Bribes de mémoire 47. Arrivée à Leningrad

Publié le 20 Octobre 2009

   Nous arrivons dans la ville enneigée, en fin de janvier. La Neva est gelée, d'énormes plaques de glace s'entrechoquent sous les ponts. Le Palais d'Hiver épouse le quai et la flèche dorée de l'Amirauté transperce le bleu éclatant du ciel.
Fichier:PalaceSquareNight.jpg

   Moi qui suis très frileuse et déteste le froid humide, je ne sais pas comment j'ai supporté ces hivers mémorables, dans la Hongrie de mon enfance et surtout, les deux hivers successifs en Russie. Une saison interminable qui dure jusqu'en mai... Je me souviens avoir défilé dans la neige pour le premier mai à Leningrad !
   Le printemps fait violemment son irruption pour aboutir aux nuits blanches. Nous avons du mal à dormir : il ne fait jamais noir et le soleil ne se repose qu'entre minuit et deux heures du matin, dispensant une lumière crépusculaire, pour réapparaître en plein milieu de la nuit. Nos fenêtres n'ont ni volets, ni doubles-rideaux et surtout, nous avons 20 ans ! Les rues de la ville sont envahies de groupes de jeunes qui chantent, accompagnés de guitare. Nous marchons des kilomètres, faisons des pauses au bord de la Neva pour voir les ponts s'ouvrir et se lever pour laisser passer les bateaux par deux fois : en amont et en aval.
   Les six mois ont suffi pour nous conquérir et nous attacher définitivement à cette ville majestueuse qui nous est devenue familière : les trajets en métro jusqu'à l'institut, les noms des stations connus par coeur, avant même que le conducteur les annonce, les escalators vertigineux et la propreté immaculée des couloirs. L'Ermitage et ses salles innombrables, couvertes de marbres et de dorures, des parquets somptueux en marqueterie que l'on arpente en surchaussures grotesques. La maison de Pouchkine où le poète a rendu l'âme après 3 jours d'agonie, blessé dans un duel par un Français qui faisait la cour à sa femme, la belle Natalia Gontcharova. Le palais des princes Youssoupov où l'on a fini par achever le diabolique Raspoutine... Les traces de Dostoïevski sous les portes-cochères où l'on voit passer l'ombre de Raskolnikov...
la suite suivra

Cliquez sur la photo pour l'agrandir et pour jouer le panoramique!

 

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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fbd 22/10/2009 16:38


AHA ha, que d'évocations! Je suis toute ouïe comme une gamine qui écoute une histoire (vraie) le soir… sous la couverture! :-D


Flora 23/10/2009 15:30


J'ai été élevée avec des histoires vraies... Mes grands-pères, mon père, ma mère en racontait tout le temps! On n'avait pas la télé avant
mes 18 ans.


fbd 22/10/2009 09:41


Je ressens ce texte à la manière d'Ame chopinienne… Et aussi le "détail" des fenêtres sans volets dans cet hiver si long et rigoureux! Mais la jeunesse est l'antidote de l'hiver, ou presque! :-D


Flora 22/10/2009 15:49


C'est vrai que nous avions une résistance à toute épreuve et même pas enrhumées une seule fois! Remarque : vu les conditions de se faire soigner ou de trouver des médicaments en URSS, il valait
mieux!...


Ame chopinienne 21/10/2009 21:09


Magnifique photo, et souvenirs toujours aussi passionnants. J'apprends plein de choses avec toi, tous ces détails historiques amenés naturellement dans le récit, et qui rendent l'Histoire vivante
et à portée de chacun. Moi aussi, j'attends la suite... !


Flora 22/10/2009 08:45


Merci pour tes encouragements, si stimulants. Ces retours dans les méandres de la mémoire personnelle sont à la fois agréables et quelque peu déstabilisants...


La Merlinette 21/10/2009 13:13


pour une raison que j'ignore ...j'adore Saint Petersbourg :pourtantje n'y suis allée qu'en photos et description comme la tienne...


Flora 21/10/2009 15:28


Cette ville avec juste ses 3 siècles d'histoire possède déjà sa mythologie...


José Le Moigne 21/10/2009 01:10


Merci pour cette belle promenade.
Amitiés
José


Flora 21/10/2009 11:21


Merci de m'avoir accompagnée, José. Je suis sensible à tes compliments, venus d'un écrivain à la langue sensuelle et juste.