Commémoration oblige, je fais un grand saut dans la chronologie des événements
marquants de ma vie. Au moment de la chute de mur de Berlin, nous séjournons à Istanbul depuis cinq ans. Cet événement dont tout le monde ressent la portée historique nous touche bien plus
personnellement qu'il n'enthousiasme beaucoup d'autres et nous ramène à des années en arrière...
En 1976, après deux ans en Algérie, nous atterrissons à Berlin Ouest, pour y rester jusqu'en 1982. Notre fils naît là-bas et peut prononcer à l'instar de Kennedy (avec plus de
légitimité, mais avec moins de portée symbolique) : "Ich bin ein Berliner !"
Nous débarquons dans un monde irréel, artificiel, dans un îlot en plein milieu de la RDA, hostile et méfiant jusqu'à la paranoïa : dans Berlin Ouest entouré du Mur. Le premier choc
des contrôles militaires multiples passé, le Mur fait partie de notre paysage quotidien, de notre perception de la vie en général. Il est là comme un vestige de la guerre, un monument éloquent
des rapports de force et des face-à-face blindés de deux blocs inconciliables. Sensation paradoxale : le Mur a été érigé dans les années soixante pour cautériser l'hémorragie de la population
est-allemande vers l'Ouest ; il nous entoure donc mais ce sont ceux d'en face, les habitants du
pays en plein milieu duquel nous nous trouvons qui en sont véritablement les prisonniers. Certains d'entre nous ont du mal à conceptualiser leur situation géographique...
Berlin-Ouest est divisé en trois zones d'occupation : les Français au Nord (grâce à de Gaulle, ils ont eu, in extremis, eux aussi, une part du gâteau), les Anglais au milieu et les
Américains au Sud de la ville. Selon les accords quadripartites, Berlin Est est considéré comme zone d'occupation soviétique. Cependant, par la volonté de Moscou d'ériger un pays communiste face
à l'Ouest, il est devenu capitale - illégalement pour les Alliés occidentaux qui ne le reconnaissent pas comme telle - la capitale de la RDA. Ainsi, nous vivons une
situation contradictoire où le gouvernement de la France maintient une ambassade à Berlin Est, reconnaissant de facto son statut de capitale, tandis que le Gouvernement Militaire français de
Berlin (GMB) le considère comme simple zone d'occupation soviétique... Il en résulte des situations tout à fait cocasses que je raconterai plus tard.
C'est une vie en tous points schizophrénique mais moi, personnellement, j'ai toujours vécu dans des régimes à la schizophrénie ambiante et je m'en accommode vite. Ayant la double
nationalité, je possède donc mon passeport délivré par la Hongrie communiste et ma carte FFA (Forces Françaises en Allemagne), délivrée par l'armée française d'occupation... Cela donne une
certaine hauteur de vue pour contempler les situations générées par la folie humaine...
la suite
suivra...
Par Flora
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