide tour dans la partie communiste avec le délicieux frisson de se jeter dans la gueule du loup, de défier un danger largement fantasmé (du moins pour eux), en nous conseillant de bien nous couvrir car il fait nettement plus froid de l'autre côté du Mur...
la suite suivra... 

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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La Merlinette 14/12/2009 21:44


brrr et rebrrr cette ambiance digne d'un film
d'espionnage ...chère James Bond Girl ou
plutôt Gilbert Bond Girl!


Flora 15/12/2009 09:13


C'est vrai qu'avec mon double passeport, je pouvais passer pour une taupe!
Merci de ta visite, ma chère Magicienne, je te sais très occupée... 


Litteratus 14/12/2009 14:29


La réflexion selon laquelle il fait nettement plus froid de l'autre côté du mur est une perle !
cela marque la frilosité "intellectuelle" de l'Occident! Quelle époque !


Flora 14/12/2009 17:50


A distance, toutes les époques (ou presque) semblent apporter leur lot de témoignages bizarres... Mais de les vivre au jour le jour est une bonne expérience, à condition d'accepter d'y réfléchir.


José Le Moigne 14/12/2009 00:52


Quelle vie aventureuse! Cela aurait été dommage que tu ne la partage pas.
Amitiés
José


Flora 14/12/2009 17:38


Merci, José. Je suppose que ta vie mérite d'être consignée aussi : ce que tu fais, d'ailleurs, brillamment! 


Mu 13/12/2009 22:41


Bonsoir Flora,
admirable cette façon que tu as de nous donner ces bribes dans la précisions à la fois affective et historique comme si la vie avait tracé ta vie dans l'histoire du monde ou comme si l'histoire du
monde s'était nourrie de ta vie. Pour moi qui n'ai rien connu de ma vie de femme avant 47 ans et dont les souvenirs sont enfermés dans une cité HLM, puis une cité ouvrière où la culture ne rentre
pas, ni l'histoire ni la géographie encore moins la philosophie où le miracle a été lire et écrire pour faire de la poésie une passion lente et dévorante qui m'a tenue éveillée jusqu'à mon désir de
Le suivre. Eh bien c'est un autre monde tout cela ! Les mots communs sont "parti communiste", très tôt militante, très tôt syndicaliste, et encore est-ce le même communisme ? Merci donc pour ce
partage au seuil de la nuit preque douloureux et à la fois dans la joie de notre fidèle amitié et d'avoir rencontrer Gilbert que je garde en bribes de mémoire. Bonne nuit. Mu


Flora 14/12/2009 17:34


C'est curieux comme tu nies ta mémoire jusqu'à 47 ans... ce n'est pas la première fois! Les souvenirs existent, même refoulés. Je suis très contente pour toi de toutes les ouvertures enrichissantes
vers d'autres mondes, essentiellement à travers ta poésie belle et sensible. Merci de ta fidélité généreuse.