Bribes de mémoire 51. Leningrad 1971, Ivan...

Publié le 26 Novembre 2009

   Saut d'humeur, au gré du rayon de soleil transperçant la lourde couche nuageuse qui nous étouffe depuis plus d'une semaine. Passage de coq à l'âne qui m'est cher : ne pas se laisser emprisonner dans les contraintes de la linéarité, fuir le systématique, ennemi de la spontanéité.
   Sur ce blog, j'étais à Berlin il y a peu  -  j'y retournerai encore  -  mais cela fait longtemps que je tournicote autour du souvenir d'Ivan. J'ai du mal à l'imaginer grand-père; le temps s'arrête... Je relis ses lettres, de même que les pages de mon "journal" de Leningrad qui consignent notre courte histoire. Entre deux dates : 17 mars - 17 mai, treize rencontres en tout... suivies de deux ans de correspondance.
   De mon côté, un point de départ classique : quasi indifférence ou presque. Une demi-phrase dans le résumé des événements de la journée et de la préparation de la soirée de l'"interclub" prévue pour quinze jours plus tard : "Je rencontre un Bulgare chez Gricha, ça bouge à l'interclub." Même la soirée fatidique démarre de façon insignifiante ; il m'invite plusieurs fois à danser puis me raccompagne à mon "korpous", un des immeubles à vingt étages, à travers le terrain vague enneigé, balayé par le vent humide et tranchant d'un Leningrad hivernal. Je rentre chez moi avec le souvenir d'une soirée mal partie mais finalement pas trop désagréable, sans plus. Le lendemain : patatras ! Le coup de foudre à retardement que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ( lien vers 
Bribes de mémoire 35.) Quelle est la mystérieuse alchimie qui fait sournoisement son chemin à votre insu, pour vous ensorceler pendant votre sommeil ? Tout d'un coup, je perçois sa beauté, sa taille élancée, ses boucles noires (j'ai toujours eu un faible pour les grands bruns) et ses grands yeux gris à l'abri des longs cils. Comment se fait-il que la veille, je n'aie rien vu de tout cela ? Le lendemain, c'est dans un certain état d'ivresse que j'attends son passage, alors que nous n'avons même pas rendez-vous....
   La rupture est très douloureuse, deux mois plus tard. Il semble très épris mais je n'arrive pas à faire confiance à ses sentiments, et, à l'époque, bien que flirtant à tout va, nous jouons serré avec les vrais sentiments... La fuite devant une décision que je voulais fatidique. A l'aune des moeurs d'aujourd'hui, c'est beaucoup de tourments pour pas grand-chose...
   Avons-nous un ange gardien? Est-ce le destin qui veille sur nous?  Toujours est-il qu'après deux ans de correspondance belle et sincère, j'ai l'occasion de retourner dans les environs de Leningrad, à Louga, pour accompagner un stage linguistique de lycéens. J'ai une "fenêtre" (comme la fusée Ariane) de quelques heures pour le revoir avant son départ pour la Bulgarie. 2 heures de train, métro, j'arrive à son "korpous" (bâtiment) : il vient de partir à la gare. J'y fonce en métro et j'arrive au moment où le train quitte la gare. Je remonte en courant les wagons qui s'éloignent en accélérant... en vain. L'histoire s'arrête là.
     

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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André 28/11/2009 11:14


Une rencontre qui reste dans un coin de mémoire et qui fait ce que nous devenons ...
Bon week-end, @+


Flora 29/11/2009 20:09


C'est sûr, il faut assumer sa jeunesse fugace...
Bonne fin de week end pour toi, André. 


La Merlinette 28/11/2009 01:21


bien beau ,le ténébreux Ivan!!!
Mais la synchronicité n'est pas toujours à
l'heure...et ton papillonage t'a conduit
vers Gilbert...de beaux bruns en beaux bruns...


Flora 28/11/2009 09:33


C'est vrai, ma chère Magicienne. Ce fut très beau, très intense mais je ne me sentais pas en sécurité affective, si jamais on peut chercher cela dans
les débuts des histoires d'amour... C'est pour cela que j'ai fui et jamais revenue jusqu'à mon départ de Leningrad (il restait 2 mois et je restais muette, même si c'était dur)


nina d'istanbul 27/11/2009 13:34


C'est sans doute mieux ainsi .. son souvenir n'en est que meilleur peut-être.
bonjour d'istanbul...


Flora 27/11/2009 13:43


Je n'en ai pas le moindre doute... Outre mon "ange gardien, c'est mon intuition qui me disait que je n'aurais pas été heureuse avec lui. Ceci dit, parfois, on se jette dans le malheur tête baissée,
n'écoutant pas notre x-ième sens!
Bonjour à Istanbul l'inoubliable et l'irrésistible! 


Ame chopinienne 26/11/2009 21:44


Alors Flora, tu y viens enfin, au récit de tes premières amours ? Tu te souviens, tu m'avais raconté un peu, je te disais d'écrire et tu répondais que ce n'était pas intéressant... Eh bien SI,
c'est très intéressant ! Ivan est magnifique, et votre histoire touchante et tout en pudeur. Il était écrit que tu manquerais ce train, car si l'histoire s'arrête là, une autre histoire, celle avec
Gilbert, se prépare doucement dans les limbes...


Flora 27/11/2009 10:41


Merci, chère Âme chopinienne, de tes encouragements indéfectibles. En effet, je me dis toujours : qui cela peut bien intéresser? N'est-ce pas présomptueux d'imposer ainsi ses propres souvenirs?
Mais c'est le genre même du blog qui le veut.
Au risque de te décevoir, je dois rectifier 2-3 choses : en bon "coeur d'artichaut", Ivan n'était pas du tout "mon premier amour" et un autre m'en a consolée assez rapidement... En revanche, c'est
vrai que j'ai connu Gilbert l'année suivante et le papillon s'est posé définitivement... 


José Le Moigne 26/11/2009 18:09


Je me retrouve dans ton histoire comme je crois tous les adolescents que nous fûmes. C'est beau, c'est tendre, ça fait monter un peu de nostalgie, quelques regrets peut-être ...
Amitiés
José


Flora 27/11/2009 10:04


Tu dis bien l'innocence de cet apprentissage de la vie, avec ses bonheurs intenses et ses douleurs infinies... Des regrets? Peut-être de pas avoir été plus téméraire... mais pas du tout pour faire
ma vie avec lui.