Vendredi 30 octobre 2009 5 30 10 2009 09:49
   Il ne fait pas bon de tomber malade en Union Soviétique. Les médecins, tout comme les enseignants, sous-payés, humbles travailleurs de l'état, ne font pas partie des castes supérieures. Dans la Hongrie de l'époque, ils sont bien mieux considérés, privilégiés même par certains côtés. Ils doivent s'acquitter des heures de consultation, gratuite pour le patient, à la polyclinique, et compléter, voire multiplier leurs revenus par des consultations privées dans le cabinet à leur domicile. Sans compter les enveloppes glissées lors des poignées de main, pour, croit-on, assurer un meilleur traitement... A la campagne, on peut y ajouter des remerciements en "nature" : des légumes de saison, des oeufs et des poules dodues.
   En Union Soviétique, au pays qui a inventé la dictature du prolétariat, on se méfie des travailleurs intellectuels : pour un pouvoir totalitaire, le danger risque de venir de ce côté ! Les purges paranoïaques de Staline contre les "
blouses blanches" sont encore dans les mémoires, même étouffées ou muselées...
     A notre modeste échelle, nous avons l'occasion d'y goûter en un an et demi. Pourtant, nous prévoyons les médicaments de base, car les pharmacies sont tristement désertes, avec, sur les étagères, quelques boîtes orphelines provenant souvent des pays frères. Notre amie Natacha soigne sa toux avec des remèdes de grand-mère (compresses à la moutarde) et une fois, je trouve même Marie allongée, le dos hérissé d'ampoules! 
    Marie est sujette à de grosses crises douloureuses et mystérieuses que même des hospitalisations ne parviennent pas à élucider. (il s'avèrera, en rentrant en Hongrie qu'il s'agissait de calculs de la vésicule biliaire...). Cela nous permettra d'éprouver un hôpital moscovite et même celui de Boukhara !
   Je l'accompagne. A l'arrivée, dans un réduit semblable à un débarras, une infirmière à l'amabilité de l'antique Cerbère lui ordonne de se déshabiller et d'enfiler une camisole, avant de gagner sa chambrée à huit lits. Elle lui coupe à ras ses ongles soigneusement manucurés. Et, avant de la happer dans ce circuit effrayant et inconnu, elle grommelle à mon adresse, en tapant du pied : "Stoupaï domoï !" , littéralement : "Fous le camp chez toi !" J'en ai le souffle coupé...
   Pendant son hospitalisation, nous ne pourrons communiquer qu'à la criée, moi, en bas, dans la rue et elle, du haut de sa fenêtre du troisième étage. Les visites sont interdites. Dans la chambre, la toilette quotidienne est assurée par un lavabo à l'eau froide. Tout cela pour un résultat nul à la sortie !
   A Boukhara, l'ambiance est bien plus sympathique. Marie est chaleureusement accueillie par les autres malades (souvent du choléra) qui partagent avec elle leur tasse de thé...
la suite suivra... 
Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Commentaires

L'hôpital, une vision de cauchemar ! tout un pays réduit aux "mauvaises" recettes de grand-mère par crainte d'un complot des blouses blanches ! la paranoïa d'un homme ! C'est faire oeuvre de mémoire que de raconter ce qui paraît maintenant à peine croyable!Dans quelques temps, on pourra même penser que c'est une simple fiction ...
Commentaire n°1 posté par Litteratus le 30/10/2009 à 11h35
Dans l'ensemble, le pays n'a donné à aucun de nous l'envie d'y immigrer...
Dans "Pavillon des cancéreux", Soljenitsine en a fait de la VRAIE littérature !
Malgré tout, je compte ces années parmi mes meilleures; la jeunesse, sans doute...
Merci de votre visite, Litteratus. 
Réponse de Flora le 30/10/2009 à 13h59
C'est vraiment super de faire ce voyage avec toi, surtout à l'heure où l'on voudrait définir l'identité nationale ( sans majuscules pour ce qui me concerne). toi et moi savons que la question est par essence ouverte. Glissant parlerait de la poétique de la relation.
Amitiés
José
Commentaire n°2 posté par José Le Moigne le 30/10/2009 à 15h21
Et Glissant a souvent raison ! J'ai toujours l'image de la nation (importante pour moi) comme la famille autour de la grande marmite commune et dont les membres mettent les ingrédients, chacun à son tour, en commun, pour préparer le repas qu'ils consommeront ensemble... Et je peux me sentir concernée sincèrement par plusieurs plats familiaux...
Amitiés à toi: flora 
Réponse de Flora le 30/10/2009 à 20h51
Brrr, ça file la pétoche. J'en ai des frissons partout...
Commentaire n°3 posté par Ame chopinienne le 31/10/2009 à 22h06
Ce n'était pas très drôle, en effet. Il valait mieux être en bonne santé !
Réponse de Flora le 01/11/2009 à 13h12
comme quoi les "remèdes de Grand-Mères" sont
aussi efficaces que les médecins...
Commentaire n°4 posté par La Merlinette le 01/11/2009 à 13h54
Ca dépend de la maladie... pour un gros rhume à la rigueur!
Et puis, faut-il encore que les médecins se montrent compétents! Aux grands-mères, on ne demandait pas de comptes....  
Réponse de Flora le 01/11/2009 à 17h10

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